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Peter Leuprecht, nouveau doyen de la Faculté de droit de l'Université McGill

Franchisseur de frontières...

Lucie Desjardins, avocate

Depuis le 1er juin dernier, la Faculté de droit de l'Université McGill bénéficie des talents de l'humaniste et défenseur des droits de la personne, le professeur Peter Leuprecht. Après une longue période d'hésitation, ce dernier a en effet accepté d'occuper le poste de doyen de cette Faculté pour un mandat de cinq ans.

Durant son mandat, le nouveau doyen   souhaite développer davantage la coopération entre les universités   de la ville, de la province et du Canada
Durant son mandat, le nouveau doyen souhaite développer davantage la coopération entre les universités de la ville, de la province et du Canada

À 63 ans, auteur de nombreuses publications dans le domaine des droits de la personne, récipiendaire du Prix du civisme européen 1991 et membre d'un comité de quatre « sages » chargé de préparer un programme de droits de la personne pour l'Union européenne, Peter Leuprecht a de bons motifs d'avoir finalement accepté ce poste, en plein cœur de Montréal. « Il y a, d'une part, une affinité et de fortes raisons culturelles. Ce que j'apprécie beaucoup ici à Montréal, c'est l'aspect pluriculturel et bilingue. Je dis souvent que j'aime franchir des frontières au sens propre du mot et au sens imagé. Je vois la Faculté de droit de McGill comme une faculté non seulement bijuridique mais aussi bilingue. D'autre part, au niveau professionnel, ce poste me permet de combiner un travail universitaire et un travail pratique. »

Sourire discret et yeux brillants, Peter Leuprecht parle de ses tâches de doyen comme d'un nouveau défi, et il voit grand. « C'est quelque chose que je n'ai encore jamais fait. McGill est un endroit passionnant où il y a une communauté extrêmement intéressante composée de professeurs remarquables et d'étudiants très prometteurs. Ce qui m'intéresse, c'est de voir la place de cette vénérable institution dans la société québécoise, canadienne et au-delà. »

Nouveau programme

Le nouveau doyen entame son mandat au moment même où la Faculté met en œuvre un nouveau programme d'études qui offre, dès la première année, une formation dans les deux traditions juridiques occidentales : le droit civil et la common law. Ce programme bilingue et bijuridique est donné selon une nouvelle approche, qualifiée de transsystémique, impliquant que celui qui enseigne la common law ait un œil ouvert sur le droit civil et vice versa. L'enseignement d'un tel programme (de 105 crédits) sera assez exigeant, tant pour le corps professoral que pour les étudiants.

Selon le doyen Leuprecht, « ce programme est assez révolutionnaire et projette la Faculté dans l'avenir. Nous sommes maintenant en avance sur les autres facultés. De plus, je crois que les personnes qui auront eu cette double formation et qui, en plus, seront bilingues, auront d'excellentes perspectives sur le plan professionnel. »

Heureux que certains pessimistes se soient trompés dans leur prédiction voulant que ce programme novateur et exigeant risque d'éloigner les gens de la Faculté de droit de McGill, M. Leuprecht constate au contraire que les demandes d'admission ont considérablement augmenté. « Quatre-vingt pour cent de la population du monde vit dans l'un de ces deux systèmes juridiques, explique-t-il. Donc, les personnes ayant la double formation auront énormément de possibilités. »

Village global

Considérant que le droit s'internationalise et que plusieurs étudiants québécois se retrouvent partout dans le monde à pratiquer leur profession, M. Leuprecht est persuadé que, pour les années à venir, les diplômés exerceront de plus en plus au sein de grandes firmes internationales et dans des services publics internationaux.

Très intéressé par le droit international et les droits de la personne, le nouveau doyen se dit enchanté de la vocation internationale de McGill. En effet, la Faculté de droit est engagée dans des projets de réformes juridiques dans des pays en transition, dont la Russie, le Viêt-nam et l'Ukraine ainsi que dans des projets de développement en Afrique, en Asie du sud-est et dans les Caraïbes.

Malgré l'intérêt qu'il porte pour l'international, le nouveau doyen souhaite œuvrer dans le sens d'une meilleure coopération entre les universités et les facultés de droit de Montréal. Estimant qu'il y a une « certaine tendance au cloisonnement » et se percevant comme « un franchisseur de frontières - je peux dire cela comme quelqu'un venu de l'extérieur - je suis souvent frappé ici par la force des frontières invisibles dans la société. » Et il croit qu'il faut surmonter ces frontières. « Les universités sont des lieux où l'on pense et ça devrait être des lieux d'ouverture et non de fermeture. Toute forme de provincialisme de la pensée sied très mal aux universités et nous devons tous faire un effort pour ne pas tomber dans ce piège. »

Mot d'ordre : coopération

Durant son mandat, le nouveau doyen souhaite développer davantage la coopération entre les universités de la ville, de la province et du Canada. « C'est très important de ne pas opérer en vase clos. Je suis très attaché à la vocation bilingue et bijuridique de la Faculté. Je crois que cela doit être pris très au sérieux et d'ailleurs cela reflète de plus en plus une réalité qui est très différente de la perception que l'on peut avoir de McGill. »

Se voit-il au décanat d'une faculté universitaire francophone montréalaise? À cette question, il préfère ne pas répondre, mais ajoute que « le fait qu'un drôle d'oiseau comme moi, non Québécois, non Canadien ait été attiré par McGill en dit peut-être plus sur McGill que sur ma personne. » D'ailleurs, enchérit-il, certains de ses collègues francophones prétendent que McGill a une souplesse que d'autres facultés n'ont peut-être pas.

Des projets...

Le doyen Leuprecht a plusieurs projets pour ses cinq années de mandat. Et s'appuyant sur la maxime Un esprit sain dans un corps sain , il a à cœur la restauration des bâtiments de McGill. Par ailleurs, le doyen se soucie entre autres du fait que la Faculté serait « perçue comme une institution très traditionnelle, comme le bastion d'une partie de la société montréalaise et canadienne. » Il souhaite modifier cette perception afin qu'elle corresponde davantage à la réalité et attirer toute personne qui s'intéresse au droit.

En début de mandat, précise-t-il, il n'a pas encore commencé à construire son monument. Mais selon lui, « il faudrait que, d'ici cinq ans, la Faculté de droit soit, d'une part, une faculté fermement implantée dans la société montréalaise, québécoise et canadienne avec un grand rayonnement et une dimension internationale. » Par ailleurs, il indique vouloir conserver la très bonne réputation de McGill sur le plan international, développer les relations avec l'Europe et suivre de très près l'évolution de l'Union européenne.

Une feuille de route impressionnante

P.11

Peter Leuprecht est né à Salzbourg en Autriche le 17 septembre 1937. Il obtient un doctorat en droit de l'Université d'Innsbruck (Autriche) en 1959. De 1958 à 1961, il est assistant à la Faculté de droit de l'Université d'Innsbruck. À partir de 1961 et jusqu'en 1997, il occupe le poste de fonctionnaire au Secrétariat général du Conseil de l'Europe à Strasbourg. Concurremment, de 1976 à 1980, il est secrétaire du Comité des ministres et, de 1980 à 1993, directeur des Droits de l'Homme. En 1993, il est élu secrétaire général adjoint du Conseil de l'Europe. Il quittera ce poste en 1997, avant son terme, en raison d'un désaccord avec la dilution des standards du Conseil de l'Europe.

Par ailleurs, il a enseigné aux universités de Strasbourg et Nancy ainsi qu'à l'Académie de droit européen de Florence. De 1997 à 1999, il est professeur invité à la Faculté de droit de l'Université McGill et au département des Sciences juridiques de l'Université du Québec à Montréal et conseiller au ministère canadien de la Justice.

Auteurs de nombreuses publications en matière de droit international et de droits de la personne, Peter Leuprecht a été décoré du Gran Cruz de San Raimundo de Penafort (Espagne), Grosses goldenes Ehrenzeichen mit dem Stern für Verdienste um die Republik Österreich (Autriche) et du Prix du Civisme Européen. Il est membre d'un comité de quatre sages chargé de préparer un programme de droits de la personne pour l'Union européenne. Il maîtrise parfaitement l'allemand, le français, l'anglais, l'espagnol et l'italien.

 

 
 

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