ATTENTION : Les archives du Journal du Barreau vous sont présentées telles qu'elles ont été déposées sur le Web au moment de leur publication. Il est donc possible que certains liens soient non fonctionnels et que certains renseignements soient périmés.

Pour toute question ou commentaire concernant le Journal, communiquez avec journaldubarreau@barreau.qc.ca

Visitez la page officielle du Journal du Barreau sur le site Web du Barreau du Québec.

 

L'affaire Vice-Versa et le droit à l'information

C'était important d'aller jusqu'au bout

Guy Lemieux
« Je ne comprends toujours pas ce qui m'est arrivé ». Plus de six mois après le jugement de la Cour suprême et après avoir utilisé tous les recours possibles, le photographe Gilbert Duclos demeure secoué par la saga judiciaire de 10 ans dans laquelle il a été impliqué pour faire valoir la pri-mauté du droit du public à l'information sur le droit à la vie privée.

M. Duclos était loin de se douter qu'une photo prise, en toute apparence inoffensive, provoquerait, dix ans plus tard, un débat de société.

« C'était important, pour moi et pour les médias, d'aller jusqu'au bout. On tente aujourd'hui de plus en plus à restreindre ce droit de libre expression et c'est pour cette raison que j'ai poursuivi jusqu'à la Cour suprême. Le jugement remet en question la photographie documentaire, la photographie de rue, qui exprime à un moment précis un reflet de la société », devait confier M. Duclos à l'auditoire de l'ALAI.

Pour le photographe, il est clair que les juges de la majorité n'ont pas compris ce qui se passait. « Ils ne savent pas c'est quoi une photo de rue et ils ont surestimé l'impact du magazine Vice-Versa [Cour du Québec]. La seule question que les juges auraient dû se poser est la suivante: Est-ce que la photo porte préjudice à la personne photographiée? Pour moi, il est clair que non. »

La portée du jugement

Il est encore tôt pour évaluer toute la portée du jugement, mais le fait qu'il faille, en certaines occasions, obtenir l'autorisation écrite des personnes photographiées devient complètement surréaliste, estime M. Duclos.

« Vous imaginez, on prend des centaines photos pour n'en choisir que quelques-unes. Ça devient impossible de demander l'autorisation écrite à tout le monde. De plus, qui va signer à un inconnu son autorisation écrite, sans réellement savoir qui est cette personne? La photo de rue, c'est un événement à caractère social, c'est le reflet d'une certaine réalité. Et de plus, en demandant l'autorisation on enlève toute la spontanéité », d'émettre M. Duclos.

Cela dit, l'artiste photographe ajoute qu'il est parfaitement d'accord au respect des lieux privés. « C'est une chose que j'ai toujours respectée, autant que le fait de ne pas discriminer une personne comme, par exemple, prendre en photo des personnes obèses, sans leur consentement, dans un dossier qui traiterait d'obésité. »

Ironiquement, M. Duclos rappelle que l'exposition sur l'histoire de Montréal présentement à l'affiche au Musée McCord, pourrait être, dans l'esprit du jugement, l'objet de quelques poursuites.

L'aspect positif, selon M. Duclos, c'est le faible montant (2 000 $) rattaché aux dommages-intérêts, ce qui ne justifiera pas des poursuites incessantes. « Qui va s'engager dans une poursuite judiciaire pour une poignée de dollars? », demande le photographe.

Ainsi donc, malgré le jugement en sa défaveur, M. Duclos (et ses collègues) ont convenu de ne pas en tenir compte et de continuer à travailler de la même façon...

 

 
 

Retour au haut de la page

© Barreau du Québec 1996-2012