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Monsieur le Bâtonnier André Gauthier,
Avec un certain retard, dont je conviens, j'ai pris connaissance à La Haye du sommaire publié récemment dans le Journal du Barreau du Rapport de votre comité sur l'avenir de la profession d'avocat.
Même sur la foi de ce seul sommaire, que j'ai lu du premier mot au dernier, il
s'agit là d'un document-choc remarquable. À ma connaissance, c'est la première fois de son histoire centenaire et demi que le Barreau se livre à une analyse aussi approfondie, un peu dévastatrice peut-être, mais surtout réaliste, lucide et empreinte d'une vision concrète de l'avenir.
Pour les avocats de ma génération, on regrettera le passage de la «profession» à «l'industrie». Mais puisque votre rapport a été approuvé à l'unanimité en juin dernier par le Conseil général du Barreau du Québec, on devra accepter qu'il s'agit là d'une transformation nécessaire. D'ailleurs la prolifération des cabinets juridiques internationaux qui ont pignon sur rue au Québec paraît en témoigner.
Le programme que vous avez tracé est ambitieux et exigera un effort et une coopération extraordinaires de tous les acteurs concernés: Barreau général, Barreaux des sections, École du Barreau, Facultés de droit, avocats, étudiants, sans oublier le ministère de la Justice. Serait-il réaliste d'espérer que se concrétisent enfin deux initiatives dont je m'étais fait l'apôtre il y a plus d'un quart de siècle: la fusion des professions d'avocat et de notaire et la légalisation des sociétés multidisciplinaires?
Mais me voilà lancé sur une pente dangereuse. Je m'arrête en vous félicitant de nouveau, avec les membres de votre comité, et en souhaitant au Barreau le courage de trouver le chemin de l'avenir grâce aux balises que vous lui avez indiquées. *
Jules Deschênes, juge au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie
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