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On m'avait bien avisé qu'un transfert en Colombie-Britannique sera un «chiaule». Je puis maintenant vous le confirmer: c'est un chiaule. C'est aussi un chariot de merde!
Voilà: j'ai dix ans de pratique à titre de membre du Barreau et fier titulaire d'un diplôme en droit de l'Université de Montréal. J'ai déjà plaidé devant la Cour suprême du Canada, j'ai bénéficié d'un séjour avec le ministre fédéral de la Justice ainsi qu'une nomination à titre d'avocat conseil-général au sein d'une corporation de la couronne à Ottawa. Dix ans bien remplis dont je ne peux qu'être fier.
Mais dès que j'applique au Barreau de la Colombie-Britannique pour certification, on me traite comme un étranger. Alors que les avocats des autres provinces n'ont que deux examens de transfert à compléter, on me réserve, à moi, un apéritif de cinq examens universitaires en droit commun, avant de pouvoir accéder aux examens de transfert, à 425 $ chacun. C'est une charge d'étude énorme. Les examens pré-supposent une révision complète des vieilles théories de droit commun et même de l'«equity». Après cela, il me reste encore les examens de transfert à réussir. Donc, un collègue de l'Alberta qui déménage en C.-B. en même temps que moi est membre du Law Society depuis déjà un an et pour 2,500 $ moins cher. C'est pas frustrant ça?
Pire. Le Barreau du Québec n'exige que deux examens de transfert aux avocats canadiens désireux d'adhérer au Barreau. La réciprocité? C'est quoi ça?
Pire encore. Le système de qualification est géré par un groupe de doyens en droit commun. Ce sont les pires protagonistes des vieilles fantaisies de l'ère de la confédération voulant que le droit civil et le droit commun soient aussi différents que noir et blanc. C'est ce gang-là qui décide du chargé de cours des candidats québécois.
Préparez-vous, mes chers amis et amies. L'Ontario vient de souscrire au même système. Essayez donc de vous joindre au Law Society of Upper Canada et vous comprendrez bien ma frustration.
À la personne responsable du dossier de la certification dans les autres provinces pour notre Barreau, et pour utiliser un terme de l'aluminerie de Baie-Comeau: «dormez-vous sur la switch?»
Le temps est venu de sortir nos dents. Soit que nous nommons une personne capable de nous représenter adéquatement dans les colloques nationaux, soit que nous fermons nos frontières. Mais il faut agir et avec célérité. Sinon, le jour où vous voudrez pratiquer dans une autre province vous devrez retourner à l'université avec les avocats étrangers. Décidément les provinces de droit commun s'embrassent entre elles au seuil de leur Law Society.
Lloyd Duhaime, avocat, Victoria, C.-B.
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