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Lorsqu'ils traitent de l'appareil judiciaire, du Barreau et des avocats, d'augustes orateurs et auteurs affirment que ces institutions et cette profession constituent des remparts de la démocratie, de la règle de droit et des libertés individuelles.
Tout cela est bien gentil et sans doute vrai, mais lorsqu'on écoute ou qu'on sonde l'homme de la rue sur les mêmes sujets, on entend souvent un son de cloche différent, surtout dans des périodes économiques difficiles comme celle que nous ne finissons plus de traverser. Les gens diront par exemple que la justice et les avocats sont inaccessibles parce que trop chers.
Et lorsqu'on parle aux confrères et consoeurs de la pratique, ceux-ci diront qu'il leur faut travailler aujourd'hui encore plus fort qu'autrefois pour gagner des honoraires allant sans cesse en diminuant et payés par des clients devenus méfiants, exigeants et regardant à la dépense. Ils disent aussi qu'il leur faut affronter une concurrence de plus en plus vive, causée non seulement par le surnombre d'avocats, mais aussi par un envahissement progressif de leurs champs de pratique par d'autres professionnels ou spécialistes. La question que certains d'entre eux poseront alors est: «Que fait le Barreau pour nous?». Question presque suggestive, car dans leur tête la réponse est toute faite: «RIEN...»
Mais plaçons d'abord le tout dans une juste perspective pour constater d'abord que dans la présente conjecture socio-économique, la crise de confiance que la clientèle vit et que nous vivons est celle de toute la société. (...)
Aucune reprise économique ne fera ressusciter les milliers d'emplois disparus suite à l'avènement de l'informatique et des micro-ordinateurs. (...)
Comme tout le monde donc, afin de diminuer leurs coûts d'opération et demeurer ainsi compétitifs, les avocats devront systématiser l'utilisation de l'informatique. (...) Ceux qui ne le feront pas entreront inexorablement dans le Parc Jurassique... (...)
Le scénario Singapour
Dans cette perspective, le Barreau du Québec entérinait en juin 1996 le rapport de son Comité sur l'avenir de la profession préconisant la mise en place du Scénario Singapour, c'est-à-dire celui de l'adaptation rapide des avocats à tous ces changements, par le biais notamment de l'informatique.
(...) Le Scénario Singapour retenu par le Barreau du Québec, incite aussi les avocats à adopter des stratégies d'affaires et à considérer davantage leur cabinet comme une entreprise de services variés. On y parle de l'industrie des services juridiques. Ce point de vue est d'ailleurs aussi celui du bâtonnier de l'Ordre des avocats de Paris Bernard Vatier qui, dans son Bulletin du Bâtonnier du 1er juillet dernier, préconisait entre autres ce qui suit (je cite): «Transformation des cabinets en de véritables entreprises, gérés en interne efficacement et aptes à répondre aux besoins variés des clients, y compris des entreprises internationales et des États qui cherchent à se doter d'un cadre juridique.»
D'autres professionnels, comme les comptables, semblent avoir adopté une telle approche, mais en la poussant très loin. Ainsi, ils ont pris pied dans le domaine para-légal - certains offrent un service de médiation en matière commerciale - et même légal en employant par exemple des avocats. Ce phénomène se répand d'ailleurs partout dans le monde. (...)
Face à ce développement et aussi à d'autres tentatives d'empiétements encore plus connues, il est naturel de se tourner vers le Barreau et lui demander de voir à empêcher toute pratique illégale du droit, ce qui fait d'ailleurs partie de ses responsabilités au nom de la protection du public. Par contre, les avocats doivent aussi changer leur mentalité et mieux, oui disons-le, mieux «se vendre» comme professionnels des services juridiques. (...) Les membres de notre Barreau devraient aussi s'impliquer eux-mêmes:
Dans un autre ordre d'idées, beaucoup de confrères se sont inquiétés également de récentes initiatives gouvernementales fédérales ou provinciales qui affectent directement ou indirectement la profession.
Face à ces inquiétudes, certains diront: «voilà encore les avocats qui ne pensent qu'à leurs champs de pratique, qu'à leur portefeuille». Je leur répondrai que lorsque le Barreau a dénoncé l'an dernier les coupures de services à l'aide juridique pour les personnes accusées d'infractions punissables sur déclaration sommaire de culpabilité, il a voulu aussi défendre le droit de tous les accusés, et surtout des plus démunis. (...)
Distingués invités, chers confrères et consoeurs, je souhaite donc en terminant que l'année judiciaire 1997-1998 qui débute aujourd'hui à Hull soit marquée par une sensibilisation accrue de tous et de toutes au fait que dans cette période de changements profonds à la façon de pratiquer le droit, il vaudra mieux s'adapter rapidement. Le Barreau continuera de protéger à la fois le public et les intérêts de ses membres, comme il l'a fait à plusieurs reprises. Mais il aidera surtout ceux et celles qui voudront d'abord s'aider eux-mêmes ou elles-mêmes.
© Barreau du Québec 1996-2012