Est-ce qu’un avocat peut cesser d’occuper si l’aide juridique dont bénéficie son client a été suspendue ?
Ça dépend. Normalement, les motifs qui permettent à un avocat de cesser d’occuper pour son client sont prévus à l’article 3.03.04 du Code de déontologie des avocats où l’on dit que l'avocat peut, pour un motif sérieux et sauf à contretemps, cesser d'agir pour le client, à la condition de faire tout ce qui est immédiatement nécessaire pour prévenir une perte.
Constituent notamment des motifs sérieux :
Le motif de suspension d’aide juridique soulevé dans la question principale ne figure pas parmi la liste des motifs énumérés ci-haut. Alors, qu’en est-il ?
Oui. La Cour suprême s’est penchée sur la question en 2010, dans l’arrêt R. c. Cunningham (2010, CCS 10). Dans sa décision, la Cour précise que pour un motif d’ordre déontologique, les tribunaux devraient accorder la requête pour cesser d’occuper. Cependant, quand il s’agit de non-paiement des honoraires, les tribunaux peuvent refuser la requête en tenant compte de différents éléments.
Extrait du jugement :
« Lorsque le non-paiement de ses honoraires est à l’origine de la demande de l’avocat, le tribunal peut, dans l’exercice de son pouvoir discrétionnaire, la rejeter. [ … ] Voici une liste non exhaustive des éléments dont il peut tenir compte dans l’exercice de son pouvoir discrétionnaire de faire droit ou non à la demande :
Le tribunal doit déterminer, au regard de ces éléments, si l’autorisation de cesser d’occuper porterait sérieusement atteinte à l’administration de la justice. Dans l’affirmative, il peut la refuser. » Évidemment, le tribunal doit utiliser ce pouvoir avec circonspection.
La Cour suprême précise qu’il ne s’agit pas seulement d’inconvénients administratifs. « Elle s’entend également du fait que l’instance pénale en cours et celle qui se prolonge touche d’autres personnes : les plaignants, les témoins, les jurés et les citoyens en général. »
En conclusion, même si les cas qui lui ont été soumis étaient exclusivement de nature criminelle, on peut penser qu’elle adopterait le même raisonnement dans les domaines civils en effectuant les adaptations nécessaires.