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Peter Leuprecht a oeuvré au sein du Conseil de l'Europe pendant 36 ans

Un témoignage inspirant

Lucie Legault

Lors du dîner-conférence du Colloque sur la pratique du droit international et transnational, MM. Peter Leuprecht et Alexandre Morin ont témoigné de leur expérience respective en droit international humanitaire, offrant ainsi aux participants du colloque, une délicieuse nourriture pour l'esprit.

Grand spécialiste des droits de la personne, Peter Leuprecht a œuvré au sein du Conseil de l'Europe pendant 36 années, les quatre dernières à titre de secrétaire général adjoint. En 1997, il quittait le Conseil et devenait professeur invité au département des sciences juridiques de l'UQAM et à la faculté de droit de l'Université McGill. Il agit également comme consultant auprès du ministère canadien de la Justice.

M. Leuprecht a entretenu son auditoire de l'internationalisation des droits de la personne, qu'il qualifie de phénomène incontestable. Les États, dit-il, sont de plus en plus responsables devant la communauté internationale en matière de droits de la personne. Leur souveraineté, jadis absolue, cède le pas à une souveraineté limitée. Même le droit interne est aujourd'hui largement déterminé par le droit international. Il note toutefois que le Canada réserve un accueil frileux au droit international.

De l'affirmation des droits de la personne sur le plan international découle l'évolution d'une juridiction pénale internationale, avec néanmoins beaucoup de retard, souligne M. Leuprecht. Depuis la création des Nations unies, deux tribunaux ad hoc ont été constitués, l'un pour l'ex-Yougoslavie, l'autre pour le Rwanda. Il a bon espoir que la conférence diplomatique de Rome (juin 1998), aura mené à la création d'une juridiction pénale internationale à compétence universelle.

M. Leupretch voit dans le phénomène de l'internationalisation des droits de la personne, d'intéressantes perspectives d'emploi pour les jeunes juristes, tant dans les firmes spécialisées en droit international, que dans les ONG et les organismes intergouvernementaux. Il conclut par un appel rassembleur : « Il y a là, devant vous, un énorme chantier qui a besoin de beaucoup d'ouvriers et peut-être que certains d'entre-vous en seront. »

Alexandre Morin est de ceux-là. Il effectuait, en 1996, un stage de dix semaines au Rwanda, organisé par le professeur William Schabas, du département des sciences juridiques de l'UQAM. Le mandat du groupe de stagiaires consistait à faire rapport au ministère de la Justice sur la conformité du droit ruandais aux normes internationales en matière de droits de la personne. M. Morin garde le souvenir d'une adaptation difficile : pauvreté extrême, surveillance militaire constante et tensions inter-ethniques. Il parle par ailleurs avec humour des différences culturelles qui, une fois apprivoisées, s'avèrent enrichissantes. Celles-ci, dit-il, nous renvoient à nos propres façons de faire et permettent de les remettre en question. Il décrit le système de justice ruandais comme un système démantelé : après le génocide, il ne restait que deux juges et quatre avocats, les autres ayant fui ou ayant été massacrés. Le pays a besoin, dit-il, de juristes compétents et imaginatifs. Du fait de leur dualité linguistique et juridique et de la bonne réputation dont jouit le Canada à l'étranger, les juristes québécois possèdent, à son avis, des atouts indéniables. M. Morin estime que cette expérience lui a permis de développer ses capacités d'adaptation, d'établir de précieux contacts professionnels et de vérifier son intérêt pour le droit international humanitaire. Résolument satisfait de son stage, il encourage ses collègues juristes à vivre ce type d'expérience.

 

 
 

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