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Les étudiants reçoivent Serge Ménard

Le contingentement...

Lucie Desjardins, avocate


Le ministre de la Justice Serge Ménard a répondu à l'invitation lancée par les étudiants de l'École du Barreau de Montréal, le 31 octobre dernier. Regroupés à la Maison du Barreau, une quarantaine de futurs avocats l'ont accueilli avec des questions teintées d'inquiétude.

Serge Ménard.
Serge Ménard.

Devant un auditoire bien éveillé, le ministre Ménard s'est permis de parler de l'époque où il était étudiant en droit et où la connaissance de mémoire du Code civil était l'exigence. Mettant sa mémoire à l'épreuve, il a récité quelques phrases d'un article du Code civil traitant de la mitoyenneté. Après cet exorde, il a exprimé haut et fort qu'il est essentiel que l'étudiant possède une formation juridique lui permettant d'acquérir les connaissances de base nécessaires à la pratique du droit. Il a souligné que la pratique du droit demande «un minimum de bagage et la connaissance des réponses qui s'appliquent à des problèmes précis pour rendre des services professionnels avec un maximum d'efficacité». Il a de plus souligné que «le Barreau est là pour apprendre aux étudiants à faire quelque chose de précis et non pour mesurer la capacité de raisonnement qui relève plutôt des universités. Le Barreau a son importance puisqu'il assure que les praticiens ont toutes les connaissances nécessaires pour prendre les bonnes décisions à l'intérieur de leur mandat.»

Le ministre Ménard s'est remémoré l'époque où il occupait des fonctions de bâtonnier; «l'époque où les étudiants faisaient du tourisme juridique, les étudiants apprenaient l'art de recevoir un client, entre autres». Maintenant, les gens qui sont membres en règle d'une corporation professionnelle doivent être préparés à rendre des services professionnels et posséder les connaissances requises afin d'assurer un maximum d'efficacité, conclut-il.

Devant cet auditoire d'étudiants soucieux de leur avenir professionnel, le ministre Ménard les a mis en garde quant au décalage entre la connaissance académique du droit et la pratique. En bon mentor, il a souligné que le droit est en continuel bouleversement et qu'il faille garder l'esprit ouvert, entre autres, sur les divers systèmes de droit qui existent.

Le contingentement...

Les étudiants ont, par ailleurs, interrogé le Ministre quant à la capacité du milieu juridique d'accueillir encore de nouveaux venus. Dans cette lancée, le contingentement était sur toutes les lèvres d'étudiants inquiets de leur avenir au sein de cette profession. D'un ton narquois, le ministre Ménard estime que c'est le marché qui détermine ceux qui vont réussir à se tailler une place et se dit convaincu qu'il y a trop d'avocats sur le marché. Toutefois, il estime que le contingentement ne soit pas une solution applicable à ce «vieux problème», bien qu'il n'y a pas lieu de créer de nouvelle faculté de droit. Mais, conclut-il, son opinion, à ce moment-ci, n'est pas arrêtée.

Heureux de retrouver le plaisir du droit en occupant cette nouvelle fonction au ministère de la Justice, il précise «qu'on ne réussit jamais en politique de la même façon que ceux qui nous ont précédés. Il faut tirer des leçons de ceux qui nous ont précédés et, de façon générale, ceux qui réussissent de manière exceptionnelle en politique, le font d'une façon qui leur est propre». Cela dit, le ministre Ménard voit son mandat avec, en priorité, la réforme de la procédure civile et l'accessibilité à la justice qui, croit-il, est un problème inquiétant. En effet, il constate que le système judiciaire est trop coûteux et peu accessible pour beaucoup de gens et qu'il faille envisager des solutions. D'ailleurs, fait-il remarquer, une des manifestations de cette désertion du système judiciaire par le justiciable, est le fait que de plus en plus de gens se représentent eux-mêmes quand, parallèlement, il y a beaucoup de jeunes avocats sans travail qui pourraient rendre des services professionnels et ce, à des frais moins élevés qu'un avocat principal.

Comme autre point, le ministre Ménard a manifesté le souhait d'intervenir quant à la problématique de l'incarcération. Il indique qu'au Canada et au Québec, le taux d'incarcération est trop élevé et à preuve, le Canada est au deuxième rang à la liste des pays du monde occidental en terme d'incarcération; le premier rang est occupé par les États-Unis. Bien qu'il précise que l'opinion publique est convaincu du contraire, voire même que les juges ne sont pas assez sévères quant aux sentences prononcées, il croit qu'il est pertinent de remettre les pendules à l'heure.

Et les bandes dites criminalisées, questionna un étudiant! Le Ministre signale que cela relève du ministre de la Sécurité publique et le ministre de la Justice, pour sa part, intervient lorsque des accusations sont portées et s'assure que les droits sont respectés lors des enquêtes.

Le ministre Ménard en a profité pour souligner le bon travail et la réussite de l'opération Carcajou. Il croit que la lutte aux crimes organisés est efficace et ce, en accumulant systématiquement le maximum d'information concernant le crime organisé, en appliquant la tolérance zéro et en s'attaquant aux produits de la criminalité. De plus, il est essentiel, estime-t-il, de briser les barrières entre les différents corps de police quant à l'information recueillie pour qu'elle soit mise en collaboration.

Dans cet élan, le ministre Ménard a réaffirmé l'importance de respecter les droits et libertés et se dit malheureux de faire face à la croyance selon laquelle les Chartes entravent la possibilité d'agir contre le crime organisé. «Rationnellement, c'est vrai, mais l'expérience démontre exactement le contraire. À preuve, c'est dans les pays où il y a des dictatures qu'il y a le plus haut taux de crime organisé, qui, d'ailleurs, s'infiltre partout au sein du gouvernement et à l'intérieur des corps de police.»

Comme le temps pressait pour les étudiants de retourner en classe, le Ministre les a laissés sur cette note: «Vous ne ferez jamais un bon avocat tant que vous n'aurez pas perdu une bonne cause et gagné une mauvaise.»

 

 
 

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