ATTENTION : Les archives du Journal du Barreau vous sont présentées telles qu'elles ont été déposées sur le Web au moment de leur publication. Il est donc possible que certains liens soient non fonctionnels et que certains renseignements soient périmés.
Pour toute question ou commentaire concernant le Journal, communiquez avec journaldubarreau@barreau.qc.ca
Visitez la page officielle du Journal du Barreau sur le site Web du Barreau du Québec.
Dans les années soixante, elles représentaient à peine 3 % de la population juridique. Trente ans plus tard, elles forment plus de 40 % du Tableau de l'Ordre. Tout le monde s'entend pour le dire, les femmes avocates occupent une place grandissante dans la communauté juridique. Hélas, la force du nombre n'a pas encore fait en sorte qu'elles y soient considérées en tout point égal aux hommes. Résultats : elles sont encore peu nombreuses à occuper un poste dans la magistrature et travaillent souvent à des conditions moindres que les hommes. C'est à tout le moins à ce constat qu'en sont venues les femmes réunies en table ronde dans le cadre de l'atelier sur les femmes dans la profession du congrès 1999 du Barreau du Québec.
Bien qu'elles représentent plus de 40 % des membres du Barreau, les femmes sont encore peu nombreuses à occuper un poste à la magistrature. C'est un des constats qu'en sont venues les femmes réunies en table ronde dans le cadre de l'atelier sur les femmes dans la profession.(Photo: Réjean Meloche |
D'entrée de jeu, l'honorable Thérèse Rousseau-Houle a raconté dans quelles conditions elle avait dû faire son entrée dans la profession à la fin des années 1960. Comment, alors qu'elle s'apprêtait à devenir mère pour une troisième fois, elle n'était pas parvenue à se trouver un stage en cabinet. « Au moment du stage, j'ai bel et bien reçu des lettres d'invitation aux entrevues mais, raconte-t-elle, les questions posées me laissaient croire que je n'aurais pas de place dans ses bureaux. » Une fin de non recevoir qui la mènera à faire son stage en milieu universitaire. Un milieu qu'elle n'allait quitter que pour devenir juge à la Cour d'appel du Québec, après avoir été doyenne de la faculté de droit de l'Université Laval.
Un statut qui lui permet aujourd'hui d'affirmer sans hésitation que « c'est à des femmes avocates et juges que nous devons les plus importants pas réalisés en matière de jurisprudence. » Citant à titre d'exemple le jugement de la Cour suprême qui, en 1989, sur représentation d'une avocate, reconnaissait la grossesse comme un élément de discrimination, l'honorable Rousseau-Houle se dit convaincue « qu'il existe aujourd'hui une autre façon d'envisager l'égalité. Une façon qui ne passe plus par les discours, mais par l'engagement et l'action. »
Une opinion que Me Paule Gauthier, associée dans le cabinet Desjardins, Ducharme, Stein, Monast de Québec, partage entièrement. Ainsi, dressant le portrait des choses à faire pour parvenir à se tailler une place dans le monde juridique en tant que femme avocate, Me Gauthier, a rappelé aux congressistes présentes qu'il ne fallait pas hésiter à « se tisser un réseau de contacts qui s'avère souvent plus solide que les entreprises elles-mêmes, à déterminer clairement ses objectifs de carrière et surtout à se questionner continuellement. » Parlant de la nécessité de faire preuve de diplomatie, d'assurance et de persévérance, l'avocate a également souligné l'importance de « maintenir des liens étroits avec la profession en s'engageant à divers niveaux ».
Un engagement en lequel Me Claudia P. Prémont, présidente du Comité des avocates du Barreau de Québec et avocate au cabinet Lavery, De Billy dans la vieille capitale a affirmé croire plus que jamais. C'est que, a-t-elle expliqué, « il faut être conscientes qu'en temps que femmes avocates, nous ne sommes pas au bout de nos peines. Sur le terrain, le côté paternaliste et condescendant des avocats principaux et des juges est toujours présent, tant et si bien qu'un avocat convaincu et agressif en cour est encore clairement mieux perçu qu'une femme avocate qui fait la même chose. Dans la pratique privée, les femmes sont encore très souvent dépendantes d'un associé masculin, sans compter que certaines avocates qui font le choix d'avoir un enfant sont encore forcées de retourner au travail deux semaines après l'accouchement. »
Des constats que les chiffres dévoilés par différentes participantes à la table ont confirmés. Ainsi, selon une enquête économique menée en 1999 et mise en lumière par Me Odette Lacroix, bâtonnière sortante de la section de Québec et avocate chez Heenan, Blaikie à Québec, « un écart brut de 15 400 $ subsiste entre le salaire des hommes avocats et des femmes avocates. » Un état de situation que Paule Gauthier a affirmé observer sur le terrain. « Même si au départ, lorsqu'ils sont stagiaires, les hommes et les femmes sont considérés de manière assez égale, l'écart s'agrandit de manière subtile au cours des ans ». C'est que, a-t-elle expliqué, « les méthodes d'évaluation, les heures facturables et les horaires non-flexibles ont été conçus par et pour des hommes et c'est ce qui en bout de piste fait souvent la différence. »
Quant aux postes et fonctions occupés par des femmes, Odette Laverdière, vice-présidente du Tribunal administratif du Québec, a rappelé en cours de présentation que « de tous les temps aucune femme avocate n'a occupé la fonction de sous-ministre au ministère de la Justice du Québec, pendant que seulement deux femmes ont pu accéder au statut de substitut en chef. »
De quoi continuer la lutte, « tout en prenant bien garde de ne pas mettre de côté les valeurs intrinsèques aux femmes », précise Claudia P. Prémont.
© Barreau du Québec 1996-2012