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Pierre Chesnay, avocat
Nos institutions d'enseignement supérieur sont à court de fonds et les doyens de faculté se sont résolus à faire appel aux méthodes de financement développées par les américains et liées au concept de l'Alma Mater. Les gradués de faculté sont, avec raison, les premiers sollicités pour permettre à d'autres étudiants de bénéficier des mêmes opportunités en éducation que celles qui leurs ont été offertes. Voilà un objectif simple et clair auquel je souscris volontiers.
La campagne de financement de la faculté de droit de mon université avait pourtant bien commencé. Une publicité discrète précédait le lancement de la campagne et une carte postale personnalisée annonçait que je serais sollicité en soirée, un jour prédéterminé. Le soir prévu, je recevais donc un appel. Un étudiant enthousiaste s'assure de mon appartenance aux diplômés et me demande si j'ai gardé contact avec ma faculté: à regret, très peu. Qu'à cela ne tienne, vais-je participer à cet effort qui vise à supporter des projets importants. On m'annonce dès lors le premier objectif de la campagne: une participation aux travaux de Me Bartha Knoppers. Par un heureux hasard, je venais de terminer un article louangeant les travaux sur l'admissibilité devant les tribunaux des tests de l'ADN menés par cette chercheuse de qualité. Bien que conscient de l'importance du sujet, je me suis permis de questionner le choix de cet objectif: comment des travaux de cette nature pourraient-ils aider au rayonnement de ma faculté de droit ou encore améliorer la qualité des finissants. J'ignore encore le lien qui existe entre les travaux de Me Knoppers et ma faculté de droit. Le travail de Me Knoppers mérite certes d'être encouragé par le ministre de la Justice ou le Procureur général, qui me semblent les principaux intéressés (et à qui je penserai chaleureusement le 30 avril) mais pour quel motif serais-je intéressé à participer au financement de ces recherches par le biais d'une campagne au profit de ma faculté?
Aucunement découragé, mon interlocuteur m'annonce le second objectif de la campagne, soit la création d'un site WEB pour la faculté de droit, avec lien hypertexte permettant d'accéder au texte intégral des jugements de tous les tribunaux. Je souligne à mon interlocuteur que la réalité du monopole de SOQUIJ et la difficulté, pour ne pas dire l'impossibilité, d'obtenir le texte des jugements en version intégrale rendront le projet difficilement réalisable et qu'il me semble délicat de mener une campagne pour cette fin.
Mon interlocuteur m'avoue qu'il est étudiant, mais pas en droit, qu'il est rémunéré pour faire du télémarketing, qu'il ne peut répondre à mes questions mais que sa surveillante se fera un plaisir de m'éclairer sur les autres objectifs de la campagne de financement et sur le mérite d'un site Web. Il avise sa surveillante de prendre mon appel et me donne un numéro que je m'empresse de signaler, signaler, signaler.
Je n'ai jamais réussi à parler à cette surveillante mais j'ai bien reçu les deux rappels de mon engagement à souscrire. Dans un premier temps, j'ai convenu de participer, pour une somme nominale, à cette campagne à laquelle je ne crois guère. Je me suis par la suite convaincu que, puisque ni les professeurs ni les étudiants de ma faculté de droit n'ont jugé opportun de contribuer à l'effort de sollicitation ni même à celui de définir leurs besoins, cette campagne de financement n'a pas sa raison d'être. Les rappels qui sont dans ma valise y resteront.
Les facultés de droit d'université que je n'ai pas fréquentées mènent elles aussi des campagnes de financement. Je crois comprendre qu'elles ont du succès et qu'elles ont réussi à créer un sentiment d'appartenance réel.
Je souligne ma déception pour provoquer la réaction des étudiants de ma faculté et celle de leurs dirigeants. Il appartient dès aujourd'hui aux étudiants d'épouser les causes qui leur tiennent à coeur et de faire le travail préparatoire qui s'impose, seul gage de succès. Alors que l'on discute contingentement et surcroît de finissants en droit il ne faudrait pas s'étonner que certaines instances décisionnelles questionnent la nécessité de la fermeture d'une faculté. La faculté qui n'aura pas créé de sentiment d'appartenance, aucun lien entre les finissants et leur Alma Mater sera à risque.
Pierre Chesnay est conseiller du Barreau de Montréal.
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