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Catherine Bert, avocate
La juge Beverly McLachlin. |
Le 16 octobre dernier, une cinquantaine de personnes, en grande majorité des femmes, sont venues rencontrer et écouter l'honorable Beverley McLachlin, juge à la Cour suprême du Canada, à l'occasion d'un déjeuner-causerie ayant pour thème «Les femmes et la profession juridique», organisé par l'Association du Jeune Barreau de Montréal en collaboration avec l'Association du Barreau canadien.
D'entrée de jeu, la juge McLachlin constate dans son allocution que le thème discuté «...est un sujet très intéressant, qui nous touche tous de très près (...). C'est aussi un sujet qui a été beaucoup étudié et discuté. Malgré les milliers de mots qui ont été dits et publiés sur ce sujet, il continue à susciter un intérêt vif. Je me suis demandée ce que je pourrais ajouter de nouveau ?».
En fait, le point de vue exprimé par la juge McLachlin est rafraîchissant et encourageant. Selon elle: «...nous nous trouvons au seuil d'une nouvelle époque de l'histoire des femmes dans la profession du droit». En lisant et en réfléchissant, elle a en effet découvert que le dossier des femmes dans la vie professionnelle commence à prendre une nouvelle tournure.
Elles font leur chemin...
Comme elle le rappelle, l'histoire des femmes dans la profession est très récente: on parle de décennies. Durant les années cinquante et soixante, les femmes représentent seulement entre cinq et dix pour cent des étudiants en droit. Très peu d'entre elles entreprennent une carrière en droit. Ce n'est qu'à partir des années soixante-dix que les femmes commencent à entrer en grand nombre dans la profession. Elles font leur chemin, non sans difficultés.
En témoigne le rapport de l'honorable Bertha Wilson pour l'Association du Barreau canadien qui a eu en 1993 l'effet d'une bombe dans la communauté juridique. La juge Wilson y conclut que les femmes sont embauchées avec réticence; qu'elles sont restreintes dans les opportunités professionnelles; qu'elles sont moins aptes à être promues ou à devenir associées; qu'elles gagnent moins d'argent que leurs confrères de la gent masculine; que la profession accomode rarement les besoins spécifiques de celles qui ont des enfants; qu'elles subissent du harcèlement sexuel; et que les femmes issues de communautés culturelles vivent cette discrimination à un degré encore plus élevé.
Plusieurs juges ont tenus à assister au déjeuner-causerie de l'AJBM. De gauche à droite: les honorables Raymonde Verreault, Michael Sheehan, Beverly McLachlin et Lyse Lemieux |
L'avenir appartient aux femmes
Néanmoins positive, la juge McLachlin croit que les temps changent, et que les attitudes évoluent. À preuve, de nouveaux signaux véhiculés récemment par les médias. Elle cite en exemple la «une» du Economist du 28 septembre dernier intitulée «The Trouble with Men». Selon cette revue, l'avenir appartient aux femmes. Car les filles réussissent mieux que les garçons à l'école. Les femmes prennent une part de plus en plus grande des emplois bien rémunérés. Et les anciens emplois de cols bleus sont peu à peu remplacés par des emplois en haute technologie où les femmes jouent une grande influence. L'article du Economist conclut qu'il est temps de reconnaître le danger de ghettoïsation des hommes. De la discrimination positive en faveur des hommes pourrait-elle devenir nécessaire ?
Discrimination positive... en faveur des hommes
Par ailleurs, dans son éditorial du 5 octobre dernier, la journaliste Margaret Wente du Globe & Mail relate les propos d'employeurs de grands cabinets d'avocats qui pratiquent délibérément une forme de discrimination positive en faveur des hommes, ce sans quoi ils engageraient plus de femmes que d'hommes. Parce que les femmes veulent davantage que les hommes. Qu'elles sont déterminées, intelligentes et articulées. Qu'elles sont prêtes à travailler extrêmement fort.
La juge McLachlin cite ces articles non pas parce qu'elle leur accorde une grande crédibilité en soi: «I'm a realist, and I happen to believe that power being what it is, law firms, like large corporations, will continue to be dominated by the male of the species for some time to come». Mais le simple fait que la fin de l'hégémonie masculine soit envisagée et commentée par des publications sérieuses marque un tournant pour l'égalité des sexes: «I believe that we are in the final stretch of the road to full equality in the legal profession. I believe that one day, not too far distant, women truly will play an equal role in our noble profession».
Quel sera alors ce rôle égalitaire des femmes dans la vie professionnelle ? Le même que celui des hommes dans la vie professionnelle, répond la juge McLachlin. Elles ont le droit de pratiquer et de gagner leur vie. Elles ont le droit de participer à la gérance des bureaux d'avocats et de la profession. En fin de compte, elles ont le droit, le même droit que les hommes, de rendre service au public.