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Me Pierre Fournier. |
Pour les accueillir et leur souhaiter la bienvenue, plusieurs invités d'honneur étaient fiers d'être au rendez-vous. L'honorable Lyse Lemieux, juge en chef de la Cour supérieure du Québec et l'honorable Huguette St-Louis, juge en chef de la Cour du Québec, toutes deux co-présidentes, ont prononcé une allocution pour souligner l'événement. Le bâtonnier du Barreau du Québec, Me Serge Francoeur, et le bâtonnier du Barreau de Montréal, Me Pierre Fournier, ont, eux aussi, réservé un accueil chaleureux aux nouveaux avocats qui prêtaient serment d'allégeance et d'office.
Une tribune d'honneur composée de juges, de bâtonniers, de représentants d'associations et de directeurs d'universités, était dressée et les occupants ont suivi attentivement le déroulement de cette soirée. La salle était fébrile où parents et amis assistaient à cette cérémonie qui marquait le jour I de l'admission au Barreau de ces avocats.
Madame le juge Lemieux a tenu à exprimer son point de vue sur l'avenir de la profession. Elle a souligné la période de remise en question et de changements que la profession traverse et le défi à relever pour faire face à de nouvelles réalités, celles du XXe siècle. «Le client de la fin du XXe siècle n'est plus celui que bon nombre d'entre nous avons connu. Il est beaucoup mieux formé, beaucoup plus éduqué et donc beaucoup plus critique. Au surplus, il dispose maintenant d'une masse d'informations qui, autrefois, n'étaient accessibles qu'au seul petit nombre de spécialistes en la matière. La donne n'est plus la même, les exigences non plus .» De plus, ajouta-t-elle, les lois et les règlements n'ont rien gagné en simplicité et en limpidité et l'industrie des services juridiques est devenue extrêmement compétitive. Or, estime-t-elle, "penser client, c'est penser en terme de solution globale, d'alternatives possibles, de rapport coût bénéfice...pour le client. (...) C'est donc beaucoup plus vers une médecine douce des conflits que l'avenir nous oriente. Participer aux changements, promouvoir le changement, voilà non pas ce que nous devrons faire mais bien ce que nous devons faire dès maintenant. Ce n'est plus une question de volonté mais bien de survie.»
Madame la juge St-Louis a aussi souligné le fait que la profession a bien changé et qu'ainsi bon nombre d'avocats n'auront jamais à fréquenter les palais de justice ou à se présenter devant le tribunal. «Aujourd'hui la profession d'avocat s'exerce dans de multiples autres champs d'activités. Il y aura bien sûr parmi vous des plaideurs et des plaideuses, et c'est à souhaiter surtout quand on est juge, mais il y aura aussi des négociateurs, des médiateurs, des chefs d'entreprises, des conseillères juridiques, des professeurs, des recherchistes, des rédactrices, des journalistes, des gestionnaires, des relationnistes et j'en passe. (...) Chaque champ de pratique traditionnelle ou pas mérite le respect et il n'y a pas de place pour une hiérarchie de classes au sein des membres du Barreau. L'exercice de la profession peut prendre des chemins multiples et même encore inexplorés mais la mission est unique et c'est la quête de la justice et la souvegarde des droits des citoyens et citoyennes. »
Effectivement, la pratique du droit a évolué et moins de 30 % des membres du Barreau exercent leur profession dans le secteur du litige, soulignait le bâtonnier du Barreau du Québec Me Serge Francoeur. Malgré l'existence de plusieurs défis que l'avocat doit relever en ces temps de rentabilité et de concurrence féroce, il en est un que Me Francoeur estime sérieux, soit la conciliation de la vie professionnelle avec la vie familiale. Outre la référence à cette réalité, Me Francoeur a profité de l'occasion pour présenter à nouveau son message quant aux moyens à prendre pour reconquérir le public. Il a indiqué que le bât blesse, entre autres, à cause des coûts trop élevés, de l'inefficacité du système de justice, des délais trop longs et des comportements ou attitudes de certains intervenants jugés inacceptables. Il a souligné que chaque avocat ne devrait jamais perdre de vue l'objectif ultime: l'atteinte d'un idéal de justice. Par ailleurs, il s'est voulu rassurant et a indiqué aux nouveaux avocats que le Barreau du Québec sera toujours disponible et prêt à leur venir en aide.
Avec un brin d'humour, le bâtonnier de Montréal, Me Pierre Fournier, a décrit ce qu'est la profession d'avocat en cette fin de siècle. Il a de plus invité les nouveaux venus à participer aux activités du Barreau et à faire valoir leur point de vue: «On dit que les absents ont toujours tort. C'est bien plus les silencieux dont on devrait le dire. Si vous ne participez pas à votre Barreau, si vous êtes contents de laisser d'autres en mener les destinées, vous abjurez à tout jamais le droit de vous plaindre des résultats. Ce qui est encore plus grave, c'est que vous privez le public, que vous avez pourtant mandat de défendre et de protéger, de votre intelligence et de vos connaissances.» Et Me Fournier a ajouté qu'il n'y a pas de recette miracle pour réussir, si ce n'est l'ardeur au travail, une bonne dose d'imagination, le sens de l'entreprise et le sens des responsabilités. Enfin, il s'est dit heureux de voir ces jeunes, remplis de promesses, bourrés de talent, débordants d'enthousiasme se joindre à la confrérie et a rappelé que «la profession va bien et que ce que nous faisons aujourd'hui ne sera pas détruit par manque de soins demain.»
Du côté des nouvelles recrues, l'enthousiasme régnait aussi. Pour Eve-Marie Gravel qui a fait son stage au bureau de Granpré, Godin, essentiellemnt en litige civil et commercial, cette soirée représente l'atteinte du fil d'arrivée. Elle s'estime très heureuse de faire partie de la confrérie. «C'est le couronnement de plusieurs années d'études et d'une année passée au Barreau qui n'a pas toujours été facile, mais on s'en sort en un seul morceau.» Me Gravel reprendra le collier après un court repos bien mérité. Avis aux intéressés par cette jeune avocate débordante d'énergie. Quant à Hugo Martin, qui a fait ses études à l'Université d'Ottawa et son Barreau à la section d'Ottawa, il se dit chanceux d'avoir réussi toutes les étapes du Barreau et ce, sans aucune reprise, souligne-t-il. Cela l'a amené à faire son stage, qu'il a d'ailleurs très apprécié, au bureau Mondor, Fournier. Pour Me Martin, des projets sont à l'horizon.
Pour d'autres avocats fraîchement reçus, l'année passée au Barreau n'a pas été une expérience des plus réjouissante. Ils ont tout de même réussi cette étape, déniché un stage et même, pour certains, trouvé un emploi. Vêtus de la toge pour l'occasion, certains ont manifesté l'idée que la plaidoirie ne les attirait pas et qu'ils espéraient que le port de la toge ne s'étende pas au-delà de cette occasion.
Le président de l'AJBM, Me Nicolas Plourde, au nom de l'Association du Jeune Barreau de Montréal, a félicité ces nouveaux avocats et les a encouragés à changer la façon traditionnelle de concevoir le statut d'avocat et le rôle social rattaché à ce statut.
Alors, à tous, félicitations.
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