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L'Affaire Levine

Le rôle des leaders sociaux

Le bâtonnier Viateur Bergeron*

La nomination de David Levine comme directeur général du nouvel hôpital d'Ottawa soulève une tempête de protestations et de réponses aux protestations. Nous décelons dans ce dialogue de sourds des signes inquiétants d'intolérance et de refus d'accepter l'autre à cause de ses différences d'opinion et d'origine. Résistant à la tentation d'entrer dans la querelle, je m'interroge sur le rôle actuel des leaders sociaux face à des situations de cette nature. (...)

Un leader social est une personne qui jouit d'un certain prestige, fait autorité en certaines matières et exerce une influence plus ou moins forte dans son milieu. Il peut, par ses paroles et par ses actes, influencer l'opinion, le vote ou l'option politique des personnes vivant dans son entourage. Les leaders sociaux jouent un rôle important et irremplaçable pour préserver une nécessaire unité à leur pays et assurer ainsi la paix politique et sociale. (...)

La société canadienne traverse une crise sérieuse. L'acceptation de l'autre semble difficile pour beaucoup de gens. Je suis parfois inquiet et un peu pessimiste, comme vous peut-être.

(...) Devons-nous nous inquiéter de la montée de l'intolérance et du refus d'écouter l'autre, ou faut-il demeurer optimistes et espérer que nous pourrons continuer à vivre ensemble dans un pays pacifique, ouvert et généreux ?

Trois voyages récents à l'étranger m'ont apporté une conviction profonde à l'effet que la semence de la haine de l'autre est dévastatrice partout et toujours. Il se trouve des semeurs d'ivraie dans tous les partis, toutes les ethnies et toutes les religions. La violence et ses conséquences relèvent rarement d'un seul groupe. Mais, peu importe le partage des responsabilités, après les massacres ou les guerres, le pardon et ses effets bénéfiques sont lents à venir et s'implantent difficilement : au Rwanda, en Israël, en Palestine ou au Vietnam.

Les événements survenus dans ces pays et ailleurs dans le monde, nous enseignent que la communauté internationale ne prévient ni n'empêche, généralement, les massacres et les désastres. Elle les constate. (...)

Aucun pays, malgré son passé pacifique, n'est à l'abri de la guerre civile, ni de désastres sociaux et économiques, si une religion, une langue, une race, une ethnie, une idéologie devient un absolu. Des meneurs avides de pouvoir demandent alors aux citoyens de tout sacrifier à cette idole. Ils planifient toutes leurs actions en vue d'atteindre leur but ultime : le pouvoir le plus étendu possible. Ils plaident toujours habilement qu'ils recherchent avant toute chose l'intérêt du peuple... L'histoire et l'expérience de très nombreux pays nous démontrent avec force que ces meneurs oeuvrent d'abord pour eux, leur entourage ou un groupe particulier et exclusif.

Nous avons tous les aptitudes et les moyens pour travailler à l'amélioration de notre société. Si nous voulons être efficaces dans notre action, nous devons écouter les autres et comprendre leur point de vue. La sagesse commande de donner l'exemple de la modération et du respect de l'autre dans nos propos. La prudence exige d'éviter d'alimenter l'intolérance. Les désordres sociaux sont malgré tout plus faciles à éviter qu'à réparer. Notre vigilance et notre agir, comme leader social, sont la garantie de la survie d'un pays où il fait bon vivre, dans une atmosphère de respect mutuel qui invite à la bonne entente et au partage des valeurs et des ressources.

Les leaders sociaux ont comme mission de travailler à bâtir un pays où toutes les communautés et tous les groupes se sentent chez eux. Tous doivent être acceptés et réellement invités à profiter de la qualité de vie, de la prospérité et de la diversité canadiennes. Ces attributs, joints à une solidarité nationale toujours retrouvée, nous ont permis, à ce jour, de surmonter de nombreuses difficultés, de relever des défis de taille et notamment de faire face à des désastres naturels avec un esprit d'entraide et de collaboration exemplaires, à notre manière proprement canadienne.

* Viateur Bergeron a été bâtonnier de Hull, bâtonnier du Québec, président du Conseil interprofessionnel du Québec, président de la Division du Québec de l'Association du Barreau canadien et président de la Chambre de commerce et d'industrie de l'Outaouais.

 

 
 

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