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Québec - Puerto Rico

Le droit à l'autodétermination

Lucie Desjardins, avocate


Qu'est-ce que le Québec et Puerto Rico ont de semblable, et ce, suffisamment pour que s'y tienne à Montréal, les 21-22 mars derniers, un colloque intitulé «Le droit à l'autodétermination: Québec-Puerto Rico, histoire, analyse et perspectives». Cet événement était organisé par l'Association américaine de juristes (AAJ), le Congreso nacional hostosiano de Puerto Rico, en collaboration avec la maison de la culture de l'Université du Québec à Montréal et le comité UQAM-Amérique centrale. En fait, outre le débat sur la langue qui est le foyer de moult revendications, plusieurs points en commun ont permis une rencontre entre Puerto Rico et Québec. Le droit à l'autodétermination, celui des Portoricains de décider seuls de leur avenir, tout comme pour le Québec de choisir d'exercer son droit à l'autodétermination, a été au coeur de ce colloque.

C'est par les voix des conférenciers Me Henri Brun, Josée Legault, Françoise David, Gregory Baum, Claude G. Charron, David Jacobs, Juan Mari Bras, Ana Lidia Vega, Noel Colon Martinez et Harry Rodriguez Perez qu'un auditoire d'une soixantaine de personnes ont pu partager des idées, des valeurs démocratiques quant à la légitimité du processus référendaire québécois, du droit des Québécois de se prononcer sur leur avenir collectif et de pousser la réflexion à l'extérieur du cadre canado-québécois pour comprendre, comparer et saisir la réalité des Portoricains.

À Puerto Rico, la question de la langue se trouve au coeur des revendications. En outre, selon l'AAJ, le Congrès américain oppose des empêchements constitutionnels à ce que les Portoricains décident de leur avenir. La situation politique à Puerto Rico est complexe. Du point de vue de certains Portoricains, l'île n'est ni un État, ni associée, ni libre, mais plutôt dirigée à partir de Washington. Officiellement, c'est un «État libre associé aux États-Unis».

À Washington, un mouvement a pris de l'ampleur pour définir un processus d'autodétermination pour Puerto Rico. En effet, un projet de loi a été présenté à la fin mars et soumis à l'approbation du Congrès, lequel préconise un référendum avant la fin de 1998 où les Portoricains pourraient choisir leur destin; soit l'indépendance, soit devenir le 51e État américain, soit demeurer un territoire associé. L'actuel gouverneur de l'île prêche le rattachement à l'union, position que semble rallier une large partie des 3,8 millions d'habitants de l'île. Les indépendantistes estiment que l'intégration aux États-Unis n'est pas une bonne solution au problème «colonial» de Puerto Rico. Le président du Parti pour l'indépendance, Ruben Barrios-Martinez estime que «l'indépendance doit être l'instrument nécessaire pour briser le cercle de l'impuissance et de la dépendance, devenu endémique dans notre relation coloniale et qui ne ferait que s'exacerber avec l'intégration aux États-Unis». Il ajoute que «Puerto Rico est une nation latino-américaine et caraïbe, de langue espagnole».

Un peu d'histoire

Il y a eu la colonisation espagnole de Puerto Rico au XVIe siècle. En 1868 c'est l'insurrection armée et la proclamation de l'indépendance de Puerto Rico à Lares; l'armée coloniale espagnole répond par la répression. En 1898, les Américains, victorieux de la guerre hispano-américaine, prennent possession de Cuba, des Philippines et de Puerto Rico et instaurent un gouvernement militaire. En 1900, le Congrès américain adopte la Loi Foraker et impose un régime administratif et judiciaire américain. Puerto Rico est un «territoire non-incorporé aux États-Unis». C'est en 1917 que les Portoricains auront la citoyenneté américaine. Vers les années 1948-50, une nouvelle insurrection indépendantiste fait rage et la Garde nationale américaine réprime ce mouvement. En 1952, Puerto Rico devient un «État libre associé aux États-Unis». En 1991 l'espagnol est proclamé langue officielle par le gouvernement interne. L'année suivante la loi linguistique est abrogée et c'est le retour au bilinguisme institutionnali-
sé. En 1993, il y a un référendum local sur l'avenir constitutionnel de Puerto Rico et trois options sont envisagées: l'annexion, le statu quo et l'indépendance. Le statu quo l'emporte sans obtenir une majorité absolue (48 %).

 

 
 

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