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Louis Baribeau, avocat
Le Jeune Barreau de Qué-bec tenait au mois d'avril dernier une journée conférence dont l'avant-midi était consacrée au démarrage et à la gestion d'un cabinet d'avocat. Me Denis Richard et Me Pierre Daigneault, qui ont chacun fondé leur étude légale - ce dernier en est même à sa deuxième expérience -, ont donné des conseils aux avocats qui veulent se lancer à leur compte. Me William Dufort, responsable de l'inspection professionnelle au Barreau du Québec, a identifié les pièges à éviter lors du démarrage d'un cabinet. M. Daniel Poudrier de la Banque CIBC a donné de l'information sur le contenu du plan d'affaires d'un nouveau cabinet.
Soyons réaliste: les avocats qui démarrent une étude légale en 1997 ne roulent pas sur l'or. Ce n'est pas un échec de gagner moins de 10 000 $ par année au début de sa pratique. Il faut se dire: «Dans un certain nombre d'années je veux gagner un revenu acceptable» et ensuite passer à l'action, estime Me Daigneault. Il y a 20 ans, on disait qu'il fallait cinq ans pour vivre de la profession d'avocat. C'est encore vrai aujourd'hui.
Peaufinez votre plan d'affairesLe plan d'affaires est un outil essentiel pour financer le démarrage de votre nouveau cabinet. Selon Daniel Poudrier de la Banque CIBC, il devrait notamment contenir les informations suivantes:
Votre état des revenus et dépenses et le fonds de roulement requis. Ce dernier est souvent sous-estimé. Le fonds de roulement doit couvrir toutes vos dépenses pendant au moins quatre à six mois. |
Connaître ses limites
Ne sous-estimons pas la difficulté du métier d'avocat. On ne devient pas complètement autonome professionnellement après deux ou trois ans de pratique. Il y a plusieurs facettes à maîtriser dans notre profession. Identifiez vos limites. «Les avocats qui ont mauvaise réputation au service de l'inspection professionnelle et pour les juges sont des avocats qui acceptent des causes qui dépassent leur compétence», explique Me William Dufort.
«Dans les années 1960, avant l'apparition des cours de formation professionnelle du Barreau, les débutants apprenaient leur métier d'un avocat principal, raconte Me Daigneault. Depuis une vingtaine d'années, ce type d'encadrement professionnel est disparu. Il faut le recréer. En démarrant votre bureau, l'idéal est de vous joindre à une société nominale existante. N'hésitez pas à demander un parrainage formel. Dites à l'avocat: « Je veux pouvoir discuter avec vous d'un dossier cinq minutes par jour ou une heure, s'il le faut», conseille Me Daigneault.
Me Dufort abonde dans le même sens. «Démarrer un bureau à domicile ou avec d'autres avocats débutants c'est se condamner à l'isolement», dit-il. En s'associant à un cabinet bien établi, on bénéficie des conseils d'avocats expérimentés et de services de qualité: bibliothèque, secrétariat, salle d'attente, etc.
Être agressif
Me Denis Richard a démarré son propre bureau en 1992, un an après sa formation professionnelle. «Pour démarrer un cabinet légal, dit-il, il est essentiel d'avoir un esprit d'entrepreneur. Vous pourriez être déçu, si vous fondez tous vos espoirs sur une annonce dans les pages jaunes pour recruter vos clients. La clef de la réussite est de se faire connaître par le plus de gens possible». Cultivez les bonnes relations avec votre famille et vos amis. Impliquez-vous dans des activités sociales.
Pour Me Dufort, être agressif dans le marché des services légaux, ce n'est pas faire ressortir les défauts des autres, mais mettre en valeur ses qualités personnelles. «La meilleure publicité, c'est le client satisfait qui dit à son entourage: Allez voir Me Untel», dit-il.
Le public perçoit les avocats comme des incendiaires. On pense qu'ils ont intérêt à faire durer le procès. Comment pouvez-vous améliorer votre crédibilité face à vos clients? «Je me démarque en me présentant comme un avocat nouveau genre qui offre plusieurs services: conseiller, négociateur, médiateur et plaideur», dit Me Daigneault. (Remarquez: le terme plaideur est placé à la fin). Il utilise la signature suivante après sa raison sociale: «À l'écoute des PME».
Offrir des tarifs compétitifs
«Être compétitif c'est offrir un ratio qualité/prix intéressant. La formule gagnante est de donner une qualité de service au moins égale aux concurrents, mais à un prix inférieur. C'est de cette façon qu'on peut gruger la clientèle de bureaux d'avocats bien établis», dit Me Dufort.
La facturation horaire rend les clients inconfortables. Quand c'est possible, privilégiez les forfaits, pour les divorces non contestés, par exemple. «Mon taux horaire normal est de 150 $ l'heure, mais il m'arrive de travailler à un tarif moindre avec les clients qui magasinent les services juridiques. Dans un récent dossier, j'ai même facturé 80 $ de l'heure», dit Me Daigneault. À ce prix-là, l'avocat devient très compétitif.
Pour afficher de tels tarifs, il faut réduire ses dépenses au minimum. Me Daigneault conseille d'apprendre à utiliser un ordinateur et des logiciels de traitement de texte et de comptabilité. Dans un petit bureau, on peut se passer d'une réceptionniste avec une messagerie vocale. Si vous ne possédez pas de bibliothèque, demandez à un cabinet d'avocat voisin la permission d'utiliser la sienne.
Pour plus d'information sur le démarrage d'un cabinet juridique, communiquez avec le service de l'inspection professionnelle du Barreau du Québec. Le service vous fera parvenir de la documentation. Il peut aussi vous fixer un rendez-vous avec un avocat d'expérience qui vous conseillera dans la réalisation de votre projet.
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