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Hommage à Brian Dickson

Viateur Bergeron*

Le très honorable Brian Dickson, juge en chef du Canada de 1984 à 1990, est décédé le 17 octobre 1998. J'offre à madame Barbara Dickson et à sa famille mes plus sincères condoléances et l'assurance d'un souvenir ému et respectueux de ce grand canadien qui a vaillamment servi ses concitoyens et travailler à la protection de leurs intérêts les plus importants.

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Son écoute attentive, sa délicatesse et son sens de la justice rendaient les plaideurs confiants que justice serait rendue. Ce sentiment demeurait même si la décision n'était pas celle espérée. Ses motifs soigneusement exposés emportaient la conviction du lecteur que la décision était juste et avait été rendue sans préjugé et sans partialité. Nous pouvions sentir tout au long de la lecture de ses jugements un souci constant de rendre à chacun ce qui lui revenait. Il avait affirmé un jour que la règle du tout ou rien ne devrait plus s'appliquer. En somme, la Justice exige une mesure plus précise et plus raffinée. À une autre occasion, il avait écrit que le droit d'appel ne permet pas à une personne d'obtenir justice si l'instance inférieure lui a refusé le droit d'être entendue. Ce principe d'équité et cet élément essentiel de la justice naturelle doivent exister aussi bien dans les décisions administratives que judiciaires ou quasi-judiciaires. Cette règle d'or revêt encore plus d'importance lorsque la vie professionnelle, la carrière ou la réputation d'une personne est en jeu. Monsieur le juge Dickson l'avait bien compris et on pouvait percevoir chez lui ce souci constant d'accorder à chacun et chacune son droit d'être entendu et jugé en respectant les règles démocratiques de la justice.

Il avait sans doute remarqué que la statue de la Justice à l'entrée de la Cour suprême du Canada n'a pas de bandeau sur les yeux. En conséquence, la Justice ne doit pas être aveugle. La Cour suprême et les autres instances judiciaires doivent mesurer les conséquences de leurs décisions, la façon de les motiver et de les communiquer aux parties et au public. Monsieur le juge Dickson a toujours été fidèle au droit et a interprété la loi à la lumière du bon sens et de l'équité. En un mot, il s'assurait que la justice appliquée aux parties était raisonnable. On sentait également qu'il tenait compte des conséquences à prévoir pour des personnes qui seraient placées dans des situations semblables. Il voulait qu'elles soient éclairées sur la conduite à suivre dans leurs relations juridiques, compte tenu de la décision qu'il venait de rendre et relative à des parties bien déterminées. En réalité, monsieur le juge Dickson avait une vision remarquable des conséquences qu'entraîneraient les règles qu'il venait de rappeler ou de nous faire découvrir.

Une vie intense

Cavalier intrépide, il partait avec madame Dickson pour des excursions d'équitation dans les montagnes Rocheuses et tous deux ne craignaient ni les falaises ni les ravins qui bordaient leur chemin. C'était leur façon toute personnelle de nous démontrer sans forfanterie une force physique et morale précieuse, peu ordinaire et un amour conjugal fécond leur permettant de vivre ensemble les bons moments comme les plus difficiles.

Un leader social hors pair

Le très honorable Brian Dikson a porté un titre qu'il méritait. C'est avec beaucoup de respect, d'amitié et d'admiration que je termine cet hommage. Je souhaite aux Canadiens et aux Canadiennes des juges à sa ressemblance, habités par le même sens profond de leur rôle dans notre société démocratique. Monsieur le juge Dickson a été un modèle de grande valeur, un leader social remarquable comme le Canada en a toujours besoin. La population compte sur des personnes de cette qualité pour les éclairer et les guider dans les sentiers parfois sinueux de la vie en société. Monsieur Dickson demeurera, dans notre mémoire, comme un phare toujours allumé nous invitant à suivre une route de service communautaire ressemblant à celle qu'il a suivie toute sa vie.

* Viateur Bergeron a été bâtonnier de Hull et bâtonnier du Québec

 

 
 

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