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Le juge volant du Grand Nord, c'est ainsi que les Cris et les Inuit des baies James et d'Ungava qualifiaient Jean-Charles Coutu qui vient de prendre sa retraite après avoir siégé plus de vingt-trois ans durant comme juge de la Cour du Québec au royaume de l'Abitibi-Témiscamingue.
Le juge volant du Grand Nord, Jean-Charles Coutu. |
Professeur à la faculté de droit d'Ottawa à 24 ans, maire de Rouyn à 33 ans, Jean-Charles Coutu devient juge en 1974 à l'âge de 38 ans. Il fera alors 215 voyages dans le Grand Nord, atterrissant dans des îlots de boue ou sur la banquise pour entendre dans des villages d'Amérindiens et d'Inuit des causes de chasse et de pêche et d'autres de viol et de meurtre. Il siégeait dans des villages regroupant parfois trois cents, parfois mille personnes et même deux mille personnes comme à Puvurgnituk, qui s'appelait jadis Povungnituk et qui changea son nom un soir au bon plaisir du maire, semblerait-il.
Serge Savard et Gilles Carle en reviennent
Dans ces villages, on y enseigne aux enfants la langue vernaculaire, la langue crie ou la langue inuktitut. Après les trois premières années d'école, on offre aux élèves d'apprendre une langue seconde. Jadis, seulement 10 % optaient pour le français, maintenant, précise Jean-Charles Coutu, lors d'un récent entretien, dans certains villages, ça va jusqu'à 70 % qui optent pour la langue de Serge Savard. Il dira deux mots d'un livre écrit sur la pléiade de joueurs de hockey originaires de l'Abitibi comme Rogatien Vachon, Laperrière et le père et le fils, Réjean Houle, Pierre Turgeon, Dave Keon. Cette féconde moisson serait attribuable, ajoutera le ci-devant juge Coutu, à l'existence de quatre patinoires couvertes à Rouyn-Noranda et L'Éveil pour la population de quarante mille personnes. Il mentionnera, lui qui est président du Festival international du cinéma en Abitibi-Témiscamingue, que la région a produit d'autres personnages animés que des attaquants et des défenseurs, comme Gilles Carle et André Melançon.
Quand il était au collège classique dirigé par les pères oblats à Rouyn, Jean-Charles Coutu était médusé par la langue parlée par deux prêtres enseignants originaires de Belgique. Il se souvient que plusieurs élèves tournaient au ridicule les mots et la langue de ces deux professeurs alors que lui buvait chacune de leurs syllabes. Il garde aussi un souvenir scintillant d'un professeur venu depuis l'Institut catholique de Paris, enseigner à la faculté de droit d'Ottawa, Me Pierre Azar, dont la langue était polie et châtiée et plaisante à ouir.
Il ne vole point au secours du jargon
Le juge volant, qui fut avant qu'il ne volât président de la Société Saint-Jean-Baptiste et qui mena aussi une campagne pour la francisation de l'affichage commercial et contre les auto body shop, en a contre ceux qui combattent l'élitisme et se satisfont de la médiocrité en général et d'un jargon incompréhensible notamment. Que ce soit pour le mécanicien de sa voiture, pour le peintre qui rafraîchit sa cuisine, il veut le meilleur. Ainsi doit-il en être quant à la langue parlée, précise-t-il, il ne faut pas accepter un jargon, mais une langue juste, une langue soignée.
Quant à l'accent dans le parler des gens du pays de l'Abitibi, Jean-Charles Coutu estime qu'il n'y en a point contrairement aux personnes de la Gaspésie ou du Saguenay-Lac-Saint-Jean ou de Montréal. L'ouverture des villes minières en Abitibi, c'est récent, mentionne celui qui en 1976 était président des fêtes du cinquantenaire de Rouyn-Noranda. Comme président, il pourrait être reconduit dans ses fonctions au millénaire prochain quand Rouyn-Noranda aura 75 ans en l'an 2001. Il rêve, après avoir repris ses cours de chant récemment, de monter un spectacle fait de chants et de théâtre projetant l'histoire de l'Abitibi-Témiscamingue comme «l'Histoire du Royaume» créée par les gens du Saguenay/Lac-Saint-Jean. Il mentionnera qu'on a pas eu le temps de développer un accent dans la langue de ces gens montés dans ce pays de l'Abitibi plutôt récemment et venus des quatre coins d'autres pays.
Dans cet arrière pays, il y aurait moins d'analphabètes qu'à Montréal. Ce serait à la bibliothèque de Rouyn-Noranda qu'il y aurait le plus de livres empruntés au Québec par personne, illustrant que ce n'est point uniquement sur les glaces professionnelles ou olympiques que les Abitibiens font dans l'or ou l'argent.
Les mots les plus importants pour un juge
Quand on lui demande les mots les plus importants pour un juge, il hésite, se tait puis ajoute que c'est avec son langage corporel, avec ses attitudes que d'abord le juge parle à l'audience. C'est avec les mots de son parler corporel que le juge dit aux avocats, aux témoins, aux parties, aux accusés que c'est important pour lui, le juge, d'entendre ce que chacun tient à lui dire. C'est par ses gestes et par sa figure et par son corps que le juge dit des mots qui parlent aux personnes présentes à l'audience. «Il faut éviter, ajoute-t-il, d'être hargneux, et de manquer de respect car autrement l'autre personne va se rebeller. Puis à la fin du procès, en choisissant bien ses épithètes, il faut faire comprendre par des mots parlés que la société, si on est en droit criminel, a le droit de se défendre et qu'elle ne peut accepter telle attitude, tel comportement.»
Il regrette que la syntaxe en français soit mal aimée. Il estime que «que» est devenu omniprésent dans la bouche des artistes, des lecteurs de nouvelles et des juristes. On a perdu le don d'user du dont. C'est ainsi qu'on dira: «la femme que je vous ai parlé; ça que je parle dans mon livre». Le seul dont dont plusieurs vont parler a nom Don Cherry, ancien entraîneur des Bruins de Boston et commentateur sportif à C.B.C.
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