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Le Centre de cancérologie Charles-Bruneau

Un avocat au centre d'une belle réalisation

Guy Lemieux


Un avocat est au centre de l'un des plus beaux fleurons du Québec des dernières années. Me Pierre Deschamps préside les destinées, depuis ses tout débuts en 1990, de la Fondation Charles-Bruneau, vouée à la réalisation du Centre de cancérologie Charles-Bruneau. La construction de ce centre pédiatrique, jouxtant l'Hôpital Sainte-Justine à Montréal, et sa mise en opération ont nécessité un investissement de 17 millions $. Dans le contexte des compressions budgétaires qui frappent les services de santé et où la conjoncture économique ne cesse de faire des ravages, la réalisation de ce centre dédié aux enfants cancéreux relève du pure exploit. Six ans ont été nécessaires pour que le rêve du Dr Jocelyn Demers, surnommé «l'ami des enfants cancéreux», et de Me Deschamps, en tête, se réalise, contre vents et marées.

M<sup>e</sup> Pierre Deschamps et le Dr Jocelyn Demers.
Me Pierre Deschamps et le Dr Jocelyn Demers.

«Dire que tout ça est parti d'un petit groupe de parents qui a fondé Leucan et qui devait ensuite créer la Fondation Charles-Bruneau. C'est extraordinaire!», s'emballe Me Deschamps, qui s'est impliqué une douzaine d'années à Leucan dont six ans à titre de président du conseil d'administration.

Pour réaliser un tel tour de force, il faut nécessairement beaucoup de détermination, voire être un peu entêté, croire à la cause... et convaincre les partenaires de la pertinence du projet. C'est ainsi que sous la présidence de Me Deschamps, la Fondation a réussi à dénicher les 17 M $ nécessaires en s'alliant de partenaires tels Vidéotron (prêt sans intérêt de 8 M $ qui est remboursé par une partie des sommes versées à Opération Enfant Soleil), la Fondation Canadian Tire (don de 1 M $) et de nombreuses autres corporations qui ont mis sur pied une kyrielle d'activités bénéfices. Le gouvernement québécois, pour sa part, a contribué pour un montant de 3,5 M $.

«La Fondation Charles-Bruneau et son centre de cancérologie pédiatrique constituent un bel exemple de solidarité, d'entraide et de partenariat entre les secteurs privé et public (...). Pour moi, c'est une erreur que de se fier uniquement sur les gouvernements. Je crois plutôt à la prise en mains des citoyens», de dire Me Deschamps, qui, lors d'une grève illégale du transport en commun à Montréal dans les années 1980, a déjà convaincu les usagers qui réclamaient leur dû (au total
200 000 $) en recours collectif, de remettre cet argent aux bénéfices des enfants malades.

Mais vous vous en doutez, Dr Demers et Me Deschamps ne sont pas seuls à mener la barque. Une armée de bénévoles mettent la main à la pâte, ainsi que des parents ayant un enfant atteint de cancer, des amis, le personnel de la Fondation et des porte-parole de prestige, tel Pierre Bruneau, journaliste à TVA et père de Charles Bruneau, décédé en 1988 à l'âge de 12 ans des suites du cancer, et à qui l'on a dédié ce centre pour souligner le courage dont il a fait preuve et l'espoir qu'il suscite chez tous les enfants qui doivent se battre quotidiennement pour leur survie et dont on lui doit la fameuse citation: «Quand je serai grand, je serai guéri».

L'aspect humain

M<sup>e</sup> Pierre Deschamps et le Dr Jocelyn Demers entourant un jeune patient et ses parents.
Me Pierre Deschamps et le Dr Jocelyn Demers entourant un jeune patient et ses parents.

Une visite du Centre Charles-Bruneau nous permet de saisir toute l'ampleur que revêt ce pavillon de cinq étages, qui tranche avec la froideur habituelle du milieu hospitalier. Bien sûr, la présence de ces dizaines d'enfants à la tête dénudée - résultat des traitements de chimiothérapie - , rencontrés ici et là, ne laisse personne insensible à la gravité de la maladie. Mais très vite, malgré une douleur insoutenable qui est trop souvent le lot de leur quotidien, leur sourire, leur courage, leur soif de vivre nous révèlent une force de caractère qui désarçonne les adultes que nous sommes.

Au fil de la tournée, des visages souriants et chaleureux des membres du personnel, tous sans exception en tenue civile, l'architecture aux formes arrondies et fantaisistes, les chambres où on a prévu une cohabitation enfants et parents, les murs où dominent des dizaines de dessins et de bricolages d'enfants, les salons de détente aménagés pour les parents et les ados, les salles de jeux des enfants, témoignent des efforts faits pour donner «un visage humain» à ce lieu qui devient, par la force des choses, le milieu de la famille.

Centre ultramoderne

L'ouverture du centre a permis de regrouper en un même lieu, en l'occurrence l'Hôpital Sainte-Justine, tous les enfants traités de cancer et leur offrir des installations plus modernes. On y retrouve notamment une clinique de jour qui reçoit annuellement plus de 13 000 visites de jeunes cancéreux, une unité de soins semi-intensifs qui contient 24 lits et - nouveauté - une unité de greffe de moelle osseuse où sont pratiquées, chaque année, une vingtaine de greffes.

La réalisation du centre visait aussi à rapatrier en un même lieu les technologies et à attirer les plus grands chercheurs, afin de favoriser une meilleure coordination. L'équipe de deux chercheurs qu'elle était est ainsi passée à... 23. Le dénominateur commun: ils conjuguent leurs efforts dans la lutte contre le cancer. Leurs recherches portent notamment sur la thérapie hygiénique, sur les effets des médicaments de chimiothérapie (donnés maintenant en plus grande dose) et sur les causes génétiques et environnementales du cancer.

Le centre s'est doté d'équipements de fine pointe, augmentant ainsi l'efficacité des traitements donnés aux enfants et les chances de guérison. La machine aphérèse, qui permet d'isoler et de garder des cellules qui serviront à une greffe ultérieure, l'imagerie par résonance magnétique et ses analyses métaboliques et physiques des tumeurs cancéreuses qui améliore l'efficacité des traitements, la Gamma Caméra qui réduit de moitié le temps de l'examen et émet avec une plus grande précision la résolution des images sont quelques-unes des nouveautés technologiques qui permettent les plus grands espoirs pour les enfants atteints de cancer.

Grâce à son association au réseau nord-américain regroupant plusieurs hôpitaux spécialisés dans le traitement du cancer chez l'enfant, le centre peut faire bénéficier, aux enfants québécois, ce qui se fait de mieux comme traitement en Amérique du Nord face aux différentes formes de cancer.

Enfin, notons également que des chercheurs de l'unité de recherche en oncologie travaillent en étroite collaboration avec le Dana Faber Cancer Institute, affilié au Harvard Medical School de Boston, et avec le Pediatric Oncology Group pour trouver les causes du cancer chez l'enfant.

Trois cents nouveaux cas chaque année

Le taux de guérison - toutes formes de cancer confondues - atteint aujourd'hui 70 % chez les enfants, comparativement à 20 % il y a quelques années à peine. Ces progrès phénoménaux ne doivent pas nous faire oublier que 30 % ne connaîtront pas la joie de la guérison et qu'à chaque année, 300 nouveaux cas de cancer sont diagnostiqués chez les enfants, signale Me Deschamps, qui oeuvre dans l'enseignement du droit à l'Université McGill et dans la recherche en droit de la santé.

Quant au taux de réussite des greffes de moelle osseuse, il est d'environ 50 %. Comme on voit, la bataille est loin d'être gagnée. Surtout que le coût d'une greffe varie de
40 000 $ à 150 000 $, selon que la greffe est apparentée ou non.

Pour Me Deschamps, il est clair que la Fondation Charles-Bruneau a toujours sa raison d'être et qu'elle doit continuer «d'être porteuse d'espoir» en soutenant la recherche en matière de cancer chez l'enfant, afin que tous ces enfants atteints de cancer soient, un jour, guéris et ainsi réaliser le voeu cher de Charles Bruneau.

Appel aux avocats

Consacrant une quinzaine d'heures par semaine à la Fondation, Me Deschamps invite la confrérie des avocats à s'investir dans la société. «On peut changer le cours normal des choses», affirme-t-il. Il faut se demander si on ne pourrait pas faire un peu plus (...) Comme avocat, il me semble que nous avons une responsabilité sociale qui va au-delà de notre profession. Dans mon cas, j'ai choisi un engagement à long terme parce que je me sens solidaire du destin des autres », de dire Me Pierre Deschamps, intarissable quand il parle de causes humanitaires.

S'il vous a convaincu, communiquez avec la Fondation Charles-Bruneau, située à Montréal, au (514) 256-0404.

Ça n'arrive qu'aux autres, jusqu'au jour...

Le verdict est tombé le 5 juillet 1996: Simon Labelle, 8 ans, fils de Me Maryse Casavant, est atteint de leucémie. Tout l'univers de Mme Casavant et sa petite famille bascule. Ça n'arrive qu'aux autres, jusqu'au jour...

«Nous apprenions la nouvelle concernant Simon alors que ma mère se mourait d'un cancer (elle est décédée le 23 juillet) et que je venais à peine de donner naissance à un troisième enfant. Ça fait beaucoup de choses émotives en si peu de temps», relate Mme Casavant.

Il y a eu la phase d'acceptation. «Nous avons passé des bouts très pénibles. On se demande qu'est-ce qu'on a à comprendre là-dedans, c'est quoi le message. (...) On a investi beaucoup d'énergies et de ressources pour voir les choses de façon positive», confie-t-elle.

Puis, il y a eu la phase d'adaptation. Me Casavant, qui se spécialise maintenant dans la médiation familiale, opère son propre bureau dans sa ville à Saint-Jérôme. Ce qui lui permet de se libérer (en alternance avec son mari) et accompagner Simon pour ses traitements hebdomadaires de chimiothérapie qui se font à Saint-Jérôme et, une fois par trois semaines, au Centre cancérologie Charles-Bruneau. «C'est extraordinaire ce centre! C'est ultramoderne. L'environnement est plus sécuritaire au niveau des bactéries. Et tout est fait pour faciliter le séjour des enfants et des parents. C'est aussi la seule section de l'hôpital où il y a l'air climatisé. C'est bien apprécié l'été!», signale Mme Casavant.

Les cheveux de Simon ont recommencé à pousser le printemps dernier et la maman demeure très optimiste de le voir s'en sortir. «Il faut, comme parents, trouver le chemin vers la sortie et l'enfant va suivre», d'expliquer Mme Casavant qui a une grande confiance en la vie.

 

 
 

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