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Les mules du pape et le scénario Singapour

Jacques R. Roy, j.c.q.


Elle s'appelait Isabelle. C'était Isabelle, son nom comme d'autres Madona ou Dolores. Elle était belle comme la «brunante» en juillet quand le jour s'en va au lit avec le soir en robe diaphane de nuit. Elle était guide non de montagne ni d'église comme autrefois Marc Laurendeau à Notre-Dame mais guide comme l'éclaireur Baden Powell était scout. J'en étais discrètement amoureux non de Baden mais d'Isabelle. J'étais un enfant de choeur qui rougissait de timidité, pendant qu'Isabelle éblouissait d'une beauté fascinante par son profil de louve et ses yeux d'amadou. Un français de France fraîchement débarqué lui tournait autour et souhaitait lui faire tourner sa tête de louve. C'est alors qu'elle s'en est allée, Isabelle, dans la ville éternelle pour embrasser les mules du pape, et y subir une audience papale avec les autres guides de sa meute. Il me semblait que cela était bon et bel pour Isabelle de se rendre à Rome qu'on disait belle au point de transcender le temps et plonger dans l'éternité parce que cette ville aurait été conçue et rêvée la nuit. D'autre part, ce voyage à Rome allait clouer à Montréal le français de France et restreindre ses transports à l'égard d'Isabelle. À son retour de la Rome éternelle, à la suite de son audience avec sa sainteté du Saint-Siège, Isabelle apporta à ma mère, sa tante, un cadre qui emprisonnait une bénédiction papale du Saint-Siège capturée lors de l'audience papale.

Pendant le séjour d'Isabelle en terre vaticane, mon frère Jean décida d'entrer dans la fanfare du collège. Le frère Paladieux, responsable des cuivres, faisait passer des auditions pour choisir qui ses clarinettistes qui ses flûtistes qui ses hautboïstes. Jean aspirait à devenir «tubiste», le tuba l'ensorcelait. Il était seul dans sa catégorie et n'eut pas à subir une audition pour devenir sans coup claironné «tubiste» de la fanfare de l'Académie Saint-Jean-Eudes.

Plusieurs auditions à l'audience

Juges et avocats, hors le vatican et sans être membres d'une fanfare tonitruante et cuivrée, peuvent avoir maille à partir avec les mots audience et audition qu'il nous faut distinguer pour s'y bien entendre. Audition, c'est l'action par le président du tribunal d'entendre un témoin ou un plaideur. L'expression «audition de la cause» est un calque de l'anglais «Hearing of the case». La Commission de terminologie juridique nous rappelle que cette notion se rend par le terme audience employé seul.

L'audience c'est une séance du tribunal au cours de laquelle sont entendues les prétentions des parties, les dépositions des témoins et les plaidoiries. On parlera donc du registre d'audience ou du procès-verbal d'audience. Le rôle d'audience, c'est le registre où sont portées par ordre chronologique les affaires soumises à un tribunal. Un délit d'audience comme son nom l'indique c'est un délit commis au cours de l'audience pour la sanction duquel le tribunal dispose de pouvoirs exceptionnels à effet immédiat. L'huissier d'audience doit s'assurer que les personnes dans l'assistance -- j'allais écrire dans l'audience -- se comportent correctement. En guise de conclusion à ces distinctions entre audition et audience écrivons «Après avoir suspendu l'audience sur le coup de midi, le tribunal procéda jusqu'à la tombée du jour à l'audition des derniers témoins puis leva l'audience en déclarant qu'on procéderait à l'audition des plaidoiries le lendemain à la levée du matin.»

E-Mail ou courriel?

À Pâques, cette année, le pape accorda audiences sur audiences. Mais ce même jour, le Saint-Siège procéda à l'ouverture de son site Internet qui en moins de quinze jours allait être visité par plus de 65 millions de pèlerins ou mieux d'utilisateurs.

En 1456, il y aurait eu en Europe 30 000 livres manuscrits. Cinq ans plus tard, il y aurait eu 5 millions de livres. Il semblerait que quelque chose d'analogue va se produire dans le domaine de la télématique. Le Barreau du Québec possède déjà son site sur Internet, site qui sera officiellement lancé depuis le Mont-Tremblant fin mai. À cette occasion, on procédera également au tirage d'un prix pour embarquement immédiat pour Singapour. Contrairement à Hong Kong où n'existerait aucune limite d'accès quant aux sites érotiques ou pornographiques, à Singapour la législation rendrait responsables les fournisseurs d'accès internet quant aux «contenus indésirables» eu égard à la violence, au sexe ou à l'harmonie religieuse.

Dans ce monde global en voie de construction par la télématique, il faudra pour se parler, pour s'écrire et se répondre une adresse électronique. Dans ce cas comme dans d'autres, c'est un terme anglais «e-mail» qui s'est imposé pour désigner electronic mail.

Peut-être pourrions-nous emprunter au pays de la capitale de l'Europe, pays également de Milou et Tintin et utiliser le joli mot «Courriel» pour désigner le courrier électronique. En effet, le cercle de qualité du français de Bruxelles suggère ce mot construit à partir des mots courrier électronique en empruntant les six premières lettres de courrier et les deux premières de électronique. C'est ainsi que le courrier électronique ou Courriel du Journal du Barreau doit être adressé à <journaldubarreau@barreau.qc.ca>

 

 
 

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