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Vivent les vacances, au diable les récompenses... » C'est la chanson que nous entonnions à poumon fendre, dans notre enfance, à la fin de l'école en juin. Sans connaître Ronsard et son « Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain » nous éprouvions alors l'envie dévorante de vivre immédiatement durant les vacances d'été les beaux rêves que nous avions nourris durant les saisons d'école.
Si Ronsard nous était étranger, l'origine du mot « vacance » nous l'était tout autant. Ce mot revêt une connotation judiciaire à son origine. En 1594, selon le Dictionnaire historique de la langue française reçu en cadeau récemment pour mon anniversaire annuel de naissance, vacance désigne la période où les tribunaux interromptent leurs travaux puis par extension les jours de congé. En 1907, le mot se dit du temps de repos légal accordé aux salariés puis de la période d'arrêt de travail qui coïncide en partie avec les vacances scolaires. Ce même cadeau de dictionnaire ajoute que le dérivé vacancier, ière, tiré de vacances comme nom (v. 1925) puis comme adjectif (1942) s'est répandu vers 1950 se substituant en partie à estivant pour désigner les personnes en vacances dans un lieu déterminé.
Quand arrivaient les grandes vacances, quand l'été se pointait, on avait le sentiment d'habiter ailleurs même si on continuait de vivre dans la même maison dans la forêt. Nous devenions vraiment nous-mêmes et nous sortions des parenthèses dans lesquelles l'hiver et l'école nous avait insérés. Les personnes et les animaux et les peupliers qui nous entouraient s'endimanchaient alors d'été et de légèreté pour toute la saison des vacances. Notre mère qui n'avait plus à superviser les leçons et les devoirs de ses six garçons prenait le temps d'aller ramasser des fleurs sauvages pour le souper et nous riait à plus beau sourire qu'auparavant. Notre père, au retour de son travail, le soir s'amusait à jouer avec nous à la cachette ou à la lumière rouge. Mon petit frère Bernard et moi prenions grand plaisir à espionner derrière un bosquet notre frère aîné en train de conter fleurette à de belles jeunes filles en fleurs à qui il offrait des pêches subtilisées aux soeurs du couvent.
Aux vacances d'été, l'air n'était pas comme avant, n'ayant plus le même poids, la même couleur ni odeur. Quand on chantait « Mexico » de Luis Mariano ou « Je ne regrette rien » d'Edith Piaf, nos voix portaient et s'allongeaient haut dans le soir qui nous retournait l'écho de Mexico. L'air du temps des vacances, c'était félin et doux et chatoyant comme le dos de Minelle, notre chatte d'Espagne. Le soir avant d'aller dormir, mon père retournait dehors, s'appuyait sur la rampe du perron et dans l'air et dans le ciel nous lisait les nouvelles du temps pour le lendemain.
L'été, on pouvait bouger et s'agiter et sauter et plonger à souhait sans que le médecin-maire du village que certains soupçonnaient d'avoir plutôt étudié à l'école des vétérinaires ne risque de conseiller à nos parents le Ritallin pour leurs enfants. Durant les vacances d'été, on expérimentait la peur en entendant, couché à la belle étoile près d'un ruisseau, le ululement de détresse des oiseaux de nuit, on découvrait la tendresse des mots et des airs de fille avec les voisines et les cousines, on vivait la surprise de l'arrivée pour trois jours des parents franco-américains qui nous arrivaient des « États » dans leur grosse voiture chromée, Le jeudi à la « brunante », on allait aux vues derrière l'école des grands. En plein air dans la cour, on projetait un film interrompu fréquemment par le feu qui dévorait quelques images de la bobine et que le projectionniste Tenfant Lachance devait éteindre jusqu'au prochain feu. Certains parmi les grands avaient déjà vu le film et en mangeant un cornet de crème à la glace près de la clôture nous racontaient les scènes brûlées.
Durant les vacances d'été, on visitait la parenté, on allait au parc Lafontaine qui le dimanche soir batifolait de tous ses feux avec sa fontaine magique et ses poussières d'eau scintillantes. Dans cette saison de soleil du soir et de rosée du matin, on avait tout notre temps pour se gaver plein notre saoul de sentiments, de frustrations, de rires et d'emballements, de colères et de réjouissances car les espaces étaient ouvertes à plein, l'air était exaltant à souhait et nous étions enfants comme il se devait. On dormait le soir sans souci ni tracas fabriquant des rêves à réaliser le matin au réveil.
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