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Propos recueillis par Lucie Desjardins, avocate
À quelques jours du Congrès de l'Association des avocats de province, qui se tiendra du 25 au 29 septembre, nous avons rencontré Me Francis Gervais, question de faire le point sur son année passée à la présidence de l'Association.
Journal du Barreau: À la fin septembre se tiendra le Congrès annuel de l'Association des avocats de province, rappelez-nous brièvement l'origine de cette association?
Francis Gervais: L'Association remonte à 1928. À l'époque, les avocats qui pratiquaient à l'extérieur de Montréal réalisaient graduellement que les services judiciaires et juridiques étaient de plus en plus concentrés à Montréal et à Québec - dans les deux grands centres. Les gens ont alors commencé à faire des représentations pour que nos gens, qui sont des citoyens, aient droit aux mêmes services dans leur région. Ils ont fait des pressions, à la fois sur le gouvernement et sur le Barreau, parce que le Barreau était divisé en deux grands centres, pour que les services judiciaires se rendent en province.
À l'époque, il s'agissait vraiment de la province alors que l'Association portait le nom de l'Association du Barreau rurale. En 1928 c'est devenu un regroupement, en 1933 une association avec incorporation et charte, et en 1988, l'Association s'est modernisée en prenant le nom actuel d'Association des avocats de province, ce qui représente davantage la réalité d'aujourd'hui, c'est-à-dire les avocats qui sont en dehors des grands centres, Montréal et Québec.
L'Association est née d'un besoin qu'avaient les gens et les avocats de l'époque d'offrir des services judiciaires et juridiques en province, de s'assurer que les services judiciaires et juridiques se rendent en province.
J. du B.: Quels sont les objectifs du congrès et qui voulez-vous rejoindre?
F.G.: Les gens que l'on veut rejoindre? Ce sont tous les membres de notre association, les gens de la province particulièrement. Cela dit, la porte n'est jamais fermée pour les gens de Montréal et de Québec parce que l'Association a toujours été un partenaire de Montréal et de Québec. Notre objectif est de regrouper les avocats de province pour en faire une force. De façon sommaire, à l'intérieur du Barreau du Québec, les gens de Montréal représentent environ 9 000 avocats, les gens de Québec 3 000 et les gens de province 5 000 avocats. Ce qui veut dire que l'Association est une force importante dans la mesure où les gens sont regroupés; et même si on est 5 000 avocats, on ne fait pas partie d'un seul barreau, mais de treize barreaux différents. Donc, l'Association des avocats de province et le congrès se veulent un lieu d'échanges, un forum. Le congrès facilite la circulation des informations; les difficultés ou les problèmes qui existent en province sont discutés en congrès, passant des avocats aux différentes sections, et des sections à l'Association. Il permet aussi de rencontrer les différents bâtonniers de section.
J. du B.: Quels sont les dossiers auxquels l'Association a été impliquée ces derniers mois?
F.G.: Il y a des dossiers spécifiques au Barreau et d'autres spécifiques à l'Association. En fait, l'Association, qui est une drôle de création sans titre officiel, fait partie du Barreau tout en représentant les treize sections de province. En gros, l'Association est là pour servir de courroie de transmission pour l'ensemble des sections. Nous ne sommes pas là pour dire ou imposer aux sections une façon de voir. Nous sommes là pour permettre aux sections de se rencontrer, de discuter ensemble, et si jamais il y a consensus sur un dossier, de véhiculer le point de vue de nos membres. Par exemple, on a été utile au niveau des dossiers de l'aide juridique et de la médiation familiale parce qu'on a servi de trait d'union, permettant aux gens de province de savoir ce qui se passait. L'information nous était transmise par le bâtonnier du Québec ou la direction générale, information qui était transmise par la suite aux sections.
Par ailleurs, il y a des dossiers qui nous sont propres. L'échange avec le Barreau de Hongrie, par exemple, où des gens du Québec sont allés en Hongrie et des gens de Hongrie sont venus ici. Il y a le dossier de la vidéoconférence également, que l'Association a mis sur pied dans la région de Québec.
Ce système de vidéoconférence permet aux avocats qui sont à l'extérieur de la région de plaider certaines requêtes sans avoir à se déplacer à Québec. Nous en sommes présentement à étudier, avec le ministère de la Justice et la cour d'appel, la possibilité d'implanter ce système dans la région de Montréal.
J. du B.: Vous avez manifesté de l'intérêt pour les nouvelles technologies de l'information, notamment Internet. Qu'en est-il au juste?
F.G.: Il faut être ouvert à ces questions. Je pense que, en général, les avocats de province sont assez ouverts à la transmission des nouvelles informations et à l'utilisation des nouveaux médiums. C'est plus facile en province parce que les discussions se font plus rapidement. Nos cabinets sont plus petits et lorsqu'il y a quelque chose de nouveau, comme les nouvelles technologies de l'information, les échanges ne manquent pas.
D'autre part, l'Association est un peu à la remorque du Barreau du Québec. Dans la mesure où le Barreau aura des programmes, nous serons là pour aider les sections. D'ailleurs, on a déjà commencé à mettre des sommes de côté en prévision d'un coup de main à donner à nos membres. On est ouvert, c'est évident, mais tant et aussi longtemps que les programmes du Barreau ne sont pas connus, il est difficile de dire ce qu'il est possible de faire.
Par ailleurs, l'Association aura éventuellement sa page Web et elle compte bien aider des sections au niveau du coût d'implantation de systèmes informatiques.
J. du B.: Vous aviez exprimé le voeu de changer le nom de l'Association des avocats de province pour l'Association des avocats de région. Ce voeu se réalisera-t-il?
F.G.: L'article auquel vous faites allusion avait été écrit dans le premier ou le deuxième mois de mon mandat, à partir de l'allocution pour l'acceptation du poste de président de l'Association; c'est une des choses que j'avais mentionnée. Je sais que les gens à qui j'en ai parlé de façon informelle étaient assez intéressés. Vous remarquerez que dans l'article, il y avait une demande faite aux gens de nous envoyer leurs commentaires. On en a pas eu de commentaires, les gens n'ont pas répondu. Est-ce qu'il faut prendre pour acquis que, pour l'instant, le projet n'est pas mûr ou parce que les gens ne veulent pas de changement? Je ne sais pas. Moi, j'ai plutôt l'impression que c'est parce que le projet n'est pas mûr. Il va falloir revenir avec cette idée et voir si les gens sont prêts à l'accepter. En réunion, avec des bâtonniers, on a pu percevoir de l'enthousiasme chez certains alors que chez d'autres, c'était assez froid. Peut-être que c'est le nom qui ne convient pas, qui ne correspond pas à la réalité, à ce que l'on veut dire. Il faut trouver quelque chose d'accrocheur, un nom qui représente tous les avocats en dehors de Montréal et de Québec mais qui n'est pas le mot région ou province, ni campagne ni rurale, mais un mot qui veut dire un peu tout ça. La réflexion est là et peut-être que l'inspiration n'est pas encore arrivée.
J. du B.: L'Association entamera le prochain siècle de quelle façon?
F.G.: La beauté et la simplicité de l'Association, c'est qu'elle n'est là que pour un seul but: s'assurer que tous les programmes de tous les organismes soient disponibles pour les gens en province ou en région; que tous puissent bénéficier des mêmes services. En ce sens, on est souvent à la remorque des décisions qui sont prises. Si chaque geste est posé et que tout le monde en province reçoit le même service, c'est plus difficile pour nous d'intervenir.
Cela dit, pour l'an 2000, on parle beaucoup de l'avenir de la profession et de technologies. Le sujet est important et nous en sommes très conscients. La question est de savoir comment on va pouvoir aborder cette question là. Est-ce que l'on va croire en des idées innovatrices et les transmettre à nos sections? Je pense que oui.
J. du B.: Est-ce que l'Association répond toujours aux buts et objectifs fixés dès lors de sa création en 1928?
F.G.: Oui. Et il sera toujours important de s'assurer que les organismes centraux fassent en sorte que les services soient rendus en province. Quand on parle d'une justice accessible, un des éléments d'une justice accessible, c'est qu'elle soit là pour tous les citoyens au même prix. Sinon, notre rôle est d'intervenir. Comme nous l'avons fait récemment avec la Loi sur les tribunaux administratifs où il était prévu que
les tribunaux ne siégeraient qu'à certains endroits. Nous n'étions pas d'accord. Pour nous, pour que les gens puissent avoir accès à la justice au même coût, il faut qu'elle puisse se passer près de chez eux.
J. du B.: Est-ce que l'Association peut, à certaines occasions, être un instrument de division ou de discorde?
F.G.: L'Association peut avoir des intérêts différents de Montréal ou de Québec, mais il faut faire attention avec le mot discorde. Jusqu'à maintenant, au niveau du Barreau, il y a eu plusieurs dossiers sur lesquels Montréal n'était pas d'accord avec le reste du Québec. Il faut trouver des solutions, en arriver à des consensus. C'est ce qui est intéressant. On aura toujours notre point de vue. Un point de vue de gens de province où les situations sont différentes. L'important, c'est de s'organiser pour que ces gens là puissent avoir accès à la justice et que la justice soit près de chez eux.
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