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Éric Dufresne
Les juristes n'écrivent pas seulement pour le Journal du Barreau ou les Cahiers de droit. De plus en plus, ils rédigent pour différentes publications. Certains pondent un article à l'occasion, tandis que d'autres signent une chronique régulière. Quels genres d'articles écrivent-ils? Des articles de droit dans la quasi-totalité des cas, évidemment. Mais encore.
Les «avocats-chroniqueurs» (comme nous les appellerons) traitent d'un large éventail de sujets. Ils varient selon la nature de leur pratique et du lectorat de la publication pour laquelle ils oeuvrent. Ainsi, on retrouve des textes portant aussi bien sur des questions environnementales que de propriétés intellectuelles (au niveau de l'informatique, par exemple), ou des dispositions de lois linguistiques, ou de Code criminel, ou des jugements dans lesquels des membres d'une corporation professionnelle sont en cause.
Certains de ces textes présentent des principes juridiques très généraux, tandis que d'autres font état de points de droit très précis. Dans plusieurs cas, on fait état de projets de loi ou de nouvelles lois dont on analyse la teneur et la portée. Aussi, des jugements rendus par les cours et des décisions prises par certains organismes (des comités de discipline, par exemple) sont la matière de plus d'une chronique.
Malgré toutes ces différences, il existe cependant un point commun à tous ces articles: la grande majorité sont courts. En fait, la plupart sont bien moins longs que les papiers que rédigent les avocats pour le Journal du Barreau. Sont-ils pour autant longs à concocter? De l'avis de Me Paul-André Mathieu, lui-même chroniqueur à la revue Occasions d'affaires, la réponse est non. «Ce n'est pas comme écrire un texte pour les Cahiers de propriété intellectuelle», laisse entendre Me Mathieu. «Pour un tel texte, il faut faire des recherches poussées. Les articles que je rédige s'adressent au grand public. Ce ne sont pas des articles fouillés, mais des articles simples qui abordent des questions qui sont pour moi très usuelles. Je donne des conseils pratiques, je résume une cause, etc. Ce sont des articles de vulgarisation plus qu'autre chose. Ils me demandent généralement peu de recherches.» Ce sont d'ailleurs le lot de la plupart des textes écrits par nos avocats-chroniqueurs.
Pourquoi écrivent-ils?
Il existe plusieurs raisons, dont certaines sont liées aux postes qu'occupent les rédacteurs. Ainsi, Me Jean Dansereau qui rédige une rubrique dans la revue Infolangue (anciennement Francisation en marche) travaille à l'Office de la langue française, qui édite la revue. Il en va de même des avocats de la direction des affaires juridiques du ministère des Affaires municipales qui composent tour à tour un article pour la revue Municipalité. Quand à Me Claude Bérard, s'il rédige la rubrique «Législation et GRH» dans la revue Info Ressources Humaines , c'est qu'il en est le rédacteur en chef.
Plusieurs chroniques ne sont pas la responsabilité d'un seul avocat mais d'un cabinet. Ainsi, les chroniques de droit paraissant (de façon hebdomadaire) dans La Presse et dans le Quotidien du Saguenay / Lac-Saint-Jean (les deux seuls quotidiens à notre connaissance qui en publient) sont tenues respectivement par le cabinet Desjardins, Ducharme, Stein, Monast, et le cabinet Cain, Lamarre, Wells; l'avocat du bureau qui tient la plume change chaque semaine. La situation est identique chez le cabinet Pouliot Mercure dont les membres composent une dizaine de textes par année pour le Journal Les Affaires.
Cela dit, la majorité des avocats-chroniqueurs ne sont pas tous dans cette situation. Quelles sont alors leurs motivations? Ce n'est assurément pas pour s'enrichir. En effet, leurs articles sont généralement courts, voire très courts; ils ne font que deux à cinq feuillets pour la plupart. Un feuillet est payé entre 25 $ à 75 $ selon la publication (quand celle-ci rémunère ces collaborateurs). Ce n'est donc pas en écrivant une dizaine d'articles par année que nos avocats-chroniqueurs deviennent riches.
Alors, pourquoi écrire? «Ça fait partie de la sollicitation de la clientèle», explique Me Mathieu. «C'est bon pour l'image. Ça crée ou entretient votre image. Par les temps qui court, c'est-à-dire avec la conjoncture économique actuelle et avec la concurrence que l'on connaît, ce n'est pas une chose à dédaigner». C'est donc une question de publicité, non? «Oui et non. Ça nous fait de la publicité mais il est très rare que cela nous amène de nouveaux clients. Ça fait déjà douze ans que j'écris des articles pour diverses publications (dont le Journal Les Affaires) et j'ai pu constater qu'environ une personne par année, au mieux, m'appelle pour mes services après avoir lu un de mes articles. Ça n'a pas vraiment un effet direct. Par contre, il y a un effet indirect, un « effet de renforcement» certain sur ma clientèle actuelle. Mes clients aiment me lire. Quelques-uns m'appellent uniquement parce qu'ils m'ont lu. »
Où écrivent-ils ?
Une recherche fouillée, quoique non exhaustive, nous a permis de recenser une trentaine de magazines et de journaux dans lesquels des avocats ou des bureaux d'avocats (ainsi qu'une notaire et un bachelier en droit) tiennent une rubrique. Comme on peut le constater à la lecture du tableau, il y en a de tous les genres. Cela va de Québec Micro! (une revue traitant d'informatique), au magazine Fleur de l'âge (destiné aux gens de l'âge d'or).
Il y a quand même quelques domaines qui se démarquent. Le secteur municipal est un de ceux-là. Ainsi, on peut lire des textes écrits par des avocats dans les magazines Municipalité, Urba, Bâtivert, Le Sablier et le Magazine Bâtivert. Le domaine médicale est aussi à l'honneur avec Le Médecin du Québec, L'actualité médicale et L'actualité pharmaceutique. Il en va de même pour le secteur de la construction avec les magazines Construire, Quart de rond et le Journal Constructo. Mais c'est surtout dans le domaine des affaires que l'on dénombre le plus de publications impliquant des avocats: le Journal Les Affaires, l'hebdomadaire L'Édition Commerciale de Montréal, et les magazines Affaires PLUS, Entreprendre, Québec Franchise, Prospectives, ainsi que dans la revue Occasions d'affaires.
Les textes paraissant dans La Presse et Le Quotidien ont également des chroniques du droit des affaires.
Édition spécialisée
À voir les titres des parutions répertoriées (tableau ci-joint), on constate que la plupart d'entre elles ne sont pas connues du grand public à l'exception, peut-être, de celles consacrées au secteur des affaires. Cela tient tout d'abord au fait que la majorité d'entre elles sont peu ou pas vendues en kiosque. Certaines ne sont disponibles que sur abonnement alors que d'autres ne sont destinées qu'aux membres d'une corporation professionnelle (comme L'Actualité Médicale), ou ne s'adressent qu'à un public cible relativement restreint. C'est le cas, par exemple, de Municipalité, Quart de rond (de l'Association des détaillants de matériaux de construction du Québec), Avantages (le magazine de la gestion des caisses de retraite et des avantages sociaux au Québec), ou Producteur Plus (le magazine des PME agricoles). Ces publications sont le plus souvent publiées par des organismes publics et parapublics ou par des éditeurs privés, dont trois d'entre elles sont distribuées gratuitement: L'Édition Commerciale de Montréal, Le Mensuel EQOH du futur (la voix interculturelle de Montréal) et Québec Micro! Enfin, certains titres viennent de faire leur apparition sur le marché (Sécurité, Le Sablier, le Magazine Bâtivert, et Pensez-y bien (qui s'adresse au personnel de la fonction publique).
De ces publications, quelques-unes font une plus grande place que d'autres au droit. C'est le cas des magazines Entreprendre, Avantages et Magazine Bâtivert, on l'on trouve, en plus d'une rubrique régulière, un article de droit à l'occasion. Par ailleurs, Sablier et Occasions d'affaires font paraître deux rubriques de droit à chaque numéro, auxquelles s'ajoutent souvent d'autres articles écrits par des avocats. La revue L'Économique se distingue nettement des autres publications en publiant deux, trois, voire cinq textes de juristes dans un seul numéro. Enfin, d'autres publications insèrent en leurs pages des articles d'avocats: Solo, Banquier, Exportations Québec, Envirotech... mais elles ne le font qu'épisodiquement.
Par ailleurs, les avocats ne sont pas les seuls à rédiger des chroniques de droit. Il y a aussi des journalistes ou des professionnels de divers domaines qui en composent. Nous en avons découvert dans les publications suivantes: Le 30, Arpenteur Géomètre, Bel âge, FADOQ, Nouvelles CEQ, Progrès forestier, Québec Habitation et Vecteur environnement.
Enfin, la plupart des publications à fort tirage telles L'Actualité ou la Revue Commerce ne publient pratiquement jamais d'articles de droit et encore moins de textes provenant de juristes. Ces magazines ont généralement un contenu et un ton accrocheur qui se marient difficilement avec les propos modérés et le style sobre des textes.
L'édition et les avocats-journalistes
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