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Sondage auprès des maîtres de stage et des finissants de l'École du Barreau

La connaissance au détriment de la pratique

Lucie Desjardins, avocate


L'École du Barreau a apporté des modifications importantes à son programme de cours en 1995. Aujourd'hui, trois ans plus tard, elle a voulu jauger les effets de ce programme sur les nouveaux avocats et les maîtres de stage. Deux questionnaires ont donc été réalisés : un premier adressé à l'ensemble des 380 maîtres de stage ayant reçu des stagiaires issus de l'ancien et du nouveau programme mis en place; un second a été envoyé à un échantillon aléatoire de 200 finissants, représentant près de 20 % des deux cohortes ayant suivi le programme.

M<sup>e</sup> Louis Lapointe
Me Louis Lapointe

Le but de cette recherche, précise Me Louis Lapointe, directeur de l'École du Barreau du Québec, était de connaître le niveau de compétence des stagiaires, tel que perçu par eux-mêmes mais aussi par les maîtres de stage et ce, au regard de différents éléments enseignés à l'École du Barreau. Reconnaissant que plusieurs facteurs intervenaient dans le développement des futurs avocats et qu'il était difficile de quantifier la part réelle de l'amélioration des compétences des stagiaires résultant des seuls changements apportés au programme de cours, Me Lapointe précise toutefois que ce sondage aura permis de mesurer des perceptions. « Ce sondage révèle ce que l'on avait soupçonné, c'est-à-dire que l'aspect connaissance est plus fort que l'aspect pratique ».

Le retour à l'enseignement du droit substantiel y est pour quelque chose. D'ailleurs les maîtres de stage apprécient ce retour à l'enseignement du droit et affirment que les compétences des nouveaux stagiaires leur semblent à la hausse. Par contre, tant les finissants que les maîtres des stage, estiment que « les habiletés devraient être davantage développées ». Le développement des habiletés est, par exemple, jugé insuffisant ou nettement insuffisant par 45 % des finissants répondants, indique le sondage.

Me Lapointe ne s'en étonne pas. Les étudiants se sont effectivement désintéressés des habiletés pour miser davantage sur le droit. « D'une certaine façon, dit-il, il s'agit là d'un gain puisqu'auparavant les étudiants étaient plus faibles en droit. Notre objectif de renforcer la connaissance du droit est donc réalisé. Par ailleurs, on en ressent aussi l'effet pervers : les habiletés ont été désinvesties. Il y a nécessité de renforcer les habiletés et cela demande une réflexion quant aux moyens à employer, aux stratégies de valorisation ou au discours de sensibilisation à développer. »

Prêt, pas prêt...

Cela dit, les étudiants (à 84 %) se disent tout de même prêts, au sortir de l'École du Barreau, à entreprendre leur stage et considèrent que l'aspect pratique enseigné à
l'École aura a été le plus utile À la fin du stage, ils se disent tout aussi prêts à entrer dans la profession mais dans une moindre proportion (69 %).
« Cette situation peut paraître étonnante, de dire Louis Lapointe, mais sans doute qu'après une formation académique de quatre ans, les étudiants se sentent prêts à plonger, ils ont hâte d'être dans la pratique. Toutefois, dans le bain de la réalité, ils se rendent compte qu'ils ont encore beaucoup à apprendre... »

Selon les finissants, c'est au plan du droit civil qu'ils se sentent le plus compétents. Au deuxième rang viennent l'éthique professionnelle et la déontologie, puis la rédaction, la recherche, la consultation, la preuve civile, la procédure civile, le droit des affaires, le droit public et administratif, le droit pénal, la représentation, la négociation et, en tout dernier lieu, la tenue d'un cabinet d'avocat.

Les maîtres de stage ont toutefois une perception un peu différente et considèrent que c'est au plan de la recherche que les stagiaires débutants ont le niveau de compétence le plus élevé. Ils placent le secteur preuve civile au deuxième rang alors que les finissants le place au sixième rang. Au troisième rang, les maîtres de stage désignent l'éthique professionnelle et la déontologie, puis le droit civil (contrairement aux finissants qui le placent au premier rang). S'ensuivent la rédaction, la procédure civile, la consultation, le droit public et administratif, la représentation, la négociation, le droit pénal, le droit des affaires et, en tout dernier, pour les deux groupes d'ailleurs, la tenue d'un cabinet d'avocat.

Au chapitre des améliorations, les maîtres de stage indiquent qu'au premier rang des aspects à améliorer se trouve la rédaction. Viennent ensuite le droit substantiel, la recherche, la tenue d'une étude, le marketing, le volet des habiletés en général, la représentation et enfin, le lien entre la théorie et la pratique.

Par ailleurs, les maîtres de stage perçoivent une minime différence entre la compétence des stagiaires issus de l'ancien programme et du nouveau programme. En fait, avec moins d'un point sur une échelle de 5, les répondants ont souligné la difficulté de faire une telle comparaison. Certains disent ne pas avoir supervisé suffisamment de stagiaires alors que d'autres estiment que leurs stagiaires n'étaient pas représentatifs de l'ensemble ou que le niveau de compétence de leurs stagiaires était davantage lié à des caractéristiques personnelles.

En général, les étudiants se disent satisfaits des apprentissages réalisés à l'École et prêts à entreprendre leur stage; ils considèrent toutefois que leurs habiletés devraient davantage être développées. D'ailleurs, finissants et maîtres de stage s'entendent : la majorité des suggestions qu'ils ont faits touche le côté pratique de la formation. Un aspect que le directeur de l'École du Barreau prend en considération, le programme étant une entité vivante, en constante évolution.

« Nous croyons que les perceptions recueillies selon différents points de vue constituent des pistes à suivre fort pertinentes pour qui travaille à l'évolution constante de la formation professionnelle des futurs avocats. Car si elle ne peut influer sur certaines variables, l'École du Barreau contrôle toutefois le contenu de son programme. Ce qui permet, de dire Me Lapointe, de remplir sa mission, de viser l'excellence de la profession et ainsi, de concourir à la protection du public. »

Caractéristiques des répondants

Un questionnaire a été adressé à l'ensemble des 380 maîtres de stage ayant reçu des stagiaires issus de l'ancien et du nouveau programme. De ce nombre, 96 ont répondu au questionnaire (25 %). Parmi eux, 68 % pratiquent dans un cabinet privé : 47 % dans un cabinet de dix avocats ou moins et 21 % dans un plus grand cabinet. De ces répondants, 40 % proviennent de Montréal et 30 % de Québec.

Chez les finissants, 103 des 200 questionnaires envoyés dans les six universités et les quatre centres de l'École du Barreau ont été retournés (52 %). La majorité d'entre eux
(74 %) ont réalisé leur stage dans un cabinet privé et 84 % travaillent actuellement dans le domaine du droit. La moitié des répondants se situent dans la catégorie des 20-24 ans; 86 % ont moins de 30 ans.

 

 

 
 

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