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Au temps des maîtresses d'école et des péchés de notre enfance, on nous expliquait comment s'y prendre pour faire un péché mortel. Il fallait certaines qualités précises. D'abord, une matière grave, puis un plein consentement de la volonté et finalement une réflexion suffisante. Madame Amanda Papineau, notre institutrice, ajoutait que parfois des circonstances particulières pouvaient changer la nature de la situation. On pouvait alors regresser de faute mortelle à faute vénielle ou l'inverse se hausser d'un péché véniel à un péché mortel. Madame Amanda nous citait l'exemple des culottes du petit frère. Un garçon qui s'accuserait d'avoir commis un gros, gros péché car il aurait jeté en bas du grenier les culottes de son frérot ne serait point cru ni sanctionné comme auteur d'un péché mortel. Sauf s'il ajoutait une circonstance changeant la nature de la chute des culottes du frérot qui les aurait occupé lors de leur chute.
Ainsi en va-t-il de la langue parfois et de ses mots. Des circonstances telles une prononciation différente, un accent, vont changer la nature d'un même mot. Dans l'exemple cité en titre, c'est évidemment le même mot qui d'abord verbe puis nom s'écrit de la même manière, mais avec une prononciation différente va signifier des réalités fort diverses. Si on écrit que les poules du couvent couvent, il faut être un peu familier avec les oeufs et les moines ou les religieuses pour y comprendre quelque chose sinon on va prononcer le nom couvent de la même façcon que le verbe couvent et rien ni personne ne va chanter.
Parfois, on va recourir à un accent pour changer la nature et la prononciation d'un mot. C'est le cas de roder et rôder. Les pilotes de course de la Formule 1 vont roder leur moteur dans le matin levant. Puis de suite après, ils iront se broder une paire de mitaines pendant que des cambrioleurs viendront rôder autour de leur bolide pour les frauder.
Diverses dentelles dans la prononciation
Avant le souper, dehors sur la galerie, au début du mois de mai avec un temps des dieux au-dessus de nos têtes, mon ami Louis-Philippe et moi, fraîche bière blonde et rousse aux lèvres, parlions de mots et d'âme. Il me dit que les mots étaient importants car ils révélaient l'âme d'une personne. La couleur de notre âme et ses états et ses émois se révèlent par les mots qu'on dit, qu'on prononce tout bas ou en criant ou en chantant ou en pleurs.
Pour communiquer et pourvoir échanger, il faut comprendre. Parfois, il faut s'adapter à son interlocuteur et prononcer les mots qu'il veut entendre. Louis-Philippe disait qu'à Paris, voulant aller au quai D'Orsay, personne ne pouvait lui indiquer la voie pour s'y rendre car il prononçait qué Dorsé au lieu de què Dorsè. C'est un honnête homme que cet homme au prénom de Louis-Philippe au sens du siàcle révolu où un intellectuel ne se piquait de rien mais pouvait discourir de tout. Il raconte qu'André Gide prononçait toujours vingte pour le chiffre vingt. Gide disait avoir contemplé vingte femmes.
La chanson nous redit qu'au mois de mai en remontant la rivière, c'est alors que les filles sont belles au qué. On peut prononcer le mois de mai comme mais dans maison ou comme mé dans Méo. Mais qu'en est-il si on remonte la rivière en juin! Il faudrait, selon le linguiste Guy Bertrand de Radio-Canada, prononcer
ju-in comme dans brin et non comme ju-un comme dans brun.
Même si elle était douce et légère, la désaltérante bière que nous buvions sur la galerie l'autre soir mon ami et moi, n'en contenait pas moins une quantité certaine d'alcool. Le linguiste Bertrand nous rappelle que dans le mot alcool et ses dérivés, les deux o se prononcent comme un seul, du moins quand on est sobre. On prononce donc ALCOOL, ALCOLIQUE et NON PAS alco hol ou alco-wol.
Parlant de mots commençant par un a, il y a le mot aveugle dont on voit mal parfois les difficultés. Le eu d'aveugle rime avec le e de je et non avec le eu d'aveu. On doit prononcer A-VE-GL et non A YEU-GL. Ce serait la même règle pour les mots beurre, soeur, fleur. Ajoutons pendant que nous glorifions le son e de je que la syllabe RESS au début d'un mot ne se prononce jamais rèss. On prononcera re-source, re-saisir, re-sentiment, re-sembler, re-sortir. Cette règle pour être digne de ce titre comporte évidemment des exceptions telles ressusciter, ressuyer et ressayer.
Des chiffres et des noms de ville
Pour les chiffres cinq, six, huit et dix et tous les nombres qui se terminent par ces chiffres, la consonne finale se prononce devant un mot qui commence par une voyelle. On parlera de cinq(k) animaux, six(z) enfants, ving-huit(t) ans, dix(z) étudiantes. Devant une consonne, toujours selon le linguiste Bertrand, ces mêmes chiffres se prononcent cin, si, hui et di comme cin maisons, si camions, quarante hui paires de mitaines, les di commandements. Sept et neuf se prononcent toujours sept(t) et neuf(f) comme dans sept(t) nains, les trente-neuf(f) voitures sur le rôdeur rodent. Parlant une dernière fois chiffres, il faut pour le mot maths prononcer MATT et non mathss car en français le S du pluriel est toujours muet.
La Chine a officiellement recommandé d'utiliser Beijing au lieu de Pékin qui a été francisé il y a belle lurette. La capitale chinoise n'a pas changé son appellation officielle et il n'y aurait point lieu de changer son appellation translittérée selon monsieur Bertrand. S'il fallait prononcer tous les noms de villes dans la langue d'origine on devrait prononcer London au lieu de Londres, Roma au lieu de Rome, Beograd au lieu de Belgrade, Moskva au lieu de Moscou, Kobenhavn au lieu de Copenhague.
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