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L'École du Barreau présente son colloque annuel

À l'aube d'une carrière internationale

Lise I. Beaudoin, avocate


L'École du Barreau du Québec1, sous la supervision Me France Mainville, offrait une journée haute en couleurs le 28 avril dernier alors qu'avait lieu le colloque À l'aube d'une carrière internationale. L'événement, auquel ont collaboré une douzaine d'étudiants, réunissait neuf conférenciers venus exposer leur expérience à l'internationale et faire mieux connaître les organismes (leur engagement, leur fonctionnement, les occasions de stages et d'emplois et les programmes existants) qui œuvrent à travers le monde. Une journée fort chargée où quelque 120 étudiants ont trouvé réponse à une multitudes de questions sur les stages, les préalables nécessaires et les politiques en place, en plus de profiter de nombreux kiosques d'information sur les agences, les associations et les programmes d'études avancées offerts par les universités québécoises.

M<sup>e</sup> France Mainville
Me France Mainville

 

Politique internationale

Déogratias Bagilishya, psychologue et anciennement de l'ambassade canadienne au Rwanda, a présenté dans un premier temps, les modèles spécifiques (économique, politico-économique, social et durable) des interventions canadiennes de développement à l'étranger2 au fil des décennies.

Le modèle économique, celui qui a marqué les années soixante, était axé sur la croissance systématique de la richesse nationale. Ce développement se faisait en marge des secteurs traditionnels locaux, en marge des populations et de leurs modes de vie.

Cette mise en place d'une sorte de mimétisme du modèle occidental fut suivie, dans les années soixante-dix, par le modèle politico-économique qui exigeait la transformation de la société tout entière par la modification de l'ordre socio-économique imposé par le dominant, l'aidant. Le secteur agricole et la paysannerie retrouvèrent une importance non considérée dans le premier modèle, le socialisme fut alors présenté par les tiers-mondistes comme le modèle de développement par excellence. Et encore là, on croyait que c'était l'État qui devait donner l'impulsion.

Les années quatre-vingt prônèrent quant à elles le modèle social, le développement endogène, une démarche axée sur les ressources du milieu pour le milieu. On favorisait alors le développement des ressources humaines, la participation des populations et la valorisation d'expériences alternatives et du rôle des organisations non-gouvernementales (ONG). Les populations et différents groupes de la société civile constituaient les principaux acteurs.

Les années quatre-vingt-dix connaissent elles un développement dit durable, une démarche axée sur le processus plus que sur le produit final, un renversement du processus du transfert imitatif. La relation en est encore une de partenariat fondée sur le respect de la diversité. Les acteurs sont cette fois plus nombreux; y participent les industries, les gouvernements, les ONG, les universités et les municipalités.

Cela dit, pour M. Bagilishya, « aucun des modèles ne peut satisfaire les besoins d'un pays, il faut un développement inter-modèle, une vision pluridimentionnelle et tenir compte des générations à venir. »

Pierre Simard, directeur des affaires métropolitaines et des événements internationaux au ministère des Relations internationales du Québec, a fait la présentation de son ministère et confirme que le Canada jouit d'une bonne réputation et d'une bonne crédibilité à l'étranger. Montréal, annonce-t-il, sera d'ailleurs l'hôte, en décembre 1999, d'une conférence internationale de la société civile sur le partage de la richesse qui débouchera sur la Déclaration de Montréal.

Quant à son ministère, s'il n'a pas de programmes comme tels, « c'est un ministère de conseil et de stratégie, qui possède un réseau d'une quarantaine de représentants à travers le monde. » Aux personnes intéressées par une carrière au sein de son secteur, voire de son ministère, il souligne que la concurrence est vive. Et à l'instar de tous les intervenants de la journée, il confirme qu'au-delà des diplômes et des bonnes notes, « il faut un bon bagage de connaissances générales à jour, c'est un atout crucial. Il faut bien connaître les enjeux du développement international. Car c'est ce qui fait qu'une personne sera préférée à une autre. »

Premiers pas

Pour Charles A. Pierre-Jacques, collaborateur à la Mission civile des Nations unies en Haïti, « entre une carrière de mercenaire ou une de fonctionnaire, celle de mercenaire est la meilleure voie. Ses avantages principaux étant la liberté d'action et de mouvement et la rémunération passablement élevée qu'elle procure, à condition bien sûr d'être à l'aise avec les inconvénients qu'elle comporte, telle l'absence de sécurité d'emploi. » À l'opposé, une carrière de fonctionnaire possède aussi des avantages non négligeables, comme un traitement fiscal spécial et des bons avantages sociaux. Pour cela, il faut sacrifier son indépendance, pouvoir opérer dans un environnement bureaucratique et avec un niveau élevé de responsabilités.

M. Pierre-Jacques a présenté un tableau plutôt optimiste des besoins des organismes internationaux. Selon lui, l'essor de ces organismes fait en sorte qu'ils sont de plus en plus à la recherche de juristes. Il estime que quatre qualités sont essentielles pour bien commencer une carrière internationale : la passion de l'international doublée d'une solide culture générale, des habilités de communications orales et écrites, la capacité de maîtriser et de gérer des grandes quantités d'informations et enfin une grande capacité d'adaptation. Cette dernière serait, selon lui, la pierre angulaire sur laquelle s'élèvera une carrière internationale réussie. « Attention au piège de l'assimilation, dit-il, il faut savoir conserver la distance voulue avec les populations locales. » Par ailleurs, ajoute-t-il, « il faut oser présenter des projets à des organismes internationaux au lieu d'attendre les offres ; l'on brise ainsi le cercle de la demande. »

Pratiques internationales

Une étudiante à l'École du Barreau, Indra Balassoupramaniane, a pour sa part fait état des exigences relatives à la pratique du droit en France où la profession est très réglementée et, sauf certaines exceptions, il est interdit d'y pratiquer d'autres activités parallèlement au droit. Quant au stage, il peut être de courte durée (trois à six mois) ou d'une durée plus longue durée qui permettra de déboucher sur un emploi permanent... qui implique cependant une démarche de recherche très difficile. « En France, précise-t-elle, le dossier académique compte relativement peu. Les employeurs potentiels cherchent plutôt à savoir si le candidat a le profil de l'emploi. » Les processus d'entrevue sont stricts et formels. Et il n'est pas rare qu'un candidat puisse se retrouver face à un comité d'interview composé de plusieurs personnes, incluant un psychologue, qui cherchera à établir la compatibilité du candidat avec profil de la boîte.

Par ailleurs, Madame Balassoupramaniane rappelle qu'un étudiant québécois peut se prévaloir de l'article 38 du Règlement sur la formation professionnelle des avocats et faire une partie de son stage (trois mois) en France.

Me Louise Martin-Laviolette, qui pratique le droit à New York au sein de son propre cabinet, a d'abord fait une maîtrise en droit des affaires à son arrivée dans cette ville, ce qui lui a permis de compenser pour le baccalauréat en common law qu'elle n'avait pas. S'entretenant entre autres des avantages et inconvénients de la prati-
que du droit à New York, elle souligne bien sûr les salaires de départ mirobolants (90 000 $US) qui sont offerts aux jeunes avocats par les cabinets d'envergure, mais aussi l'inconvénient majeur qui les accompagnent : « le mariage corps et âme » avec le cabinet.

Me Emmanuel Marian Tremblay, retournant d'une expérience de pratique du droit en Asie, a rappelé que sur ce continent chaque pays est unique. « On ne va pas là-bas parce que l'on ne sait pas quoi faire, l'Asie est un véritable dépaysement et la vie peut y être très difficile. » Il conseille d'aller explorer divers pays asiatiques avant de s'engager à y travailler, par le biais d'un voyage personnel ou de stages non rémunérés. Deux tiers des affectations en Asie échouent, souligne-t-il, c'est un véritable choc culturel. Certaines destinations sont plus faciles que d'autres, Singapour étant à ce chapitre un bel endroit pour commencer. Et enfin, ajoute-t-il, pour pratiquer le droit en Asie, il faut en général parler la langue du pays, mais pas nécessairement pour y faire un stage.

Expériences internationales

Colette Coudé, directrice au Centre canadien d'études et de coopération internationale (CECI), une ONG de développement, est venue parler des expériences terrain en coopération. CECI administre lui-même la formation à ses coopérants et regarde surtout les qualités et les valeurs d'un candidat de préférence à ses diplômes. « La capacité de travailler dans l'ambiguïté est, selon madame Coudé, une qualité essentielle pour quiconque veut devenir coopérant. »

Par ailleurs, Me Élyse Groulx, présidente de l'Association internationale des avocats de la défense (AIAD), a exposé la mission de son organisation, ses réalisations et projets ainsi que ses orientations futures. L'AIAD, créée à Montréal en mai 1997, veut garantir que la voix de la défense soit entendue lors de la création de nouvelles institutions judiciaires, telle la Cour criminelle internationale, par exemple. Elle tient en outre à s'assurer que les avocats de la défense reçoivent la formation et le soutien nécessaires pour bien défendre leurs affaires devant les instances internationales. Convaincue qu'une des pierres angulaires de l'équité procédurale repose sur le droit à une défense libre, pleine et entière, l'AIAD a lancé en novembre 1998 une campagne dénonçant la situation qui prévaut devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda relativement au non-respect du choix des avocats commis d'office pour les accusés comparaissant devant ce tribunal.

Me Roch Lévesque, conseiller juridique à l'Association canadienne du développement international (ACDI), a pour sa part relaté son parcours personnel d'avocat dans le domaine international pour ensuite expliquer les divers mandats de l'ACDI, cet organisme fédéral qui administre environ 78 % de l'aide canadienne. Au plan international, l'on retire, selon lui, « plusieurs avantages à être Canadien ou Québécois, puisque dans l'esprit des étrangers nous nous situons entre les États-Unis et la France, nous sommes considérés moins impérialistes que les Américains et nous n'avons pas ce passé colonialiste des Français. » Cela dit, Me Lévesque estime qu'il n'est pas aisé de décrocher un poste à l'international : la concurrence est des plus vive et les excellents candidats abondent. « Pour travailler comme avocat, il faut entrer par le ministère de la Justice du Canada. »

Le site Internet /barreau/ecole/colloque.html contient des centaines de sites et liens internationaux pour la recherche de stages.

Présentation inspirée d'un texte de Jacques Proulx, de l'Université de Sherbrooke, intitulé Quelques représentations du développement.

 

 
 

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