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Lucien Bouchard invite les avocats à prendre les devants

Multiplication des échanges commerciaux

Marius Marin

C'est sous la présidence d'honneur de Monsieur Lucien Bouchard que s'est tenu le Banquet de clôture du Congrès 1998. Dans un plaidoyer fort éloquent devant près de 600 personnes, le Premier ministre a invité les avocats d'ici à jouer à fond l'atout unique de leur connaissance de différents droits pour étendre leur pratique à l'étranger, multiplier les alliances, apprivoiser les législations étrangères. Une invitation, devant la multiplication des échanges commerciaux, à prendre les devants pour être compétitifs, pour « demeurer des acteurs significatifs ».

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« Elles sont nombreuses les raisons qui doivent nous faire envisager avec optimisme le présent et l'avenir du Québec. Notre population, notre économie, nos rapports avec le reste du continent et du monde sont en train de changer radicalement. (...) Il se trouve en effet que depuis le début des années 1990, le Québec connaît une accélération fulgurante de son commerce international. Cette performance est en train de se traduire par une croissance plus soutenue, et 100 000 emplois nouveaux ont été créés depuis le Sommet économique de 1996. »

Depuis 1990, le Québec a augmenté de plus de 100 % ses exportations dans le monde et de plus de 115 % ses exportations aux Etats-Unis. « C'est bien simple, le Québec est l'une des nations industria-
lisées qui sait le mieux vendre ses produits à l'étranger : plus que la France, que l'Angleterre, que l'Allemagne, que le Japon, que les États-Unis ou que le reste du Canada, d'énumérer M. Bouchard. Pensons-y un instant : 57 % de tout ce que nous produisons est destiné à l'exportation. 57 %, c'est énorme. »

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Or, les avocats québécois auraient tort d'ignorer ces données. Considérant que plus de 50 % de l'économie du Québec se réalise dans l'exportation, le Premier ministre y voit là un volume de clientèle plus qu'intéressant pour les juristes du Québec.

« Seulement, cela implique qu'ils acquièrent de nouvelles connaissances et élargissent leurs champs d'expertises, qu'ils apprennent plus de langues, fréquentent les forums internationaux et participent aux missions économiques. Certains l'ont compris, qui ont déjà pignon sur rue ou antenne à Londres, à Paris, à New-York, en Europe de l'Est, en Asie, en Amérique latine. J'ai d'ailleurs noté la présence de confrères dans quelques missions économiques récentes, notamment en Chine, et j'espère en voir d'autres, en novembre, au Mexique, en Argentine et au Chili. »

Les atouts

Le Premier ministre québécois estime que les avocats d'ici disposent d'atouts considérables pour réussir au plan international. Il donne en exemple notre façon de travailler et d'établir des contacts humains. « Les Québécoises et les Québécois ont le don de nouer rapidement des liens de confiance », de dire M. Bouchard, estimant qu'il s'agit là de notre meilleure carte de visite. Cela dit, la spécificité du droit québécois se veut aussi un avantage certain. « Au sein d'un contingent de traditions juridiques anglo-saxonnes, nous avons joint, à notre système d'inspiration latine, certains principes de common law, notamment en droit public et administratif ainsi qu'en droit commercial. Cette conjonction inédite constitue un atout, un enrichissement. »

La situation linguistique, économique et culturelle du Québec, un carrefour où se croisent l'Europe et l'Amérique du Nord, peut également être un atout. « Nos entreprises et nos travailleurs spécialisés puisent aux deux cultures et créent des produits innovateurs qui percent les marchés. Ce désir et cette capacité des Québécois et Québécoises de se situer parmi les gagnants de l'intégration économique place la profession d'avocat devant un choix vital : se laisser porter par le mouvement ou le précéder. »

Pour le Premier ministre, le constat est clair : s'ils veulent demeurer compétitifs, « les avocats doivent se hisser en amont de ce mouvement irréversible ». Et ce plaidoyer ne s'adresse pas uniquement aux avocats pratiquant dans les grands centres, mais aussi à ceux des régions. « À la grandeur de notre territoire, les PME exportent des produits de plus en plus sophistiqués et au potentiel de développement élevé. Chaque région, chaque centre devrait pouvoir compter sur les services de juristes à la fine pointe des connaissances, des façons de faire et, bien sûr, introduits dans les réseaux qui comptent. (...) j'insisterais sur le fait que les avocats eux-mêmes, dans leur rôle de conseillers, doivent inciter leurs clients à l'exportation et se trouver en mesure de leur dire comment s'y prendre. »

Cette ouverture à l'internationalisation est d'autant plus importante, estime M. Bouchard, que la situation de l'emploi des avocats, les plus jeunes surtout, est difficile. « Tout près de 800 nouveaux membres s'inscrivent chaque année au Tableau de l'Ordre. Nous étions 2 600 en 1964, lors de mon admission au Barreau. Nous sommes actuellement tout près de 18 000 membres. Le rythme élevé de cette croissance pose un sérieux problème d'absorption par le marché. De là, la nécessité d'investir en force le nouveau créneau d'activités ouvert par l'internationalisation de l'entreprise québécoise. (...) Au reste, les difficultés d'intégration des jeunes au marché de l'emploi ne se confinent pas au seul secteur de la profession d'avocat. C'est un problème vécu par trop de jeunes, de trop de secteurs d'activités. »

Pour aider, le gouvernement du Québec est à finaliser la confection d'un plan d'action-jeunesse, pour compléter les mesures déjà mises en œuvre pour les jeunes. Pour la profession juridique plus spécifiquement, le ministère de la Justice a déjà lancé le programme « Stage aux nouveaux diplômés ».

« En agissant ainsi, nous cherchons à développer l'employabilité de stagiaires dans un véritable contexte de travail (...) Voilà qui devrait faciliter leur accès à l'emploi dans le secteur privé ou public. Depuis quelques semaines donc, près de 50 diplômés en droit travaillent au ministère de la Justice. »

Par ailleurs, le Premier ministre, confronté au changement continu, a rappelé les actions entreprises par son gouvernement ces dernières semaines : formation d'un comité de révision de la procédure civile, relance d'un véritable Institut québécois de réforme du droit, accélération du développement de mécanismes alternatifs de résolution des litiges. « Ces mesures, vous l'aurez compris, visent à améliorer notre efficacité tout en maintenant notre droit à la fine pointe des évolutions.

« La nécessité d'apporter des modifications à certains comportements, vieux parfois de 20 ou 30 ans, obligera à des efforts soutenus et, disons-le, à une certaine forme d'humilité. Les clients que vous représentez ou que vous conseillez ont modifié leurs exigences. Ils ne veulent plus courir d'un bureau à l'autre, d'un professionnel à l'autre. Le partenariat avec d'autres professionnels, loin de soulever des appréhensions, doit être perçu comme un moyen de rendre un meilleur service au client. »

Or, de dire M. Bouchard, cette obligation de flexibilité et de mouvement n'est pas seulement l'affaire des avocats à titre individuel. C'est aussi la responsabilité du Barreau et de la profession toute entière.

 

 
 

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