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Entourés d'amis et d'admirateurs, le juriste Albert Mayrand a reçu de nombreux témoignages d'estime de la communauté juridique lors de la remise du titre d'Officier de l'Ordre du Canada par le juge en chef Antonio Lamer le 27 novembre dernier. Cette incartade à la coutume, laquelle veut que la remise de l'insigne d'officier de l'Ordre soit en février, aura permis à la faculté de droit de l'Université de Montréal de rendre les plus grands hommages à cet homme remarquable et d'y jumeler l'inauguration du cycle de conférences portant son nom: les Conférences Albert-Mayrand.
«Il est des êtres que l'on souhaiterait éternels: Albert Mayrand est de ceux-là», de dire l'honorable Claire L'Heureux-Dubé en hommage au juriste. |
L'honorable Claire L'Heureux-Dubé s'est prêtée avec grand plaisir au discours d'ouverture rendant hommage à «Albert Mayrand - L'homme et son oeuvre». Dès le départ, la juge de la Cour suprême s'est dite honorée d'inaugurer la toute première Conférence Albert-Mayrand et, par le fait même, de relever l'oeuvre d'un juriste remarquable qui a participé aux grands changements du droit et de la communauté juridique québécoise. «Albert Mayrand est l'incarnation vivante du plus haut niveau d'excellence dans toutes les facettes de la profession juridique», de dire la juge pour présenter son invité.
Reconnu pour manier la plume avec aisance et humour, Albert Mayrand a à son actif un nombre incroyable d'écrits dont Quelques aspects du droit de la province de Québec1, Études juridiques en l'hommage de M. le juge Bissonnette2, Mélanges offerts à René Savatier3, Lois nouvelles4. Il compte également plus d'une centaine d'articles, certains plus légers, d'autres plus sérieux: L'énigme des fautes simultanées5, en responsabilité civile qui inspira l'adoption de l'article 1480 du nouveau code, L'inconvénient d'avoir deux pieds6 qui traite de la confusion entre le pied français et le pied anglais au Code civil du Bas-Canada, À quand le trépas du «trépasser»7, L'amour au volant et la règle volenti non fit injuria8, Figaro et ses obligations de moyen ou de résultat9.
Outre les nombreux articles, Albert Mayrand a laissé sa marque avec des ouvrages tels les Successions ab intestat10 publié en 1971, le Dictionnaire des maximes latines11, L'invialabilité de la personne humaine12. S'ajoutent à ces écrits, tous les commentaires d'arrêts et recensions qui font preuve de son style et de son aisance à manier les concepts juridiques.
Un héritage familial
Ses qualités d'écrivain et son incomparable sens de la justice, qu'il a su faire fructifier, ont par ailleurs bénéficié d'un milieu familial propice à l'épanouissement. Son grand-père notaire a fait des études de droit à Paris et son père exerçait le métier de journaliste à La Presse, pour laquelle il a également occupé le poste de rédacteur en chef, tout comme à La Patrie par la suite.
Que ses talents relèvent, en partie, d'un héritage familial ou non, Albert Mayrand sait, avec humour, sans délaisser la rigueur de l'analyse, donner au texte juridique une saveur particulière qui marque le lecteur. Ainsi, dans son ouvrage L'inviolabilité de la personne humaine, il écrit, concernant la provocation comme moyen de défense en responsabilité civile: «Personne n'est tenue à plus de sang-froid que n'en a le bon père de famille; et qui donc pourrait se vanter d'être bon père de famille s'il n'avait un peu de sang chaud?».
À ce talent d'auteur se jumelle une carrière de juriste et de professeur remarquable. Diplômé en droit de l'Université de Montréal en 1934, il se lance dans la pratique du droit et établit son propre cabinet avec des amis sous le nom de Mayrand, Deslauriers, Trépanier. Ses débuts en droit criminel cèdent la place à une pratique en droit civil. En 1965, il est nommé juge à la Cour supérieure du Québec et en 1974 à la Cour d'appel où il y restera pendant douze ans. Concurremment à sa carrière en droit, il se consacre dès 1940 à l'enseignement. Il occupe alors des fonctions de chargé de cours à l'Université de Montréal et apporte sa contribution à la Revue du Barreau, laquelle vient de voir le jour, en écrivant des articles sur divers sujets de droit. Cette collaboration s'étalera sur une douzaine d'années pour ensuite déboucher sur des tâches de direction.
En 1948, il entame de plain-pied une carrière en enseignement, ce qui fait de lui l'un des premiers professeurs de carrière de la Faculté de droit de l'Université de Montréal. Comme pour tout ce qu'il entreprend, Albert Mayrand se distingue et obtient le titre de professeur émérite en 1969. D'ailleurs, Claire L'Heureux-Dubé soulignait à cet effet, devant un auditoire amusé par le récit de la vie professionnelle de cet homme, que son enseignement a porté fruit puisque parmi ses anciens élèves on retrouve notamment Robert Bourassa, Jean Beetz, Antonio Lamer et Michel Bastarache.
Outre sa carrière d'avocat, de professeur et de juge à la Cour supérieure, jumelée à la production de nombreux écrits, Albert Mayrand entreprend à la fin des années 1960 (jusqu'en 1974) la révision du Code civil du Bas-Canada. Il quittera l'Office de révision du Code civil et occupera à nouveau des fonctions de juge mais à la Cour d'appel où il participe à quelque six cent arrêts et «comme partout où il est passé, il accomplit à la Cour d'appel un travail remarquable. Lorsqu'il prend la plume - et quelle plume! - c'est, néanmoins, avec une parcimonie de mots qui démontre la sagesse et la sobriété intellectuelle du juriste», de dire la juge L'Heureux-Dubé. Il quitte la magistrature en 1986 et poursuit son oeuvre juridique en publiant à nouveau, notamment une série d'articles traitant du droit de la famille. De plus, il se joint au cabinet Leduc, Leblanc, où il exerce des fonctions d'avocat conseil et ce, jusqu'en mai 1997. Cette même année, il est nommé jurisconsulte à l'Assemblée nationale du Québec, chargé d'aviser les députés relativement aux questions de conflits d'intérêts.
1 Paris, Cujas, 1963.
2 Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 1963.
3 Paris, Dalloz, 1965.
4 Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 1970.
5 (1958) 18 R. du B.1.
6 (1958) 18 R. du B. 387.
7 (1961) 21 R. du B. 1.
8 (1961) 21 R. du B. 366.
9 (19640 24 R. du B. 277.
10 Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 1971.
11 Montréal, Guérin, 1972.
12 Montréal, Wilson & Lafleur, 1975.
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