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Jacques R. Roy, j.c.q.
C'est l'auteur des Jeunes filles en fleurs, l'écrivain français Henry de Montherlant, en 1966, à qui on demandait «Sauf votre respect, vous avez quel âge? -- qui proclama -- Sauf mon respect, j'ai eu soixante-dix ans en février» L'histoire ne raconte point quelle eut-été la réponse si la question eut été lancée sans respect humain par une respectueuse voulant tenir en respect le même Henry de, auteur du roman Un assassin est mon maître.
Un personnage à qui la langue française doit beaucoup de respect non pas pour sa connaissance du tabac uniquement, c'est Jean Nicot celui-là-même qui sous François II produisit en France cette nouvelle plante à larges feuilles originaire d'Amérique. Au début, raconte-t-on, on utilisait le mot nicotiane pour désigner le tabac. Jean Nicot, diplomate et érudit français, publia deux ans avant la fondation de Québec par Champlain le Thrésor de la langue française. Cet ouvrage constitue le premier dictionnaire de la langue française. C'est à Strasbourg que siège le Conseil de l'Europe et c'est à Strasbourg que fut rédigé le premier texte que nous possédions en langue française. Pour s'assurer sans doute que ce texte allait perdurer à travers les siècles, on l'a fait solennellement et pompeusement sous forme de serment de Strasbourg en l'an 842. À coup sûr, pour célébrer le premier anniversaire de la fondation de Montréal, Richelieu, cardinal de son état, fonda en 1635 l'Académie française en ayant encore en tête l'air de la populaire chanson de Rolang qui avait été lancée sur les ondes de la Seine en l'an 1080. Pendant qu'on y est, au risque que la Cour fut déjà par trop pleine, ajoutons que c'est en 1714 par la traite de Raspart que le français fut proclamé langue diplomatique, ce qu'elle demeura par excellence jusqu'au traité de Versailles en 1919.
Revenant à Nicot et à son thrésor, on peut y lire sous le mot «respect» la note suivante: «respect, c'est-à-dire, regard ou esgard ou considération. L'excellence du dehors n'étoist rien au respect de ce qu'il voyoit».
Venant maintenant et enfin au propos de cette chronique, peut-on soumettre respectueusement qu'il faut se méfier d'un emploi impropre du mot «respect» dans notre vocabulaire juridique quand on lui substitue le mot «observance». Cela est probablement attribuable au mot anglais observance qui signifie respect comme dans observing a law. Ce n'est pas irrespectueux de parler de l'observation de la loi quand on parle du respect de la loi mais ce le serait de parler de l'observance de la loi. Le mot «observance» existe bien en français mais ne s'emploie plus guère qu'à propos de règles religieuses.
C'est ainsi qu'on pourrait dire qu'à Saint-Benoit-du-Lac, se profile un monastère où prévaut une stricte observance de la loi du Seigneur.
Les trois chefs
Des années durant, le Québec fut un pays de stricte observance religieuse même si le Premier ministre d'alors, le trifluvien Maurice LeNoblet Duplessis, se flattait de faire manger les évêques dans sa main. C'était le chef ou mieux le «cheuf» qui n'hésitait point alors à faire taire ses détracteurs et ses propres ministres avec son fameux toé, tais-toé voulant peut-être ainsi paraphaser Louis XIV, le soleil fait roi qui disait «l'état c'est moé». On a pu assister, jadis, au théâtre à une pièce faisant revivre cette époque du respect du chef et de grande observance religieuse au Québec avec l'oeuvre Charbonneau et le chef».
Faisant derechef un appel à Jean Nicot, on reçoit comme écho pour le mot «chef» la définition suivante: «Chef qui vient au Grec képhalê et non du Latin caput est la teste proprement de l'homme et de la femme... car quant aux bestes brutes on use du mot teste». Est-ce à dire que durant les trois siècles suivant le thrésor de Nicot l'être humain aurait perdu et le couvre-chef et son chef pour devenir semblable à la bête ou serait-ce la bête qui au contact d'une belle au bois dormant se serait humanisée?
Quand on parle d'un élément distinct d'une demande en justice ou d'un acte d'accusation ou d'un jugement on parle d'un chef. C'est ainsi que le tribunal devant statuer sur la culpabilité de l'accusé devra se prononcer sur chaque chef d'accusation. On peut aussi écrire que la convocation destinée au défendeur doit indiquer les chefs de la demande. Enfin, l'appel ne défère à la Cour que la connaissance des chefs de jugement qu'il critique expressément ou implicitement et des autres chefs qui en dépendent.
Plaidoyer pour «réponse à l'accusation»
De son propre chef, Nicot dans son thrésor perore sur le mot «plaider» qu'il définit comme «avoir procez». Il paraît étrange que le mot plaidoyer ne figure point au début du dix-septième siècle dans ce thrésor qui consacre beaucoup d'espaces au vocabulaire de la marine, de la chasse et de la guerre et de la poésie et aussi du monde juridique. Sous ce même mot «plaider», Nicot donne notamment deux exemples: «Faire semblant de plaider contre aucun et néamtmoins s'entendre avec luy et colluder... Il ne faut point plaider qui veut vivre en repos de son esprit.»
Selon le dictionnaire, «plaidoyer» c'est un discours prononcé à l'audience pour défendre le droit d'une partie. Il va de soi qu'un accusé niant sa culpabilité aux chefs d'accusation n'a point besoin de se pourfendre d'un discours enflammé voire inflammatoire. Il lui suffit de répondre à l'accusation en reconnaissant sa culpabilité ou en niant sa culpabilité. La commission de terminologie juridique suggère donc d'éviter d'employer le terme plaidoyer de culpabilité ou plaidoyer de non culpabilité, dans ce sens on dira: «Quelle a été la réponse de l'accusé à tel chef d'accusation?» ou encore "A-t-il plaidé coupable ou non coupable? et non pas: «Quel est le plaidoyer de l'accusé» ou «Quel plaidoyer a-t-il enregistré?»