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Véronique Meunier, avocate
On dénote une forte tendance dans les professions libérales: le travail autonome. «Il y a de plus en plus de travail autonome car l'économie de nos sociétés québécoise et canadienne exige, pour faire face à la mondialisation, que globalement les entreprises refassent une structure de coût et se donnent des éléments de flexibilité au niveau de la gestion de leur main-d'oeuvre interne qui est souvent devenue une main-d'oeuvre externe», soutient M. Gilles Saint-Pierre, directeur de l'Institut d'entrepreneuriat de l'Université de Sherbrooke. M. Saint-Pierre était l'un des conférenciers invités lors du Colloque sur le démarrage d'un cabinet d'avocats tenu à la Maison du Barreau le 25 octobre dernier.
Un des ateliers offerts lors du colloque avec Me Alain P. Lecours (Chénard, Lecours), Me Ariane Charbonneau (Hébert, Denault) et Me Robert Primeau (Corporation de services). |
Ce Colloque, qui en était à sa deuxième édition, était organisé par l'École du Barreau, l'Association des étudiants de l'École du Barreau à Montréal et les associations des jeunes juristes de Sherbrooke et de Québec. Il propose aux étudiants en droit, stagiaires et aux avocats divers ateliers ainsi qu'un salon d'exposants les informant sur le démarrage d'un cabinet d'avocats et les guidant dans cette démarche.
Profil psychosociologique du travailleur autonome
Selon M. Saint-Pierre, le travailleur autonome qui remporte du succès possède un certain profil psychosociologique. Au niveau des antécédents, il y a, au sein de sa famille, des travailleurs autonomes, des entrepreneurs qui lui ont transmis des valeurs culturelles. On observe également que le travailleur autonome a été dynamique alors qu'il était à l'école en participant, par exemple, à des activités parascolaires. En outre, ce qui le motive, le sens de son action, c'est l'autonomie, la volonté claire de ne pas avoir de patron. Au niveau de ses aptitudes, il possède une très grande confiance en soi et beaucoup de persévérance. Il dispose également d'une forte tolérance au stress et est centré sur l'action.
Me Jacques Fournier. |
En plus de détenir ces caractéristiques personnelles, M. Saint-Pierre estime qu'un certain nombre d'éléments aident le travailleur autonome à connaître le succès. Il doit dresser un plan d'affaires, se bâtir un réseau, assurer son financement, ériger une tarification, gérer son temps et ses priorités, gérer sa personne et se choisir un parrain qui ne soit pas nécessairement dans son domaine mais qui le renseigne sur les aspects business et psychologiques de l'entrepreneuriat.
Le plan d'affaires
Le plan d'affaires est un outil essentiel afin d'éviter les échecs dans le démarrage d'un cabinet d'avocats. Il joue un rôle important tant à l'égard des tiers qu'à l'égard de l'avocat-entrepreneur. D'une part, il permet à ce dernier de réfléchir sur ses propres habilités et motivations, de comprendre et de prendre conscience de l'environnement de sa future entreprise, de vérifier la faisabilité de son projet, de le planifier et de gérer sa future entreprise. D'autre part, face aux tiers, le plan d'affaires, en plus d'être un excellent élément de négociations avec des partenaires, des investisseurs ou des associés, sert à démontrer que l'avocat-entrepreneur comprend et maîtrise son projet et il convainc les tiers qu'une opportunité a été ciblée, que l'avocat a le potentiel pour réaliser le projet et qu'il a planifié et réuni toutes les ressources nécessaires pour l'exploiter.
«Le plan d'affaires est un document évolutif qui présente brièvement ainsi que de façon logique et structurée tous les paramètres stratégiques et opérationnels qui entourent les trois éléments essentiels au projet d'affaires; soit l'entrepreneur, l'idée d'affaires, les ressources matérielles, humaines, financières et informationnelles», résume Me Annie Bourgouin, titulaire d'une maîtrise en gestion des organisations. Selon elle, un bon plan d'affaires répond à cinq grandes questions: Quelle est la nature du projet? Qui réalisera ce projet? À quelle clientèle est-il destiné? Comment y arrivera l'entrepreneur? À quel coût?
Un des éléments cruciaux du plan d'affaires est son sommaire, insiste Me Bourgouin. En plus d'être accrocheur, efficace, soigneusement rédigé, le sommaire doit faire la synthèse du projet, susciter l'intérêt et être clair. La conférencière conclut en livrant à l'auditoire les principaux conseils reliés à la rédaction d'un plan d'affaires: « Rédigez vous-même votre plan d'affaires; soyez concis, précis, cohérent et réaliste; appuyez et fondez vos affirmations et prétentions; ne dissimulez pas les risques du projet; donnez-lui une allure professionnelle; soyez logique et sollicitez l'avis d'autres personnes; et maintenez-le à jour.
Dans le cadre du Colloque sur le démarrage d'un cabinet d'avocats, Me William Dufort, directeur de l'Inspection professionnelle du Barreau du Québec, a présenté les considérations pratiques entourant le démarrage d'un cabinet d'avocats.
En premier lieu, Me Dufort recommande d'éviter l'isolement, de se garder de fonder un bureau avec d'autres débutants mais plutôt de s'établir en sous-louant un local dans un bureau déjà organisé. De plus, il conseille à l'avocat de choisir ses associés en fonction de leur réputation, leur intégrité, leur champ de pratique, complémentaire et non concurrent, et leur compatibilité personnelle. Il insiste sur l'importance de bien préparer son démarrage en ayant un plan d'affaires complet.
De l'avis du conférencier, il importe que l'avocat développe des qualités. D'abord il doit être un bon avocat et le paraître, en possédant bien son droit, en actualisant ses connaissances, en connaissant ses dossiers et la position adverse et en étant capable de contrer les arguments de celle-ci. Il doit également être à l'écoute de ses clients en étant attentif à ce qu'ils lui relatent et en leur expliquant ce qu'ils doivent comprendre. Il doit aussi commander le respect. À cet égard, il importe qu'il maintienne son bureau propre, soigne son apparence et son langage, ait une attitude digne et plaisante, ne se laisse jamais intimider et protège sa réputation.
Par ailleurs, l'avocat doit être agressif dans la recherche de clients en se démarquant par sa compétence, en développant un réseau de contacts notamment parmi sa famille, ses amis, les avocats et les autres professionnels. Il doit se rendre visible et se garder de déblatérer sur les autres avocats.
Finalement, l'avocat doit être honnête avec lui-même et avec les autres. Aussi, il doit savoir reconnaître ses limites et le mérite du dossier du client, livrer la marchandise promise, respecter la parole donnée et présenter des honoraires en fonction de la valeur de ses services et non pas selon ses besoins financiers ou la fortune du client.
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