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Depuis quelque temps, l'École du Barreau, son programme de formation et le baccalauréat en droit sont parmi les sujets qui ont le plus engagé la polémique chez les étudiants de l'École, surtout depuis la sortie des derniers résultats d'examens. Il serait pertinent de mettre en perspective certains faits, question de mettre les pendules à l'heure.
La formation universitaire est l'un des facteurs qui peut expliquer le taux d'échec élevé aux examens. Tout d'abord, il est reconnu que les universités forment des juristes. Souvent le choix de l'université dans laquelle un étudiant fera sa formation de juriste sera guidé par l'endroit où il sera admis ou encore à cause de l'emplacement de celle-ci. Malheureusement, il y a un écart entre la formation qu'offrent ces universités, les résultats comparatifs aux examens du Barreau en faisant foi.
De plus, il y a de moins en moins de demandes d'admission dans les facultés de droit mais toujours autant d'élus. À l'Université de Sherbrooke pour l'année 1993-1994, il y a eu 1875 demandes d'admission et 694 offres d'acceptation qui étaient envoyées. De ces offres, il y a toujours eu le même nombre d'acceptation de la part des étudiants, soit approximativement 260. Cette année, il y a eu pratiquement autant de demandes que d'offres. La qualité des candidats retenus n'a certainement pas augmenté dans une situation pareille. Et les universités, tirant leurs revenus en partie des frais de scolarité, ne seraient pas gagnantes en diminuant le nombre d'admission à l'université.
Protéger le public
L'objectif premier est de vérifier nos connaissances et ainsi garder un contrôle sur ceux qui pourront s'inscrire au Tableau de l'Ordre. Le programme de formation est l'outil sur lequel l'École du Barreau s'appuie pour nous évaluer. En réponse à nos questions quant à la sélection des matières faisant partie du programme de formation, on nous a répondu que l'on s'était basé sur un recensement fait auprès de certains avocats, en demandant quelles connaissances un avocat doit posséder en début de pratique.
Tout de suite certains m'arrêteront et me diront que le programme du Barreau limite les choix de cours que feront les étudiants du baccalauréat. D'autres ajouteront que le programme de formation nous limite et va à l'encontre du scénario Singapour, parlant de diversification et d'horizons plus larges pour faire sa place dans la profession.
Néanmoins, il ne faut pas oublier qu'il existe diverses maîtrises en droit pour se spécialiser, sans compter la formation permanente qui est là pour nous permettre d'aiguiser nos connaissances. Mais plus encore, il y a cette qualité qui s'appelle la polyvalence. Dans les marchés d'aujourd'hui, la tendance veut que nous soyons assez touche-à-tout pour pouvoir passer d'un domaine de pratique à un autre, la spécialisation étant de rigueur dans plusieurs domaines (pensons à la fiscalité).
En somme, il n'y a rien de malsain à ce que nous soyons obligés de voir plusieurs matières en neuf mois. Durant trois ans, on nous a appris à comprendre le droit et à être capable d'aller chercher l'essence d'un texte de loi, d'une décision ou encore d'un article de doctrine.
Cela va sans dire qu'il y a tout de même certains de ces cours qui n'ont pas leur place, étant donné leur champ de pratique trop exigu. De plus, le survol (et mes mots sont choisis) de certaines des matières abordées durant l'année de formation professionnelle ne permet aucunement d'approfondir celles-ci. Et c'est là un des aspects de sa politique que l'École du Barreau doit revoir. Mieux vaut en aborder moins et étudier à fond, que de goûter un peu à tout du bout des lèvres.
La problématique
À mon grand regret, certains ont bien réussi aux examens et d'autres, pas. Et là, je touche à une autre facette de cette polémique: les étudiants. À mon avis, les échecs aux examens du Barreau sont dus à l'une des diverses causes énumérées plus bas. Certaines sont de notre contrôle, d'autres pas.
À la suite d'un échec, les cinq éléments nommés doivent être passés en revue avant d'accuser haut et fort l'École du Barreau de faire du contingentement déguisé.
La préparation: Si un étudiant n'a rien fait de son bloc, qu'il est allé à quelques cours et qu'il a lu le livre deux jours avant son examen, il est possible qu'il échoue.
Les réponses données aux questions: Contrairement à ce qui se passait au baccalauréat dans certains cours, ce n'est pas en beurrant épais que l'on va se tirer d'affaire. Je m'explique. À une question posée, on nous demande de donner les faits, le droit s'y rattachant et la justification. Tout ce qui dépasse ce cadre est superflu et influe négativement sur le résultat.
La malchance et/ou le stress: Ici, certains pourraient nous parler de leurs expériences. Les aléas de la vie font bel et bien leur travail, même lors d'un examen du Barreau.
La formation universitaire: Il y a des étudiants qui arrivent avec un meilleur bagage que d'autres. Ne ménageons pas nos mots: les étudiants de l'UQAM en arrachent plus que les autres. Il y a donc des actions qui doivent être prises. Et ceci est hors de notre contrôle.
Un rapport sur la première année du nouveau programme a été présenté au bâtonnier Claude Masse. Il s'avère que le principal problème qui ressort des copies d'examen est le suivant (et je cite): «En somme, les étudiants peuvent nous exposer le droit mais sont incapables de solutionner concrètement la question. Ils connaissent la règle mais ont des difficultés majeures lorsqu'il s'agit de rédiger les conclusions appropriées au recours.»
Une question se pose alors: ne devrions-nous pas déjà avoir acquis ce réflexe lors de notre formation universitaire? Nous passons les trois quarts de notre formation au baccalauréat...
La correction et autres: Des diverses causes que j'ai énumérées, celle-ci est le fardeau de l'École du Barreau. Oui, la correction est à l'occasion trop rigide, pas toujours logique.
D'ailleurs, ce sont pour des variables pareilles que nous devons faire pression sur l'École du Barreau: ces événements sont de son contrôle, contrairement à d'autres.
De plus, il y a encore des améliorations à apporter quant à la formulation des questions, à l'enseignement qui n'est pas toujours uniforme d'un professeur à l'autre et surtout relativement à la charge de travail dans certains blocs. L'École du Barreau doit nous évaluer de façon conforme et objective et devrait donc développer une rigueur et un protocole qui permettront de rendre le plus juste possible cet examen.
Ce qui devrait être...
Les universités forment les étudiants qui iront pour la plupart faire leur année de formation professionnelle à l'École du Barreau. Mais on ne semble pas encore pouvoir travailler en symbiose et dans un même but: notre formation et notre réussite. Ainsi, il nous serait plus probable qu'en sortant de ce processus de quatre ans, nous aurions tout le savoir qu'un avocat débutant doit posséder.
En fait, il ne faut pas attaquer le travail herculéen des professeurs qui nous enseignent au baccalauréat. C'est plutôt l'université dans son ensemble que l'on doit pointer du doigt.
De peur de perdre trop d'étudiants suite à des échecs en masse, ils doivent majorer les notes et rendre plus faciles les examens.
L'École du Barreau se doit de nous évaluer plus sévèrement puisque l'obtention d'un baccalauréat n'est plus synonyme d'excellence. Or, est-ce que de rehausser la barre est un mal en soi? Devrait-on nous laisser réussir en faisant des examens plus faciles pour permettre à plus de gens de passer? Que serait le but de cet examen si presque tout le monde le réussissait? Les maîtres de stage des étudiants qui ont terminé l'an dernier voient une différence notable dans la qualité de la formation de ces derniers comparativement à ceux qu'ils supervisaient avant notre programme. Et ça c'est le meilleur baromètre que l'on peut trouver.
Que doit-on en conclure?
Les universités auront à revoir leurs objectifs et à resserrer leurs critères d'admission et de formation. Et jusqu'à présent, ces dernières n'ont pas été la cible des étudiants, ce que je déplore.
L'École du Barreau, pour sa part, devra faire sa part et trouver un moyen de former et d'évaluer le plus uniformément et adéquatement possible.
Finalement, l'École devra être claire dans ses décisions et positions. Qu'elle admette ses erreurs et que nous, les étudiants, voyions nos faiblesses.
Le droit est partout et est de plus en plus complexe. Notre formation doit s'en ressentir. Je voudrais d'ailleurs vous laisser sur les paroles de Me Jacques Lemay, président du Comité de la formation professionnelle: «Lorsqu'un étudiant échoue et a dans les 50 %, je me dis que c'est une erreur de parcours. Mais quand on retrouve des étudiants qui échouent en bas des 40 %, je me pose de grandes questions.» Un lien est-il à faire entre notre formation universitaire et notre réussite au Barreau?
Présidente de l'Association des jeunes juristes de Sherbrooke