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La médiation est, parmi tous les modes de résolution de conflits, celui dont le succès dépend le plus de la qualité des rapports entre les personnes qui y sont parties. C'est pourquoi un médiateur doit toujours avoir à l'esprit que « les personnes qui participent à une médiation, y inclut le médiateur lui-même, arrivent avec tout ce qu'elles sont: leur personnalité, leur vécu et leurs habitudes », a déclaré Me Johnpeter Weldon, lors d'un atelier consacré à l'approche relationnelle en médiation, offert par le Service de la formation permanente du Barreau du Québec.
Me Johnpeter Weldon |
La typologie
L'atelier visait deux objectifs : premièrement, il cherchait à initier les médiateurs à l'utilisation d'une typologie pratique à l'aide de laquelle ils pourraient identifier quatre styles personnels de communication: analytique, directif, aimable et expressif. Les traits de chacun varient selon que la personne est en situation de confiance ou de stress; deuxièmement, l'atelier visait à sensibiliser les médiateurs au fait que le conflit vécu par leurs clients peut déclencher chez eux des réactions qui peuvent avoir des impacts sur le déroulement de la médiation, jusqu'à parfois provoquer l'impasse. En prenant conscience de ses propres réactions, un médiateur peut conserver ou recouvrer la marge de manœuvre nécessaire pour permettre à ses clients de reprendre le processus.
En recourant à la typologie en question, un médiateur devrait être mieux en mesure d'identifier les traits de personnalité des individus impliqués dans une médiation, de prévoir comment ils interagiront entre eux, et de composer avec chacun des styles personnels de communication.
« Selon deux chercheurs américains, Merrill et Reid2, une population se divise en quatre catégories de style personnel de communication: les analytiques, les directifs, les aimables et les expressifs », expose Me Weldon. « D'après eux, 25 % de la population des États-Unis dans chacune des quatre catégories de style personnel, et cela indépendamment du sexe, de la race... ». Il est fort probable qu'il en soit de même au Canada.
« Cette typologie ne vise pas à départir les êtres humains selon leur être profond, mais selon leur être social, explique Me Weldon. Autrement dit, on analyse pas ici ce que sont profondément les gens, mais comment ils paraissent aux yeux des autres, et quels sentiments ils inspirent aux autres. »
L'analytique
Quand il peut profiter d'un climat de confiance, l'analytique serait, selon Merrill et Reid, quelqu'un de pensif, logique, sérieux, intense au travail, prudent, ordonné, qui se fie aux faits objectifs documentés et aux données statistiques pertinentes, qui est discipliné et d'une moralité impeccable. Par contre, quand il se trouve en situation de stress, l'analytique s'avère être: méfiant, pessimiste, inflexible, indécis, rigoriste, attaché aux détails insignifiants, humainement distant et vengeur.
Les gens au style analytique doivent être conscients que leur première réaction est d'éviter les conflits et de se retirer dès que se dessine une confrontation. « Dans les situations conflictuelles, dans lesquelles ils ne peuvent éviter d'être impliqués, leurs tentatives d'intervention se situent sur le plan de la seule rationalité, juge Me Weldon. Ils essayent de faire entendre raison aux personnes concernées. Leurs préoccupations minimales sont les sentiments personnels et l'émotivité. »
L'analyse systématique de toutes les données pertinentes au problème est l'étape privilégiée par ces personnes. Par contre, choisir la meilleure solution leur demande parfois beaucoup de temps.
« C'est difficile pour un analytique de faire des choix, constate Me Weldon. Ce sont des perfectionnistes. Ils veulent s'assurer que leur choix est le meilleur. »
Le directif
Quand il est en confiance, le directif se montrerait fonceur, énergique, efficace, pragmatique, efficace et persuasif. Il vise des résultats concrets et trouve rapidement des solutions. Cependant, en situation de stress, le direct se montre: autoritaire, impatient, insensible, intimidant, compulsif, solitaire, et incapable de reconnaître ses propres faiblesses.
« Les gens au style directif envisagent le conflit comme une lutte entre deux adversaires dont l'issue permet de déterminer un gagnant et un perdant, énonce Me Weldon. Cette attitude face au conflit les amène à tout mettre en œuvre pour sortir gagnant du conflit ou à proposer rapidement un compromis quand la possibilité de gagner leur paraît trop faible. »
Leur intervention dans un conflit entre deux personnes s'appuie sur leur autorité, se faisant ainsi les arbitres du conflit. L'analyse de la situation leur permet de décider qui a tort et qui a raison. Ces gens sont relativement à l'aise dans les conflits instrumentaux. « Leurs préoccupations minimales sont l'analyse et la réflexion théoriques : On ne s'occupe pas de cela, remarque Me Weldon. On fonce. On s'implique à outrance. »
Devant des problèmes connus et structurés, les directifs font preuve d'une efficacité remarquable. En revanche, ces gens abhorrent les problèmes flous, complexes et non structurés. Leur propension à plonger dans l'action les conduit parfois à régler de faux problèmes et à apporter des solutions inadéquates.
L'aimable
Quand il peut profiter d'un climat de confiance, l'aimable serait quelqu'un de chaleureux, amical, compréhensif et tolérant. Il valorise la relation à autrui et l'entraide. Par contre, quand il se trouve en situation de stress, l'aimable se révèle: insécure, hésitant, facilement égaré et envahi par les faits, négligent, laxiste, et émotif. Il joue alors la carte de l'impuissance et adopte un comportement de victime.
« Les gens au style aimable valorisent l'harmonie, note Me Weldon. Ils investissent beaucoup d'énergie à régler les conflits interpersonnels. Leur attitude face au conflit les conduit à analyser leurs propres réactions et à essayer de comprendre celles de l'autre. Dans les situations conflictuelles, ces individus adoptent spontanément un comportement d'écoute active et n'hésitent pas à faire des concessions ». Leur intervention dans un conflit entre deux ou plusieurs personnes permet l'expression des divergences et met l'accent sur la recherche d'une solution avantageuse pour les deux parties.
Les aimables définissent le problème en impliquant les personnes concernées, ce qui leur permet d'intégrer différents points de vue dans leur analyse. Ils accordent une place prépondérante aux facteurs personnels dans le choix des solutions. Mais leur hésitation devient manifeste quand arrive le moment de choisir une solution et de la mettre en œuvre malgré certaines divergences.
L'expressif
Quand il est en confiance, l'expressif se montrerait imaginatif, innovateur, à l'aise dans l'abstraction, extraverti, ouvert, enthousiaste, social, motivant, généreux, et bon communicateur. Il possède un esprit de synthèse et aime la variété. Toutefois, en situation de stress, le direct est: impulsif, théâtral, opportuniste, trop confiant, indiscipliné, impatient, irréfléchi, envahissant, accusateur et manipulateur.
Les gens au style expressif, en raison de leur versatilité, présentent diverses réactions au conflit. « Dans un conflit interpersonnel, leur réaction peut être, selon leur humeur, de gagner à tout prix, de laisser tomber ou de tenter une négociation gagnant-gagnant, souligne Me Weldon. Il en va de même dans les conflits où leur implication n'est qu'indirecte. Ayant décidé de s'engager dans la résolution d'un conflit entre deux ou plusieurs personnes, leur intervention vise à favoriser l'intégration de différents points de vue et leur créativité leur permet d'entrevoir des solutions originales ». Dans tous les cas, la personne au style expressif compte beaucoup sur ses habilités verbales et sa force de persuasion pour traiter un conflit. « Leurs préoccupations minimales sont la routine et la conformité », ajoute-t-il.
Les expressifs cherchent à se faire une représentation la plus complète possible de la situation. À tout moment, la question de ce qu'est le véritable problème se pose. Dans leur recherche d'éléments explicatifs, ils se fient à leurs intuitions et aux indices implicites. Leur capacité à trouver plusieurs solutions, même fantaisistes, est grande. Par contre, opter pour une solution, la mettre en œuvre et assurer un suivi leur semblent plus ardus.
Les réactions
aux autres styles
En plus de pouvoir identifier les traits de personnalité de chacun de ces styles de personnalité, il est important, pour un médiateur, de savoir comment chaque style réagit par rapport aux autres. Voici quelques-unes des réactions les plus prévisibles.
Devant une intervention de style analytique, le directif trouve le temps long et tente d'accélérer le processus, l'aimable essaie de comprendre la portée du message, et l'expressif risque de s'ennuyer. Face à une intervention de style directif, l'analytique s'inquiète du manque de précision, l'aimable essaie de minimiser ou de relativiser les propos formulés, l'expressif devient compétitif et tente d'attirer l'attention. Confronté à une intervention de style aimable, l'analytique cherche la logique du propos et ne comprend pas qu'on y mêle les sentiments, le directif attend une position claire sur le sujet et s'impatiente, et l'expressif s'amuse ou devient sarcastique. Devant une intervention de style expressif, l'analytique devient confus et demande des faits plutôt que des opinions, l'aimable est fasciné mais doute du sérieux de l'expressif, et le directif entre en compétition en se centrant sur la tâche et les facteurs de réalité.
« Les relations les plus difficiles sont celles qui interviennent entre les personnes aux styles suivants: Analytique-Expressif, Directif-Aimable et Directif-Expressif, expose Me Weldon. Les styles les plus compatibles sont: Directif-Analytique, Analytique-Aimable, Aimable-Expressif. »
Un médiateur ne peut pas changer sa personnalité pour la rendre conforme à tous les styles personnels auxquels il est confronté. Mais s'il est capable d'identifier les traits de personnalité propres à chacun, il pourra adapter son approche en conséquence. Ainsi, face à un analytique, un médiateur devrait procéder de façon systématique et patiente, présenter des faits documentés. Il devrait procéder rapidement et de manière factuelle face à un directif, en mettant l'accent sur les résultats, en proposant une action immédiate, et en laissant à l'autre une marge de manœuvre. Il devrait agir doucement avec un aimable, en lui offrant du support, en abordant des sujets personnels, et en lui demandant de prendre des initiatives. Enfin, il devrait procéder de façon enthousiaste face à un expressif, en tenant compte de ses intentions et en lui fournissant un cadre de discipline.
1 Me Weldon est accrédité comme médiateur familial, civil et commercial. En plus de son rôle de superviseur en médiation familiale, il a complété la formation d'animateur en vue d'enseigner le Séminaire de médiation familiale. Depuis cinq ans, il offre une approche relationnelle de la pratique du droit, axée sur le counselling, la négociation, la médiation et le litige. Il a écrit plusieurs articles sur le droit holistique, à l'interface du droit et de la psychologie.
2 Merrill, D.W. et Reid, R.H. (1982), Personal Styles and Effective Performance, Radnor, Pennsylvanie, Chilton. « Ce livre constitue la base théorique du présent atelier », indique Me Weldon.
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