ATTENTION : Les archives du Journal du Barreau vous sont présentées telles qu'elles ont été déposées sur le Web au moment de leur publication. Il est donc possible que certains liens soient non fonctionnels et que certains renseignements soient périmés.
Pour toute question ou commentaire concernant le Journal, communiquez avec journaldubarreau@barreau.qc.ca
Visitez la page officielle du Journal du Barreau sur le site Web du Barreau du Québec.
Lucie Desjardins, avocate
Environ 40 % des mariages canadiens se terminent par une séparation conjugale. Séparations et divorces amènent un nombre effarant de litiges concernant, entre autres, la garde des enfants. La médiation peut s'avérer un moyen efficace pour aider les parties à déterminer leurs besoins respectifs et s'entendre sur les modalités en vue d'une résolution de conflits, qui répondra à l'objectif du meilleur intérêt de l'enfant. En outre, bien des facteurs contribuent à une bonne négociation ou à une bonne entente. L'étape où l'individu se situe, sa capacité propre à la résolution de conflit et son histoire personnelle sont autant de considérations à ne pas négliger lors des rencontres de médiation.
Dans le cadre des cours de formation en médiation, offerts par le Barreau, plusieurs de ces cours concernent l'aspect psychologique de l'individu. En ce sens, Diane Germain, psycho-éducatrice au Centre de consultation pour les familles en transition, présente un atelier portant sur les conditions de vie après la rupture.
Comprendre
Dans un processus de médiation où la résolution de conflit demeure un idéal pour le médiateur, il est intéressant de comprendre, sinon d'entrevoir, les diverses étapes que comporte le cheminement de l'être humain lors d'une rupture et la réorganisation de la vie des membres de la famille.
Diane Germain parle de résolution de conflit et de gestion de conflit. L'un et l'autre sont deux modes d'entente possible, à la suite d'une rupture, avec des différences et des implications propres. Bien que la résolution de conflit soit l'idéal à atteindre, chaque partie tenant compte des différences de l'autre et de ses priorités, sans toutefois nier les frustrations, il est parfois très difficile d'y arriver. L'autre mode d'entente, la gestion de conflit, est plutôt un réalignement des positions de manière moins draconienne et destructrice, et implique le maintien d'une parentalité relativement parallèle, où les modes de vie peuvent être aux deux extrêmes du continium. Selon Diane Germain, cette clientèle, qui se range sous le mode de gestion de conflit, en est une fragile au passage du temps, pour qui l'entente est précaire.
Ainsi, le médiateur, pour remplir adéquatement son rôle, devra comprendre et saisir les éléments qui font que certains individus pourront résoudre les conflits, d'autres les gérer et d'autres demeureront en situation de conflit perpétuel. La conférencière croit à l'importance de la lecture globale de la rupture, s'avérant propice à l'élaboration du meilleur projet d'entente possible. Elle croit qu'il est impératif de percevoir le stade où les gens se situent. Par exemple, deux adultes se situant au stade de la gestion du conflit, sont susceptibles de retourner devant un médiateur pour renégocier une ou d'autres ententes, lors du cheminement vers la résolution de conflit.
Pour bien saisir le cheminement des individus, Diane Germain indique qu'il est important d'identifier, avec les parties, le ou les déclencheurs de rupture à l'intérieur du cycle de vie familiale. Elle indique que toutes transitions dans la vie d'un couple et des individus qui le composent peuvent créer un déséquilibre et des conflits internes, lesquels amènent des changements de comportement chez l'individu.
Ces différents tournants dans le cycle de la vie requièrent un ajustement et une réorganisation de sa vie interne et externe. Alors un réaménagement de ses attentes, de ses émotions, de sa vision de soi et du monde, est exigé.
Par exemple, les transitions normatives telles que le développement individuel ou familial, la venue d'un enfant, la vingtaine, la quarantaine, la présence d'un adolescent dans la famille, d'un jeune adulte, etc. peuvent provoquer des crises chez l'individu et à l'intérieur du couple. Concurremment, les transitions non-normatives peuvent aussi créer un état de déséquilibre et s'ajouter à l'état de perte d'un équilibre et d'incertitude. La perte d'un emploi peut faire ressurgir des enjeux de la famille ou des conflits latents. Le retour au travail après une longue période d'absence, les pressions de performance propre au monde du travail, les accidents, la maladie et handicap, les relations extra-conjugales, les déménagements-immigration, sont autant d'événements déstabilisants pour l'individu et le couple. Ces événements, qui sont des transitions, comme le précise la conférencière, peuvent être souvent des déclencheurs de rupture. À son avis, la rupture soulève de nombreux enjeux et trop souvent les enfants en sont, en quelque sorte, les otages.
Quant aux effets de la séparation sur l'adaptation de l'enfant, le médiateur doit garder à l'esprit que la présence d'une situation conflictuelle, avant et après le divorce, est le principal élément responsable des conséquences nocives pour l'enfant à la suite de la séparation de ses parents. Selon Rodrigue Otis1, psychologue, professeur titulaire à l'Université de Sherbrooke: «Une famille stable dont les parents sont séparés est préférable pour un enfant à une famille dont les deux parents sont présents mais en conflit». (...) «Dans les familles où il n'y a pas de conflit, après le trauma initial de la séparation, les enfants sont aussi bien adaptés émotivement que dans les familles avec deux parents.»
Plusieurs médiateurs sont à même de constater qu'à la suite d'une rupture, différentes étapes sont traversées par les individus, et ce, plus ou moins difficilement. En ce sens, Me Johanne Roby, avocate et médiatrice accréditée, réaffirme le principe de l'importance de discerner les étapes auxquelles l'individu fait face pendant le processus de médiation. Me Roby croit que le médiateur doit amener les parties à un projet d'entente qui reflète leurs besoins, à l'intérieur des règles d'équité. Elle indique que, pour ce faire, il faut comprendre et cerner l'évolution de l'individu pour ensuite l'aider à créer une nouvelle communication et ce, à travers un nouveau rôle. Le couple doit être amené à faire le deuil de leur vie à deux, malgré qu'il conserve le rôle de parent.
L'individu qui évolue à travers une période de deuil, traverse diverses étapes, lesquelles sont perceptibles à l'oeil attentif. La conférencière présente ces étapes qui débutent par celle où l'individu doit intégrer le changement, en effet, il y a perte d'une relation, d'un équilibre, d'une qualité de vie, celle de la confiance, de la sécurité, du contrôle, de l'idéal de ses rêves de famille nucléaire traditionnelle, entre autres. Une autre étape, tout aussi importante, est celle où l'individu sépare le conflit conjugal des responsabilités parentales. Ensuite, vient la capacité pour l'individu de faire face à l'ampleur de l'organisation requise sur les plans matériel, éducatif, affectif, social et financier. S'ajoute à cela, la capacité à chacun de tolérer les résonnances avec son histoire personnelle, en lien avec sa famille d'origine. De plus, chaque adulte fera l'expérience du conflit avec lui-même et les autres, et il apprendra de nouvelles habiletés de communication, prendra en charge son développement personnel et sa fonction d'autorité parentale.
Bien que l'évolution de l'individu, à la suite d'une rupture, puisse en être une de difficile, la coparentalité peut être souhaitable, si toutefois c'est dans l'intérêt de l'enfant et si certains critères d'application sont présents, précise la conférencière. À ce sujet, différents professionnels de la santé2 ont développé des critères pour évaluer le meilleur intérêt de l'enfant. Selon des recherches3, un aspect important pour répondre adéquatement au meilleur intérêt de l'enfant est l'évaluation de la compétence parentale, à savoir la capacité du parent à rencontrer les besoins physiques, les besoins d'apprentissage et les besoins émotifs de l'enfant.
Enfin, comme le précise Diane Germain, la coparentalité, malgré qu'elle puisse prendre diverses formes, se définit par une responsabilité égale des deux parents face au bien-être des enfants de même que leurs implications actives dans la vie quotidienne des enfants. Des critères ont été cernés pour déterminer une coparentalité harmonieuse. Diane Germain croit que ces critères doivent être connus des parents, qui pourrront par la suite s'auto-évaluer. Ces
critères sont: un niveau d'attachement et d'engagement élevé du parent (pour une logique de l'enfant plutôt que pour lui-même), la capacité des parents de communiquer et de négocier ensemble, la capacité des parents de prendre en considération des contraintes géographiques, l'importance, pour les parents, d'être centrés sur les besoins de l'enfant plutôt que sur la possession de celui-ci, la capacité des parents de se structurer dans le temps et dans l'espace, le respect des normes éducatives et de l'intimité de l'autre parent, l'importance d'éviter de placer l'enfant dans un rôle de messager, la capacité des parents d'être flexibles aux modifications et aux ajustements, ainsi que celle de fonctionner avec des rencontres parentales, l'équitabilité dans l'arrangement de la coparentalité et, pour finir, la capacité des parents de consulter les nouveaux conjoints respectifs, s'il y a lieu.
© Barreau du Québec 1996-2012