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NDLR - Comme à chaque année depuis neuf ans, le Barreau de Montréal organisait un concours de composition à l'intention des étudiants de l'île de Montréal.
Cette année, le thème retenu, « Peut-on dire ce que l'on veut », proposait un scénario qui avait pour but d'engager une réflexion confrontant l'étudiant au thème de la censure et de la liberté d'expression. Nous vous présentons, dans un premier temps, deux des textes français primés lors du concours « La justice a bonne mine 1998 ».
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Stéphanie Déry |
L'École Belleville...
Stéphanie Déry, 12 ans
6e année,
École Lalande
Monsieur le directeur,
C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai assisté hier soir à la pièce de théâtre préparée et présentée par les élèves de deuxième année de votre école.
Je suis la mère d'une élève de deuxième année qui fréquente votre école et j'aimerais apporter quelques commentaires :
1. Je trouve que les élèves de votre école ont fait un excellent travail. Il serait important de les féliciter afin de les encourager à continuer dans ce domaine. Certains de ces élèves ont vraiment du talent pour l'art dramatique.
2. J'ai très bien senti que le sujet traité était très réaliste et je suis certaine que plusieurs élèves de 11-12 ans ont vécu cette expérience.
3. Je suis contente de voir que ces enfants puissent exprimer les difficultés qu'ils rencontrent dans leur vie de tous les jours.
4. Cependant, je me pose certaines questions. Le fait qu'il s'agit d'un conflit entre le directeur et un élève en particulier est très délicat. Certains mots employés sont vulgaires, comme par exemple quand le personnage principal dit : « Même le directeur, ce sale hypocrite... », il faudrait censurer ces paroles.
5. Certains jugements portés contre le directeur comme par exemple « ...est uniquement intéressé à faire plaisir aux parents riches qui financent l'école. Il se fout de ce qui s'y passe vraiment », il ne faut pas oublier que cette pièce est présentée devant des élèves du premier cycle. Vous savez l'influence que peuvent avoir les élèves plus âgés dans une école primaire? Il est également très important de faire attention au langage utilisé et aux jugements qui sont portés, des jeunes élèves ne sont pas en mesure de faire la part des choses et ils sont très influençables. Par exemple, hier à la maison, ma fille de 8 ans et mon fils de 5 ans se sont disputés pour un jeu électronique et elle l'a traité de « sale hypocrit ». Alors vous voyez l'influence sur le langage?
Il serait très important dans un premier temps de faire comprendre aux élèves de la 6e année l'influence qu'ils exercent sur les plus jeunes et le rôle qu'ils jouent à l'intérieur de l'école et de les amener à modifier un petit peu afin de faire en sorte que le langage soit moins vulgaire et que les jugements ne soient pas directement contre le directeur, par exemple, mais plutôt l'ensemble de la direction. Il ne faut pas oublier non plus qu'il est très important de leur faire comprendre qu'ils doivent s'exprimer mais qu'ils ont quand même certaines responsabilités.
En conclusion, on peut dire ce que l'on veut mais tout est dans la façon de le dire. Après tout, les jeunes sont l'espoir de demain!
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Nguyen-Dinh Huy |
Être le chat qui chasse ou la souris poursuivie?
Nguyen-Dinh Huy, 13 ans
2e secondaire,
Collège Jean-de-Brébeuf
« Je pose mon microphone et mes écouteurs et je souris, visiblement satisfait de moi-même. Oui, je souriais, diabolique que j'étais à ce moment! Je riais du malheur de ce pauvre imbécile de M. Saitout, qui était maintenant la risée de toute cette ville, lui et son école modèle de délinquance et d'incompétence visible de la part de son personnel. Ah! Qu'il essaye de venir me dire que c'est faux, que ces révélations font toutes partie de mon imagination! Il sera aussi « bouché » qu'il soit permis de l'être lorsque je lui montrerai mes preuves et mes témoins oculaires. Il ne pourra rien faire pour m'arrêter, puisque ce n'est que la vérité, comme je disais quand j'étais môme : « la vérité choque! » Que ce faible et ridicule de M. Saitout puisse organiser une défense, et même une toute petite riposte contre moi qui suis protégé par une masse d'auditeurs, de témoins et de fanatiques, eh bien! foi de Lavipère, ce serait un être surnaturel et trop longtemps sous-estimé, mais je doute que ce soit le cas de cet abruti de directeur! Je sais que ce n'est pas très charitable de ma part de m'attaquer à cet être innocent qui cachait plus ou moins bien sa vie privée, mais, par ma foi, cette ville a besoin de tout savoir, que dis-je, le monde entier est avide de savoir! Et puis, par ailleurs, hé hé! cette histoire, alors qu'elle n'apporte que la honte et l'humiliation chez ce directeur à la noix, me rapporte à moi la célébrité et un plus grand nombre d'auditeurs : n'est-ce pas étrange comme quelques-uns peuvent s'enrichir au détriment des autres? Et puis, que pourrait faire cet idiot pour me rendre la monnaie de ma pièce? Ma foi, pas grand chose! Il ne pourra témoigner de rien contre moi, être perfide qui dissimule sa vie comme mes pensées les plus secrètes, c'est-à-dire dans un coffre-fort mental! » Pierre Lavipère lâcha un rire sadique dans l'air, puis se calmant, il salua ses camarades et sortit du studio.
« Mon Dieu, m'avez-vous abandonné? Est-ce votre désir que je sois aujourd'hui la cible et victime de cet infâme Pierre Lavipère? Donnez-moi une chance de me rattraper, donnez-moi un signe que vous avez pitié de ma vie et de mon destin. » M. Saitout se remit sur ses pieds et, d'un geste presque machinal, il ouvrit la fenêtre et contempla le ciel bleu indigo et parsemé d'étoiles et, soit par un miracle ou par une hallucination, une étoile filante passa et une lueur d'espoir reparut sur ses yeux livides. Il se jeta à genoux et balbutia milles remerciements. Puis, reprenant son calme, il se releva, s'assit à son bureau et enterra son visage dans ses deux mains frêles. Lorsqu'il les retira enfin, on pouvait distinguer un visage décomposé par la colère; ses yeux, qui jusqu'alors étaient illuminés par une flamme vacillante et incertaine, étaient habités par un incendie flamboyant. Il prit un stylo, sortit une feuille propre et commença à écrire une lettre.
« Je me levai d'excellente humeur et, après m'être brossé les dents, je descendis au rez-de-chaussée et je me pris un bon café chaud. Une note sur le réfrigérateur m'indiquait que ma femme était déjà partie travailler. Bien entendu, Marie s'oppose à ce que je ridiculise M. Saitout : décidément, elle est trop généreuse. De mon côté, ce n'est pas dans mes habitudes de prendre des gens en pitié, et encore moins de les ménager lorsqu'ils ont besoin d'être punis. Enfin, c'est vrai! Ce Saitout n'est pas sensé s'approprier des fonds de l'école, de fréquenter des restaurants huppés, de faire des voyages et acheter des Porsches pour gaspiller cet argent durement acquis et, enfin, d'engager des amis sans expérience comme professeurs. Quoi qu'elle en pense, je continuerai cet assaut. Oh! Déjà six heures! Je serai en retard au studio si je ne me dépêche pas. J'ouvre ma porte et je prends mon journal et... étrange! Je trouve une enveloppe à côté sur laquelle était inscrit « Cette lettre est destinée au détestable Pierre Lavipère ». Bon! Qui est l'envoyeur de cette farce? Il n'a même pas d'adresse dessus! Enfin, quoi que ce soit, je referme ma porte, je déchire l'enveloppe et je lis la lettre. Merde! Qu'est-ce que c'est que ça!? Malédiction! »
« Il devrait avoir lu ma lettre, à présent. Je souris, sûr de ma victoire prochaine : qui pourrait parer à cette riposte surprise? Je sors une feuille de ma poche, c'était une photocopie de la lettre que j'avais envoyée à ce serpenteau qui répondait au nom de Lavipère. Voici ce qu'elle contenait :
« Monsieur Lavipère,
Je n'irais pas par quatre chemins, donc allons droit au but où je veux en venir. Vous m'avez insulté, déshonoré, compromis, et vous croyiez que je ne m'en relèverais pas. Tout au contraire de vos espérances, non seulement je m'en suis relevé, mais en plus, je riposterais. Vous aviez cru que je resterais abruti, écrasé par ces révélations : c'était me sous-estimer, et je considérerais cela comme un second affront à mon compte. Bien sûr, personne ne pourrait vous reprocher votre vie intime, passée ou actuelle, qui est irréfutable. Mais, dites-moi, était-ce le seul moyen de parvenir jusqu'à votre nom et votre honneur? Non, trois fois non! Je vous déclare donc, M. Lavipère, que ces attaques portées contre moi sont une atteinte à mes droits et à ma dignité, et que par conséquence, votre conduite a été contre la loi, puisque vous m'aviez traqué, moi, un être humain, comme une bête. La loi l'interdisant, j'ai fait appel à la Cour, j'ai obtenu une injonction, ce qui vous traquera à votre tour, et croyez-moi, ce n'est pas raisonnable de lutter avec la justice. Donc rendez-vous gentiment au tribunal de Belleville après-demain, et si vous avez de la chance, votre amende ne serait pas trop grave. Vous voyez donc qu'il ne faut pas se fier aux apparences et estimer les capacités mentales et physiques des êtres que l'on ne connaît pas assez.
P.S. À propos, inutile de nier, j'ai mes témoins à moi aussi.
Votre ennemi juré à partir d'aujourd'hui. M. Saitout. »
« Bon. Je garderai cette photocopie en souvenir de cette mésaventure, qui, bien qu'elle fut une étape difficile pour moi et sûrement aussi pour cet imbécile d'animateur de radio, me paraît maintenant une situation assez amusante, comique, même. » M. Saitout s'esclaffa en s'asseyant à son bureau de directeur, et les élèves qui passaient par là se demandaient de quoi il pouvait bien rire en ces moments critiques.
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