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Et il s'en passe effectivement. Il n'y a guère plus de 3 % des membres du Barreau de Montréal qui, par leur dévouement sans cesse renouvelé, s'occupent de leur barreau. Comme ces membres sont ceux auxquels j'ai eu le privilège de m'adresser assez souvent cette année, je profite de cette dernière occasion pour tenter de rejoindre les autres. Si vous ne lisez pas ce journal, et que vous ne participez jamais aux activités du Barreau, je n'y peux rien de plus.
L'image de l'avocat
La protection du public, c'est le rôle principal du Barreau. Mais n'est-ce pas exactement ce que vous faites, tous les jours, dans votre pratique? Reconnaissez que les idées préconçues qui circulent dans la société au sujet des avocats ne sont pas faites pour vous aider. Tous les sondages qui ont été faits à la demande du Barreau du Québec ou de l'Association du Barreau canadien sont au même effet: l'avocat est d'autant plus mal perçu qu'il est méconnu. Le taux de satisfaction et de reconnaissance pour le travail accompli est beaucoup plus élevé chez ceux qui ont fait affaire avec un avocat que chez les autres. C'est donc dire que nous sommes méconnus.
Me Pierre A. Fournier |
Cette méconnaissance rend notre tâche de praticiens du droit et d'auxiliaires de la justice beaucoup plus difficile. Le justiciable qui redoute l'avocat, voire son avocat, du moins au début, demande beaucoup plus d'efforts pour l'amener à agir de façon à se protéger lui-même. La protection du public, c'est aussi faire connaître au public qui nous sommes, ce qui nous motive, et pourquoi il n'est pas nécessairement difficile ni préjudiciable de faire affaire avec un avocat.
C'est un défi que le Barreau de Montréal relève à chaque année que de tenter d'améliorer l'image de tous les avocats. Il le fait sans vous, presque malgré vous. Peut-être ne le fait-il pas à votre goût; peut-être trouvez-vous qu'il manque d'imagination, qu'il ne comprend pas votre clientèle; peut-être êtes-vous, au contraire, parfaitement satisfait de ce qu'il fait en votre nom. Mais vous ne nous le dites pas.
Les travaux pratiques
Le Barreau de Montréal s'occupe aussi de tenter d'aplanir les relations entre les membres du Barreau et les tribunaux qui ont pignon sur une des rues de notre section ainsi qu'avec les services administratifs qui les supportent. Cela aussi c'est de la protection du public: c'est lui qui, en fin de compte, paie la note, et cette note n'a pas besoin de s'alourdir de difficultés inutiles. Les vues de 3 % des membres sont assez bien représentées: pour ce qui est de vos vues, elles ne le sont pas: vous ne nous les communiquez pas.
Le Barreau de Montréal entretient l'une des plus belles et des plus modernes bibliothèques de droit civil en Amérique du Nord, et même au monde. C'est aussi lui qui accueille, en votre nom, les nouveaux membres de notre profession. Il prend à l'occasion des positions publiques, toujours en votre nom: par exemple, cette année, il a intenté un recours pour faire déclarer nulles certaines dispositions de la Loi sur la justice administrative. L'an dernier, il a refusé de se joindre au mouvement de grève décrété dans les autres sections. Il faut croire que vous êtes tous d'accord avec les positions qu'il prend. Sinon, n'espérez pas que ça change, car vous refusez de nous divulguer vos vues.
Une assemblée annuelle
Suis-je amer? Pas le moindrement du monde. Car il y a les 3 %: ceux qui organisent la Semaine du Barreau de Montréal, le Colloque avec le Barreau de Bruxelles, la Rentrée des tribunaux; ceux qui participent aux divers comités du Barreau, que ce soit celui de Montréal ou du Québec; ceux qui préparent les célébrations entourant notre 150e anniversaire; ceux qui tentent de communiquer avec vous. Ceux-là font en sorte qu'il est stimulant et intéressant d'être bâtonnier: en fait, c'est sans doute l'expérience la plus extraordinaire que j'ai eue en trente ans de pratique. Mais que j'aurais aimé vous voir lors de la tournée du bâtonnier!
Il nous reste une chance: l'assemblée annuelle: c'est votre assemblée. Sauf quelques détails nécessaires, que la loi nous impose de traiter, vous en êtes les maîtres souverains . Vous pouvez, une fois cette année, faire connaître vos vues dans un forum qui est le vôtre, parmi des confrères et des consœurs qui sont aussi vos confrères et vos consœurs.
Mais, même si vous n'y venez pas, le Barreau va continuer. Il va continuer de faire un excellent travail, pour la protection du public, et en votre nom. Alors, tant pis pour les absents; tant pis pour ceux qui ne peuvent pas prendre une heure, en fin de journée, le 29 avril prochain, pour venir à leur assemblée annuelle.
* Pierre A. Fournier est bâtonnier de la section de Montréal.
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