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Le 9 juin 1977, non loin de Sept-Îles, Achille Vollant et Moïse Régis quittent un campement montagnais sur la rivière Moisie pour aller « au filet ». En fait, on ignore leur destination précise. Les deux hommes ont bu mais rien ne permet de conclure qu'ils ont consommé trop d'alcool pour naviguer sur la rivière. La chaloupe est petite et probablement trop chargée. Deux moteurs y ont été installés artisanalement. C'est Achille qui conduit au départ, même si son bras gauche est handicapée et même si la dextérité de sa main droite laisse à désirer. Deux garde-pêche postés sur la rivière voient l'embarcation passer. Ils diront plus tard avoir été trop mal placés pour tenter de l'intercepter. À peu près trois heure et demie plus tard, la chaloupe est retrouvée dans le fleuve, bien avant les dépouilles de ses deux occupants. L'embarcation des Montagnais est achetée ultérieurement par un policier de la SQ. La chaloupe des garde-pêche est quant à elle repeinte le lendemain de la noyade (elle sera par la suite vendue à un garde-pêche par MLCP).
La Sûreté du Québec prend l'enquête en mains et en écarte complètement les policiers autochtones. Les autopsies révèlent des décès par noyades, sans signes extérieurs de violence. Des analyses de peinture permettent à un expert de la police de conclure que la chaloupe des garde-pêche porte des traces d'une peinture fortement similaire à celle de l'embarcation Innue. La police ne porte aucune plainte en relation avec cette affaire.
Très vite, des Montagnais sont convaincus qu'il y a eu meurtre. Certains affirment avoir vu du sang sur une rame des garde-pêche. D'autres soutiennent qu'il y avait un trou de balle dans le crâne de l'un des hommes. Y aurait-il eu entente pour camoufler une bavure commise par les garde-pêche ?
Le père d'une des victimes demande l'aide d'un ami anthropologue, Rémi Savard. La Ligue des droits et libertés s'en mêle bientôt. On obtient une enquête de la Commission des droits de la personne. Québec tarde à collaborer. Quelques années plus tard, il subsiste suffisamment de doute dans la communauté montagnaise pour qu'une nouvelle enquête policière soit menée, cette fois par la police de Québec. L'enquête est sérieuse mais, aucune accusation
n'étant portée, son développement et ses conclusions demeurent confidentiels.
C'est la Société Radio-Canada qui relance l'histoire en 1995 et 1996. Deux reportages de l'émission Enjeux accréditent la thèse du meurtre. Le cinéaste Arthur Lamothe adopte le même point de vue dans un long métrage de fiction intitulé « Le silence des fusils ». L'affaire fait de plus en plus de vagues et Québec décide finalement d'accorder aux Montagnais ce qu'ils demandent depuis longtemps : une commission d'enquête publique chargée. C'est le juge à la retraite Yvon Roberge qui la préside. Les audiences se sont conclues au mois de juin dernier et Me Roberge devrait remettre sous peu son rapport. *
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