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André Giroux
Le guide d'encadrement du stage, utilisé pour la première fois en juin dernier, vient de faire l'objet d'une évaluation de la part de l'École du Barreau. Il avait été bien reçu par la Société québécoise de développement de la main-d'oeuvre (SQDM) au printemps dernier.
«Le guide pourra être utile aux cabinets d'avocats souhaitant évaluer leurs membres, soulignait Me Michel Bérubé, conseiller juridique à la SQDM et responsable de l'application de la Loi favorisant le développement de la formation de la main-d'oeuvre. L'École du Barreau a fait un bel effort de confection d'un prototype de fonctionnement qui pourra nous être utile puisqu'il clarifie la notion de l'entraînement à la tâche.»
Afin d'évaluer ce guide, l'École a rencontré, l'automne dernier, des maîtres de stage, des stagiaires, les membres des comités qui interviennent dans la gestion de l'École et un groupe de personnes provenant de divers horizons, dont Me Claude Bisson, ancien juge de la Cour d'appel du Québec.
Me France Mainville, responsable des stages à l'École du Barreau |
«Nous avons rencontré des réserves chez les praticiens, admet Me France Mainville, responsable des stages à l'École du Barreau. C'est que le guide est volumineux et très détaillé. Nous ferons un travail de synthèse pour la prochaine édition. L'une des difficultés est que certains le jugent superflu, d'autres le considèrent très pertinent.»
À l'usage, la pertinence du guide s'est imposée. «Plusieurs maîtres de stage soulignent que la documentation leur fait prendre conscience de leur rôle et de leurs responsabilités, affirme Me Mainville. Pour ceux qui sont plus expérimentés, la documentation est venue confirmer leur façon de faire; pour les maîtres de stage qui en sont à leur première expérience, la documentation les a orientés face aux attentes de l'École et à celles des stagiaires. Le guide joue alors pleinement son rôle.»
Selon Me Francisco Couto, maître de stage à la section civile du ministère fédéral de la Justice, «la grille d'évaluation permet une prise de conscience claire des éléments de succès d'un stage.»
«Plusieurs maîtres de stage nous ont confirmé que le guide constituait un bon rappel des étapes à franchir dans l'évaluation du travail des stagiaires», signale Michèle Duquette, coordonnatrice du projet de développement du stage. Elle a fait la tournée des cabinets de l'Ouest du Québec, alors qu'Évelyne Brochu, consultante en mesure et évaluation, visait l'Est de la province. «Le guide a permis d'enrichir les discussions, continue Michèle Duquette. Souvent, un avocat expérimenté posera certains gestes par automatisme tellement ils sont devenus intégrés dans sa pratique. Les étapes d'évaluation prévues au guide permettent d'en prendre conscience et d'aider à l'encadrement du stagiaire.»
Qualité des stages
Le magazine annuel spécialisé sur le marché du travail chez les juristes, Le guide des carrières en droit, publiait en 1994 un reportage signé par la journaliste Nathalie Collard sur la valeur des stages. Elle constatait l'inégalité de la qualité de l'encadrement selon les cabinets d'avocats. Référant à un sondage qu'effectuait alors l'École du Barreau sur les besoins des stagiaires, la journaliste concluait que «les résultats (du sondage) confirment ce que nos entrevues révèlent, à savoir que le feed-back est important, que le stage devrait permettre aux stagiaires d'accomplir les tâches qui constituent le travail quotidien d'un avocat (recherche, entrevue, rédaction, négociation et représentation devant les tribunaux) et que le maître de stage doit avoir certaines qualités, telle l'habileté à communiquer.»
Me Michel Lecompte estime accorder une grande importance à l'encadrement. «Je ne suis pas de ceux qui enferment les stagiaires en bibliothèque ou qui les font plaider en division de pratique sans savoir ce qu'ils font, affirme-t-il. Je rencontre le stagiaire presque quotidiennement et je le fais intervenir dans mes contacts avec le client pour qu'il puisse savoir comment monter un dossier. Pour un dossier déjà en cours, lorsque j'ai déjà rencontré le client, je demanderai au stagiaire d'assumer certaines rencontres.»
Me Lecompte ne souhaite pas offrir aux stagiaires le type d'encadrement qu'il a reçu il y a une vingtaine d'années et que de plus jeunes confrères recevaient encore ces dernières années, selon le reportage de Nathalie Collard: l'apprentissage sur le tas.
«J'ai reçu ma formation pratique de la part des juges, déplore Me Lecompte, mais j'ai été chanceux d'effectuer mon stage à l'extérieur de Montréal. En dehors des grands centres, ils ont plus de temps pour offrir une formation. Certains des juges devant qui j'ai plaidé se sont transformés en professeurs et m'ont imposé une remise en m'indiquant les corrections à apporter à mes requêtes. Ce travail d'encadrement devrait relever des maîtres de stage. Le stage constitue la porte d'entrée dans la profession. L'avocat se souviendra durant toute sa vie du stage qu'il a reçu et formera partiellement son image de la profession à partir de cette expérience. Celui-ci doit donc être structurant et offrir une vision globale de la pratique juridique.»
Il est heureux de constater que l'École du Barreau s'en préoccupe davantage. « J'ai encadré sept ou huit personnes, ces vingt dernières années, et c'est la première fois que l'École du Barreau s'est mêlée de savoir comment j'en-
cadre un stagiaire. Il s'agit d'un bel effort et d'un bon support. »
Amélioration du guide
À la suite de la première expérience d'utilisation du guide, l'École du Barreau compte l'améliorer pour la prochaine période de stage, qui commencera le 2 juin prochain. Elle souhaite notamment présenter des illustrations du modèle d'encadrement en fonction des différents types de stage. On vise à mieux faire saisir les possibilités d'adaptation à différents milieux. L'École distinguera les notions de supervision et d'entraînement à la tâche, tout en tenant compte qu'elles constituent par nature deux notions très imbriquées.
Me Mainville précise l'utilisation qui doit être faite des guides: «les objectifs sont impératifs, la façon de les atteindre est facultative», affirme-t-elle, tout en ajoutant que les démarches suggérées constituent un minimum pour obtenir une bonne qualité d'encadrement. Les guides ne constituent donc pas un mode d'emploi à suivre à la lettre mais, comme son nom l'indique, un guide dont on doit largement s'inspirer.
Afin de contrer «les réticences des maîtres de stage qui se sentent totalement liés au contenu du guide et craignent de possibles représailles de la part d'un stagiaire mécontent, voire à une poursuite en responsabilité, précise Me Mainville, l'entente de stage ne sera dorénavant plus signée entre le maître de stage et le stagiaire, mais entre chacun d'eux et l'École du Barreau.»
Le guide continuera à imposer l'évaluation d'un minimum de trois objectifs spécifiques de compétences. Il précisera qu'au-delà de ces exigences, il est avantageux de toucher à un plus grand nombre d'objectifs lorsque les possibilités s'y prêtent. Le respect des règles éthiques et les compétences génériques, dont la capacité d'adaptation, de jugement et le sens des responsabilités, continuent à faire partie de l'évaluation du stage.
Quant aux grilles d'évaluation, elles seront remaniées. Elles demeurent toutefois sous une double forme: l'une formative, l'autre sommative. La première a pour fonction de provoquer un échange constructif à un moment précis du stage, tandis que la seconde vise à confirmer l'atteinte des compétences choisies pour fins d'évaluation du stage.
«Au terme de cette première expérience de supervision des stagiaires avec le nouveau matériel, conclut le rapport d'évaluation sur les guides de stage, nous constatons qu'une fois l'effet de surprise passé, les maîtres de stage se sont pliés le plus honnêtement possible à ces nouvelles formalités et ont réagi positivement.»
L'objectif semble donc atteint.
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