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Le Journal du Barreau publiait le 15 février 1998 une opinion de Ian Demers qui avait pour titre: «La formation à l'École du Barreau...» à laquelle je ne peux m'empêcher de répondre.
Je ne peux partager l'avis de Monsieur Demers lorsqu'il écrit: «À l'École du Barreau on a oublié depuis longtemps que la base de toute école, c'est enseigner.» Si certains étudiants ont attendu ce moment capital de leur existence (qui est l'année à l'École du Barreau) pour apprendre des règles de droit élémentaires enseignées durant les années universitaires, c'est qu'ils ont probablement oublié que la mission de l'École du Barreau, c'est de former de futurs avocats, et non pas de réitérer ce que les universités ont pour mission d'enseigner.
M. Demers s'en prend non seulement à la méthode générale d'enseignement mais aussi à celle de l'évaluation qui prévaut à l'École du Barreau, se lamentant du fait que l'étudiant doit passer et réussir six examens pour voir son succès couronné.
À mon humble avis, la méthode d'enseignement est plus que satisfaisante mais nécessite un degré d'apport élevé de la part de l'étudiant sans parler des innombrables heures de travail consacrées à la lecture. Mais, soyons honnêtes et avouons une fois pour toute, que la majorité des étudiants arrive à l'École du Barreau mal préparée à l'affronter: j'ai côtoyé des étudiants qui ignoraient encore jusqu'avant leur arrivée miraculeuse l'existence de la Loi sur la faillite et étaient incapables de faire la distinction entre une priorité et une hypothèque, méconnaissaient la présence même du patrimoine familial et des règles de partage.
Quant à la méthode d'évaluation, il est grand temps que quelqu'un, quelque part un jour, décide d'effectuer un filtrage dans cette masse qui se dit prête à affronter la profession d'avocat et c'est à raison que l'École du Barreau le fait par le biais de ces examens.
M. Demers préconise les travaux en équipe et souhaite en faire une méthode d'évaluation pratiquée à l'École du Barreau. Avec tout le respect que je vous dois, Monsieur, je m'objecte vivement à cette idée. J'ai passé trois ans de ma vie dans une université où les fameux travaux d'équipe étaient la règle. Combien d'étudiants ont réussi à passer leurs cours grâce aux efforts déployés par les membres de l'équipe dans un mémorable travail soit disant d'équipe? Combien de coéquipiers ne se parlaient plus et se fuyaient comme la peste une fois le travail déposé? Cela vous rappelle-t-il une mésaventure quelconque, Monsieur?
J'ai obtenu mon baccalauréat en droit comme tout le monde ou presque. Mais c'est une fois arivée à l'École du Barreau que j'ai réalisé que je ne savais pas grand-chose. Ce que j'ai appris à l'université? Rédiger des opinions juridiques de cinq mille mots (en équipe s'il vous plaît), ce que dans la vraie vie je ne fais jamais. J'ai aussi appris que le droit social, est bien important, que l'Histoire du Québec et du Canada est vital pour un avocat, que je pouvais obtenir un baccalauréat en droit sans avoir pris un seul petit cours sur les compagnies, que si je ne connaissais pas mes moyens de preuve, (mon professeur a été absent pour cause de maladie au courant de toute la session universitaire), la vie me le montrera un jour et j'en passe. Cependant, j'ai découvert l'argumentation. Dire n'importe quoi mais argumenter. L'autre jour, j'ai été plaidé à la Cour d'appel. J'ai perdu. J'avais pourtant argumenté, n'importe quoi ou à peu près, ça n'a pas marché!!!
M. Demers voudrait une méthode d'évaluation qui donnerait à l'étudiant tout le temps qu'il lui faut pour rendre sa prestation sans pression inutile. Je ne peux m'empêcher de sourire. Je ne sais pas si Monsieur pratique la profession d'avocat, le texte ne le dit pas. Dans la vraie vie d'un avocat, Monsieur, la pression est omniprésente, les délais à respecter sont souvent de rigueur et le temps qui vous est alloué pour votre plaidoirie est limité. La cour ne vous entendra pas toute la journée parce que vous, la pression ce n'est pas votre point fort; autrement dit, on ne vous ménagera pas et c'est tant mieux, parce que la pression finira pas vous motiver un jour, je l'espère pour vous.
Quant à la fameuse équipe, c'est à vous personnellement que le client s'adresse parce qu'il est certain que vous êtes le défenseur idéal, résolu et responsable. Votre équipe, aussi honorable qu'elle puisse être, ne capte pas son intérêt. Il ne vient pas vous consulter pour aller à la Cour suprême débattre de la question de la souveraineté, il vient parce qu'il a un problème avec sa compagnie d'assurance qui refuse de l'indemniser ou bien avec son locateur qui veut l'évincer ou encore avec son débiteur qui ne veut pas le payer. Je me demande où l'équipe va trouver sa place ici, à moins que que vous ayez besoin qu'on vous prenne par la main pour démêler pour vous les faits rapportés et qu'on vous montre que le Code civil du Québec s'ouvre de droite à gauche. J'exagère, je le sais, mais vous exagérer aussi, Monsieur, avec vos suggestions.
Le problème est simple, tellement simple que je ne vois pas où est le problème. Arrivé à l'École du Barreau en ayant complété les cours élémentaires en droit, vous aurez l'occasion de prendre un jour des cours spécialisés pour parfaire vos connaissances juridiques et par le fait même vos difficultés seront amoindries. Oubliez les travaux en équipe et la vie plus ou moins facile. À l'École du Barreau, ce sont des examens d'une durée de quatre heures, faites-vous à cette idée une fois pour toute, vous économiserez ainsi vos énergies. J'ai passé ces examens, j'en ai loupé un que j'ai repris. Mes connaissances avaient besoin d'être parfaites, ce qui n'était pas le cas; les miracles n'existant plus, cela n'aide pas.
Dans la vraie vie d'un avocat, le client posera des questions similaires aux questions posées durant les examens et il exigera une réponse courte, claire, nette et précise. Mais ici, il n'ya pas de notes qui se donnent, mais une réputation qui se forge, qui se gagne et qui se mérite.
Pour terminer mon discours aussi simple que simpliste, si certains se trouvent mal à l'aise dans notre milieu, incapable de respecter des délais et des échéances, parce qu'ils sont confrontés seuls, quotidiennement, dans cet enfer et qu'ils doivent y faire face, il vaudrait mieux changer de carrière ou d'orientation, parce qu'ici, on ne badine pas, on travaille et de surcroît on contingente!!!
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