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Ce qu'il faut savoir...

Les états financiers des entreprises

Lise I. Beaudoin, avocate


Le Barreau du Québec, par le biais du Service de la formation permanente, offrait en novembre dernier un cours sur L'analyse et la compréhension des états financiers. Comme il s'agissait d'une journée complète de formation, nous ne revoyons ici que les grandes lignes de la portion théorique, l'aspect pratique consistant en une étude poste par poste d'états financiers fictifs.

M. Bernard Turbide, c. a., confirmait bien sûr la grande utilité des états financiers d'entreprises, mais d'entrée de jeu il soulignait surtout leurs limites intrinsèques en expliquant les pratiques et postulats comptables qui doivent être connus par quiconque les examine. En effet, selon lui «consulter des états financiers sans connaître les principes qui sous-tendent leur préparation, c'est un peu comme pratiquer un jeu sans en connaître les règles». Mise en garde certes appropriée, puisque les avocats ne sont pas forcément versés en matière de comptabilité financière.

L'on sait que les états financiers d'une entreprise peuvent être transmis aussi bien à ses dirigeants qu'à des utilisateurs externes, tels des actionnaires, créanciers, investisseurs, fournisseurs et gouvernements. Comme ces utilisateurs externes ont souvent des préoccupations et des besoins différents, l'information consignée aux états financiers peut être présentée de façon à répondre davantage aux attentes d'une catégorie d'utilisateurs plutôt qu'à celles d'une autre catégorie. Il faut donc en être conscient, car l'ordre de présentation et surtout la quantité et la sélection de l'information jugée «pertinente» pourra varier en fonction de l'utilisateur considéré le plus important, le banquier par exemple, mais tout en reflétant chaque fois une image «fidèle» de l'entreprise.

Postulats et limites

Certains postulats comptables sont à l'origine de l'élaboration des principes comptables généralement reconnus. La connaissance de ces postulats, par ailleurs définis comme «des principes indémontrables qui paraissent légitimes, incontestables», contribue également à faire ressortir les limites des états financiers.

En voici donc quelques-uns: 1) la permanence de l'entreprise présume que l'entreprise va continuer indéfiniment son exploitation, au-delà même de la durée de vie de ses biens; 2) la personnalité de l'entreprise réfère à la notion d'entité économique plutôt que juridique; elle constitue toujours une entité distincte des affaires de ses propriétaires; 3) c'est exclusivement l'unité monétaire qui est utilisée pour mesurer l'entreprise et ses transformations; pas de place pour les facteurs économiques, comme l'arrivée d'un nouveau concurrent; et 4) le coût d'origine est préféré à la valeur marchande pour évaluer les biens de l'entreprise.

Types d'états financiers et utilité

Est-il besoin de rappeler qu'il existe trois types principaux d'états financiers: le bilan, l'état des résultats et
l'état de l'évolution de la situation financière. Le bilan indique l'actif [les biens], le passif [les dettes] et les capitaux propres [avoir des actionnaires ou des associés]; il est constitué à partir du solde de l'année précédente. Qui ne connaît pas la règle suivante: Actif = Passif + Capitaux propres! Ainsi donc, en plus de s'intéresser à l'actif et au passif, l'institution financière prêteuse s'intéresse aussi aux capitaux propres, car ils font ressortir la capacité de l'entreprise d'absorber les pertes possibles d'exploitation.

L'état des résultats, qui repart à zéro chaque année, indique quant à lui les produits et les charges de l'entreprise. Le bilan et l'état des résultats sont les principaux états de l'état financier. Ensemble ils résument toute l'information que renferment les centaines ou milliers de pages des livres comptables. Ce qui permet en principe à la personne qui les consulte d'analyser le rendement de l'entreprise et sa valeur.

«Quand nous calculons le bénéfice net d'une entreprise, nous évaluons en même temps son rendement économique, c'est-à-dire sa réussite ou son échec. Les dirigeants ou les tiers qui ont intérêt dans cette entreprise veulent étudier son plus récent état des résultats afin d'évaluer le rendement qu'elle a tiré des ressources dont elle dispose», de préciser M. Turbide. En pareilles circonstances, le bilan paraît en effet limité, en ce qu'il sert à exposer succinctement la situation financière d'une entreprise à une date figée dans le temps. Un mois plus tard, la situation financière de l'entreprise peut avoir complètement changé.

L'état de l'évolution de la situation financière (EESF), qui n'est pas systématiquement présenté par toutes les entreprises mais qui a tendance à devenir un état financier de plus en plus courant, fournit l'information sur les activités d'exploitation, de financement et d'investissement de l'entreprise. L'EESF aide l'analyste à évaluer la liquidité et la solvabilité de l'entreprise, ainsi que sa capacité de tirer des fonds à l'interne, de rembourser ses dettes et de réinvestir dans l'entreprise.

Des notes complémentaires servent en outre à expliquer les postes présentés dans le corps des états financiers et en font partie intégrante. Un minimum de renseignements y est consigné: la description de l'entreprise, sa constitution fédérale ou provinciale, ses activités, une description de son capital-actions et les conventions comptables adoptées. Il ne faut pas négliger de lire ces notes, car c'est à cet endroit que l'entreprise déclare en général si elle fait l'objet de poursuites judiciaires impliquant des sommes d'argent dont elle pourrait être redevable.

Types de missions et crédibilité

L'expert comptable peut produire trois types de rapports, suivant la mission que lui confie son client. Comme utilisateur externe, il importe de bien faire la distinction entre ces missions, qui confèrent chacune une crédibilité variable à l'information. En effet, la somme et la qualité du travail accompli par le comptable varie considérablement d'une mission à l'autre.

La mission de compilation est annoncée dans un «Avis aux lecteurs» et, comme son nom l'indique, elle consiste pour le comptable en une simple compilation des chiffres fournis par le client. «Du traitement de texte!», de dire M. Turbide. La mission d'examen, quant à elle, se fonde sur des prises de renseignements, des analyses et des discussions portant sur les informations fournies par le client. Le comptable se limite à évaluer dans quelle mesure les informations reçues sont plausibles. Ces deux types de rapports, qui contiennent toujours la mention «non vérifié» sur chaque page, pourraient ne pas convenir à l'acheteur potentiel ou à un créancier par exemple.

Enfin, le rapport de vérification est le plus fiable et en conséquence le plus cher pour le client... C'est pourquoi, lorsqu'il n'est pas requis par un créancier ou un investisseur, le client l'évite. Avec ce rapport, le comptable exprime une opinion sur la fidélité avec laquelle les états financiers présentent la situation financière de l'entreprise. Caveat: cette opinion ne constitue ni une garantie quant à la viabilité de l'entreprise, ni un témoignage quant à l'efficacité de la conduite de ses activités ou à la compétence de ses dirigeants. Le vérificateur cherche uniquement à offrir un degré raisonnable de certitude que les états financiers sont exempts d'inexactitude importante.

Que faut-il comprendre par inexactitude importante? Bernard Turbide précise qu'une erreur ou un écart équivalant à 1 % ou moins du chiffre d'affaires n'est pas «matériel» et en conséquence peut ne pas être rapporté. C'est dire qu'un compte à recevoir ou un compte à payer de 3 millions $ pourrait être omis des états vérifiés d'une entreprise ayant un chiffre d'affaires de plus de 300 millions $! Un risque avec lequel il faut composer.

Des outils d'analyse

L'étude de certains ratios constitue une méthode d'analyse financière fort répandue. Il existe plusieurs types de ratios, mais les plus performants sont: 1) les ratios de liquidités qui reflètent l'aptitude de l'entreprise à faire face à ses obligations financières à court terme; 2) les ratios d'endettement qui reflètent l'importance de la dette par rapport au capital-actions, ainsi que le fardeau financier qui pèse sur l'entreprise, ce qui détermine sa solvabilité à long terme; et 3) les ratios de rentabilité et de gestion qui reflètent l'aptitude de l'entreprise à dégager des bénéfices et l'efficacité avec laquelle ses ressources sont utilisées. Comme les ratios varient selon le moment où ils sont calculés, ils doivent être utilisés avec une grande prudence.

On est à même de le constater: il faut connaître la portée et les limites des états financiers. Leur analyse permet d'avoir une bonne idée de la situation financière d'une entreprise et des changements qui se sont produits depuis son dernier bilan. Mais il importe de garder à l'esprit les lacunes inhérentes aux états financiers. Par exemple, le bilan ne tient compte que des facteurs exprimables en monnaie, à une date précise. Il se peut qu'un concurrent vienne s'établir à proximité ou que l'outillage soit désuet, le bilan n'en tiendra pas compte. Il en est de même pour la santé et la compétence des dirigeants d'une entreprise. Or, ce sont là des éléments fort importants, qui ne se mesurent pas en argent.

 

 
 

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