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Le droit au Québec d'hier à aujourd'hui

Les avocats et la politique...

Louis Baribeau, avocat

NDLR - La Corporation des fêtes du 150e anniversaire du Barreau de Québec a élaboré une série de 10 émissions à caractère historique intitulée Le droit au Québec d'hier à aujourd'hui. Cette série a été diffusée au cours de l'été à la radio de la Société Radio-Canada. Le Journal du Barreau poursuit la publication des condensés de ces émissions. Nous en sommes maintenant aux cinquième et sixième émissions qui portent sur les avocats en politique et la place des femmes dans la profession d'avocats.

C'est en 1942 que les femmes ont   pu accéder à la profession
C'est en 1942 que les femmes ont pu accéder à la profession

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Depuis la Confédération, 20 des 26 premiers ministres du Québec ont reçu une formation légale. Jusqu'à 1912, 60% des élus à l'Assemblée nationale sont des avocats. Cela montre jusqu'à quel point la profession juridique et la politique sont intimement liées. Pourquoi autant d'avocats en politique au XIXe siècle? La profession d'avocat, qui est la science de la loi, prédispose au métier de politicien qui consiste à faire les lois. « La pratique du droit a été pendant longtemps assimilée à celle du discours, de la rhétorique. On ne pouvait pas songer que quelqu'un puisse devenir avocat sans qu'il veuille plaider. L'argumentaire, la nécessité de convaincre, préparait justement l'avocat à s'intégrer au débat politique », dit l'avocat et historien Michel Doyen.

Un moyen de se faire connaître

Faire de la politique apparaissait comme un moyen de s'établir dans la carrière juridique. Il y avait peu de postes d'avocats vacants dans les cabinets juridiques des grands centres. Les jeunes avocats n'avaient d'autres choix que de s'établir en région. Mais en région les moyens de communication étaient peu développés. En se présentant comme candidat d'un parti politique, ils avaient l'occasion de se faire connaître et de développer une clientèle.

Ils pouvaient aussi espérer être nommé un jour procureur de la Couronne. Me André Casgrain, de Rimouski, se souvient de l'époque où son père occupait cette fonction. Au lendemain de sa défaite électorale, il a reçu la visite de son adversaire politique venu lui réclamer ses dossiers.

« L'apprentissage de la politique était souvent la porte d'entrée à la magistrature. [...] Le plus brillant cerveau soit-il ne pourra jamais obtenir la reconnaissance s'il n'est pas connu ou s'il ne possède pas un réseau de personnes aptes à juger de sa compétence et de ses capacités », mentionne Me Doyon.

Il n'y avait pas que des avantages à faire de la politique. Les candidats prenaient le risque de se faire des ennemis politiques. Après des années, quand ils étaient défaits lors d'une élection, il leur fallait mettre à jour leurs connaissances avant de retourner à la pratique du droit.

La place des femmes dans la profession

Il n'y a rien d'étonnant aujourd'hui à ce que des femmes pratiquent le droit dans un cabinet d'avocats, siègent comme juge ou enseignent dans une faculté de droit. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. L'histoire des femmes, qui ont lutté pour prendre la place qui leur revient dans la profession, permet de mieux comprendre tout le chemin parcouru depuis le début du siècle.

Au Québec, Annie Langstaff, une sténographe à l'emploi du cabinet d'avocats Jacobs, Hall, Couture et Fitch de Montréal, est la première femme à entreprendre des études universitaire en droit. En 1914, trois ans après son admission à l'Université McGill, elle obtient son baccalauréat en droit. Sa décision de se présenter aux examens d'admission du Barreau cause tout un émoi. Le comité des examinateurs lui refuse l'accès à la salle d'examen.

Annie Langstaff s'adresse à la Cour supérieure pour être admise aux examens du Barreau. La Cour rejette sa demande pour deux motifs: on reproche à Mme Langstaff de ne pas avoir obtenu l'assentiment de son mari ou, à défaut, celle d'un juge, comme le prévoyait le Code civil à l'époque. « De plus, on invoque que la Loi du Barreau ne couvre que les hommes et ne permet pas aux femmes d'entrer dans la profession. Or, le juge de la Cour supérieure va même conseiller à Mme Langstaff de porter ses ambitions vers un endroit qui serait plus conforme à son sexe ». Mme Langstaff subit un autre revers en Cour d'appel.

Elle n'a jamais été admise au Barreau mais ses actions ont inspiré les hommes qui ont présenté des projets de loi pour modifier la Loi du Barreau. C'est finalement en 1942 que les femmes ont pu accéder à la profession d'avocat.

Mais ce n'était pas tout d'avoir accès aux études de droit et au Barreau. Il fallait aussi que la société soit prête à faire une place aux femmes sur le marché du travail. La juge Jeanne Lemay-Warren se souvient qu'après ses études « la vie difficile a vraiment commencé. » Elle a frappé à la porte de quelques cabinets juridiques de Québec. « La réponse a été négative dans tous les cas, raconte-t-elle. On me demandait quand j'allais me marier, combien j'aurais d'enfants. » Elle sentait que les avocats de ces cabinets n'osaient pas investir dans une stagiaire féminine parce qu'ils se disaient qu'un jour elle se marierait, aurait des enfants et quitterait la profession.

Quelques années plus tard, alors qu'elle occupait un poste dans la fonction publique, quand elle s'est mariée, on lui a demandé sa démission. « À ce moment-là, - je ne sais pas si c'était une coutume ou si c'était la loi - une femme mariée ne travaillait pas dans la fonction publique du Québec », de dire la juge.

 

 
 

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