Volume 31 - numéro 12
1er juillet 1999
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L'École du Barreau présente son colloque annuel
Déo et la genèse du développement...
Lise I. Beaudoin, avocate
Après le petit déjeuner, le joueur de tam-tam a cédé la place au conteur africain Déo
1 qui, avec ses yeux d'enfant et l'auditoire suspendu à ses lèvres, a raconté comment l'arrivée d'un vélo dans son petit village rwandais, dans les années soixante, a transformé à jamais la vie de ses habitants. Ce premier contact avec le « monde venu d'ailleurs » s'est produit après que son père, s'étant d'abord lié d'amitié avec un religieux « blanc », décide ensuite de devenir « catholique ». Mais la vie a réellement commencé à changer le jour où le père de Déo accepte un cadeau du religieux, un vélo « pour aller plus vite. » Se déplacer assis et sans que les pieds ne touchent par terre, du jamais vu... Quelque temps après, le père de Déo décide de construire une cabane comme celle du curé. Avoir un vélo et vivre dans une hutte en paille, ça n'allait pas. Alors le père de Déo bosse comme un « nègre » pour bâtir une maison en briques. Mais une fois entré dans la maison, le père a réalisé que manger avec les mains assis par terre clochait avec le nouvel habitat, et surtout avec quelqu'un qui a un vélo. Peu après, Déo a commencé à manger à table, dans des assiettes avec un couteau et une fourchette. Dur dur apprentissage. Un peu plus tard, le père de Déo rapporte à la maison une boîte qui parle une langue étrange et, qui plus est, ne répond pas aux questions. À partir de ce moment, les membres de la famille de Déo -- parents, tantes, oncles, cousins -- ne s'assoyaient plus en cercle pour raconter des histoires et répondre aux questions des enfants. Ils regardaient tous dans la direction de la boîte parlante. Il a donc fallu aller à l'école pour apprendre cette langue étrange des Blancs : le français. Encore bien des chambardements dans la vie de Déo car, jusque là, la seule éducation valable était celle donnée par la famille et les habitants du village. Après trois ans de cet apprentissage du « parlé »
des Blancs, Déo était fier d'avoir appris le français.
Le développement international, c'est...
...l'appropriation. Pour M. Bagilishya le développement ne vient pas d'en haut, c'est quelque chose qui se passe entre les personnes. « Si mon père s'est approprié le progrès, ce changement apporté par le curé, dit-il, c'est qu'il avait confiance en lui. » Et sans appropriation, il n'y a pas de développement international, car celui-ci ne peut pas être imposé. C'est un processus global et irréversible, avec des aspects positifs et négatifs. Dès qu'on embarque, impossible de revenir en arrière.
(L.I.B.)
1 M. Déogratias Bagilishya est spécialisé en psychologie transculturelle.
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