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Karine Rochdi
Mercredi 8 h 30 du matin, Michael McLaughlin se prépare fébrilement pour aller au boulot. Fusains, crayons pastels et papier à dessin en main, l'artiste est fin prêt à réaliser de nouveaux portraits. Sa destination? Rendez-vous au... Palais de justice de Montréal, salle 407.
Ni juge ni avocat, Michael McLaughlin est pourtant un habitué des cours de justice. Plutôt que de témoigner, juger ou plaidoyer, ce portraitiste immortalise sur papier les épisodes les plus marquants des salles d'audience. Affaires Fabrikant, Barnabé, Ferreira... une dizaine de procès ont passé sous la pointe de ses crayons jusqu'à présent.
Qu'est-ce qui explique la présence de cet artiste chez les juristes? En Cour du Québec, les règles de pratique interdisent aux juges d'accueillir dans leur salle d'audience criminelle ou pénale: «(...) la cinématographie, la radiodiffusion et la télévision.» La Cour supérieure qui prohibe également les caméras permet toutefois l'enregistrement sonore des débats au moyen d'un magnétophone. Ces enregistrements ne servent que d'aide mémoire et ne peuvent être diffusés. Soucieux du maintien de la bonne administration de la justice et de la protection de la vie privée, les opposants de la télé dans les tribunaux affirment que les caméras nuiraient aux processus judiciaire, intimideraient les témoins tout en risquant de transformer en cirque les procès.
Malgré cette prohibition, l'information visuelle arrive à destination. De quelle façon? Grâce au portraitiste, le téléspectateur assiste au procès comme s'il y était. Aussitôt arrivé dans la salle d'audience, Michael McLaughlin y va à fond avec le crayon. Les moindres faits et gestes du juge, des avocats, des témoins et des membres du jury peuvent se retrouver sur sa planche à dessin. «Avant que l'on débute, je dessine tous les objets de la pièce dans laquelle je me trouve. Ça me permet de gagner du temps, explique McLaughlin. Une fois la séance commencée, je dois dessiner très rapidement car je ne sais pas combien de temps dureront les interventions.»
Pigiste, Michael McLaughlin ne sait jamais non plus le moment où le téléphone rouge va sonner. «Il faut s'habituer à travailler sous pression, note-t-il. Le plus difficile, c'est lorsque des gens sont réunis dans une même salle pour leur comparution. Je suis constamment sur le qui-vive afin de trouver la bonne personne au bon moment.»
Plan de face du principal témoin interrogé par la défense, gros plan du juge écoutant attentivement un témoignage, accusé démontrant un air perplexe avec les spectateurs en arrière-plan... Michael McLaughlin peut dessiner jusqu'à cinq dessins dans une même journée selon les demandes des médias qui font appel à ses services.
«Ce n'est jamais pareil d'une journée à l'autre. L'important est de capturer l'émotion et la situation du moment. Je dois beaucoup me fier à ma mémoire afin d'illustrer fidèlement les expressions faciales des individus.»
Jusqu'en Océanie
Des faits cocasses? « Pour vous donner une idée à quel point le silence règne dans une salle d'audience, un juge m'a déjà interpellé car je faisais trop de bruit avec la pointe de mes crayons.
Complètement concentré, je m'étais quelque peu laissé aller! » En février dernier, les créations de Michael McLaughlin se sont même retrouvées... en Australie. «Le correspondant à Los Angeles d'une station de télévision australienne m'a appelé pour réaliser quelques dessins pour sa station. La raison? Un Australien venait d'être arrêté à Montréal pour le trafic de 20 tonnes de haschisch. J'ai assisté à sa comparution et mes dessins ont ensuite été envoyés via satellite!», termine McLaughlin encore tout excité.
C'est par pur hasard que cet artiste a fait son entrée dans le monde de la justice en 1992. «Un ami d'un ami travaillant pour CFCF m'annonça que la station était à la recherche d'un portraitiste, raconte McLaughlin. Cela m'a tout de suite intéressé». Quelques jours plus tard, il était appelé pour le procès de Valeri Fabrikant. Tout un baptême! «La première fois que je suis entré dans la salle, j'étais très nerveux, se rappelle-t-il. Étant donné que Fabrikant avait décidé de se défendre lui-même, il était toujours en action. J'ai ainsi eu la chance de pouvoir l'observer durant une longue période et de tout mettre en place dans mes dessins.»
Même s'il est assis aux premières loges en compagnie des journalistes, il n'est pas toujours facile d'obtenir un bon aperçu du visage des gens. Afin d'obtenir le plus de détails que possible, Michael McLaughlin a acquis au fil des procès plus d'un tour à son sac. Durant le procès Fabrikant, CFCF demanda au portraitiste d'exécuter un plan très rapproché du juge Fraser Martin. «Cette commande était difficile à réaliser car j'étais assis trop loin du juge, relate McLaughlin. Je lui ai alors demandé si je pouvais le rencontrer afin de faire son portrait. Il a tout de suite accepté. Le lendemain à l'heure du dîner, j'étais dans son bureau! La station lui a même remis le portrait par la suite.»
Spectateur attentif, Michael McLaughlin ne peut pas toujours rester insensible face à ce qu'il voit. «Dans l'affaire Toop, un des adolescents accusé du meurtre d'un couple de personnes âgées du West Island n'avait encore jamais dit un mot. Il assistait à son procès sans démontrer la moindre émotion. Un jour que je dessinais dans le corridor, le jeune m'a lancé « Nice drawing man!» avant d'entrer dans la salle d'audience. Il avait l'air d'un adolescent normal alors que... »
Avec tous ces procès, notre as du crayon ne manque pas d'action. «Ce travail à la pige est un agréable complément à mes autres activités professionnelles, souligne celui qui oeuvre dans le monde des arts depuis près de trente ans. Les procès que j'ai le plus appréciés sont ceux qui ont duré assez longtemps pour que je puisse réaliser des dessins avec beaucoup de détails. Je suis particulièrement fier de ceux exécutés lors de l'affaire Barnabé. Ils représentaient bien l'émotion ressentie du côté de la famille Barnabé et des policiers.»