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Certains juges, sans l'ombre d'un doute de culpabilité, certains avocats avec éloquence et effet de glotte, certaines gens des médias sans ménagement ni réserve usent sur tous les tons et à contretemps de plaidoyers de culpabilité et pour ne pas être en reste de plaidoyers de non culpabilité.
C'est ainsi qu'une juge aura reçu tel lundi matin sept plaidoyers de culpabilité, tel avocat aura enregistré trois plaidoyers de non culpabilité. Aux nouvelles du soir, le commentateur annoncera que la femme trouvée coupable de meurtre par un jury à Trois-Rivières a présenté un plaidoyer de culpabilité à un homicide involontaire après que la Cour d'appel eût ordonné un nouveau procès à la suite d'erreurs et au comportement inadéquat du juge. Tous ces plaidoyers sont déposés puis reçus sans que l'avocat n'ait fait valoir devant le tribunal des arguments justificatifs au sou-tien de ce plaidoyer pour convaincre le juge que son client est le scélérat qui, à coup sûr, est coupable des crimes qu'on lui reproche.
En dépit du plaidoyer de l'avocat, Milon est exilé
L'avocat romain de jadis, Cicéron, y perdrait son latin face à nos plaidoyers de culpabilité. Il déchirerait sa toge d'apprendre que des avocats offrant de reconnaître la culpabilité de leur client le font dans un plaidoyer de culpabilité pour bien s'assurer, penserait-il, d'amener le juge par des arguments sentis et percutants à conclure que leur client correspond en tout point au criminel dangereux mentionné dans l'accusation. Au temps révolu du collège, on nous contraignait de fréquenter les auteurs antiques et solennels tels Cicéron et ses plaidoyers d'avocat. On devait faire des « versions latines » et traduire en « bon français » son plaidoyer contre le gouverneur véreux de la Sicile, Verrès, accusé de profiter de ses pouvoirs pour piller les temples et rançonner les habitants de l'île. Il y avait aussi son plaidoyer pour Milon, homme politique accusé de meurtre qui, en dépit de la rhétorique de maître Cicéron, fut exilé. Fort de nos fautes multiples et répétées en latin, on n'hésitait point à prendre d'assaut des textes grecs dont ceux de Platon notamment dans son Apologie de Socrate, plai-doyer lors du procès de So-crate contre des accusations d'athéisme et de corruption de la jeunesse athénienne. C'est alors que nos versions grecques regorgeaient de contresens, d'anachronismes, voire de barbarismes.
Quand le temps consacré à ressusciter des textes des langues mortes nous le permettait, il nous arrivait de nous intéresser au collège à d'autres langues dites vivantes. On pouvait, avec réserve et circonspection en raison de la censure des bons pères avec leur liste de livres à l'index, lire le plaidoyer en faveur de la paix par Jean Giraudoux dans « La guerre de Troie n'aura pas lieu » ou le plaidoyer sur le sort des domestiques dans « Les bonnes », par Jean Genêt qui avait une fascination pour le mal et la culpabilité.
Orange mécanique et ténèbres
Un autre auteur dont les romans seraient hantés par le mal et la culpabilité serait l'auteur et critique britannique Anthony Burguess dont nous n'avons pas du tout croqué au collège son « Orange mécanique » en raison peut-être de la censure et de l'index ni sa Puissance des ténèbres en 1980 parce que nous n'y étions plus déjà longtemps... au collège. Point n'est besoin d'un plaidoyer pour convaincre de l'importance jouée par la culpabilité sur nos scènes de vie. Dans la Bible comme dans le Coran, on parle d'Adam qui signifierait en Hébreu « homme » et d'Eve qui signifierait « elle qui vit ». Ces récits d'Adam et d'Eve seraient utilisés pour justifier la culpabilité de l'homme. En criminologie, on raconte que l'école classique aurait privilégié la notion de culpabilité, estimant que la peine devrait être modulée sur la nature et l'ampleur de la faute commise. L'affaire Dreyfus bouscula la France entre 1896 et 1899 sur la culpabilité du capitaine d'origine juive Alfred Dreyfus. Pour Freud, la religion maintiendrait par la notion de sacrifice une culpabilité permanente de l'humanité. Plus près de nous dans le temps tout au moins, un juge italien du nom d'Ugo Belli fit dans la culpabilité avec vif succès. Il vécut de 1892 à 1953 et écrivait dans ses temps de liberté des pièces de théâtre dont la plupart traitent de la responsabilité et de la culpabilité de la justice et de la compassion. En 1948, il aurait commis son œuvre majeure : Corruption au palais de justice.
Les temps nous changent
Cette année, je me sentirais coupable si je n'avouais point qu'avec la tombée des feuilles, tomberaient aussi certaines façons de dire à l'audience quant aux décisions des accusés face aux accusations portées contre eux. On se surprend à entendre avocats, journalistes, voire à l'occasion certains juges, parler de reconnaissance ou d'aveu de culpabilité ou de négation de culpabilité. On pouvait lire récemment dans un journal que devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda, l'ancien premier ministre Kambanda avait été le seul a avoir reconnu sa culpabilité dans le génocide et avoir accepté de témoigner dans d'autres procès. Dans un autre journal, on mentionnait qu'une dame de 34 ans s'était avouée coupable de conduite dangereuse causant trois morts et que le juge lui avait infligé neuf mois de prison suivis d'une probation de deux ans.
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