ATTENTION : Les archives du Journal du Barreau vous sont présentées telles qu'elles ont été déposées sur le Web au moment de leur publication. Il est donc possible que certains liens soient non fonctionnels et que certains renseignements soient périmés.
Pour toute question ou commentaire concernant le Journal, communiquez avec journaldubarreau@barreau.qc.ca
Visitez la page officielle du Journal du Barreau sur le site Web du Barreau du Québec.
Monsieur,
À titre de président du Syndicat des chargées et des chargés de cours de l'Université de Montréal et bien que vous ne soyez pas chargé de cours à la Faculté de droit, vous avez cru opportun d'exprimer une rédaction publique à mes propos rapportés dans le Journal du Barreau (1er novembre 1996, p. 5) sous le titre «Compressions à l'Université de Montréal». Vous y avez vu une critique de la qualité des cours donnés par nos chargés de cours actuels ou par ceux qui seraient appelés à remplacer les professeurs dont les postes seraient abolis. Je me suis manifestement mal fait comprendre. Votre lettre me donne l'occasion de préciser ma pensée et je vous en remercie.
La Faculté de droit engage annuellement une centaine de chargés de cours. Elle les choisit avec soin et leurs cours sont excellents. Leur contribution à la mission d'enseignement de la Faculté est indispensable. Leur expertise particulière est un complément nécessaire à l'enseignement des professeurs de carrière. Leur compétence pédagogique est exemplaire. Ils effectuent avec compétence et diligence toutes les recherches nécessaires à la préparation de leurs cours.
J'exprimais en réalité une idée toute autre que celle que vous me prêtez. Elle ressort clairement du contexte: «La recherche joue en effet un grand rôle dans l'enseignement universitaire». La recherche dont je parle n'est pas celle qui est immédiatement nécessaire à la préparation des cours et que font consciencieusement tous ceux et celles qui les donnent à la Faculté. Je parle plutôt de la recherche de longue haleine qu'effectuent en permanence et par obligation les professeurs de carrière, et qui se matérialise dans les livres et les articles scientifiques qu'ils publient. Au cours des six dernières années, le corps professoral de la Faculté a publié près de 800 titres, dont 80 livres de droit. Ces oeuvres conditionnent directement la qualité de l'enseignement à la Faculté. Certaines servent au support pédagogique de l'enseignement des chargés de cours et des professeurs. La plupart de ces oeuvres alimentent la substance même de l'enseignement. Ces oeuvres sont d'autant plus nécessaires à l'enseignement, «au moment où le droit nouveau abonde et les réformes se succèdent».
Mes propos s'inscrivaient dans le contexte d'une menace d'amputation massive du corps professoral (25 %) par l'élimination de 15 postes de professeurs. La rédaction, dans la même proportion, de la production doctrinale de la Faculté, aurait fatalement des conséquences sur la «qualité de l'enseignement à la Faculté, en raison du lien organique qui lie recherche et enseignement. Comme vous le voyez, la compétence pédagogique des chargés de cours n'est absolument pas mise en doute. J'ai employé à dessein un terme générique, « l'enseignement», pour indiquer que, l'appauvrissement serait général et frapperait tous les cours, sans égard à la qualité de leurs titulaires.
Il s'agit donc d'un problème collectif grave qui préoccupe tout autant les chargés de cours que les professeurs à la Faculté. Il serait simpliste de le réduire à la dimension d'une lutte de classes.
Cordialement.
Claude Fabien, doyen, Faculté de droit, Université de Montréal