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Rémi Chénier*
La Commission des lieux et monuments historiques du Canada, organisme-conseil auprès de la ministre du Patrimoine canadien, dévoilait le 16 septembre dernier une plaque commémorative afin de souligner « l'importance historique nationale » de Charles Fitzpatrick (1851-1942), éminent juriste et homme d'État de Québec. Cette cérémonie, organisée en collaboration avec la Corporation des fêtes du 150e anniversaire du Barreau de Québec, avait lieu à l'Université Laval en présence du bâtonnier Jean Pâquet (1991-1992), président de la Corporation des fêtes, et Me Pierre Lemieux, doyen de la Faculté de droit de l'Université Laval.
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Charles Thomas Connolly Fitzpatrick est né à Sainte-Foy, dans la paroisse Notre-Dame-de-Foy, le 19 décembre 1851. La plupart de ses biographies prétendent qu'il est né en 1853, mais c'est là une erreur, probablement véhiculée par Fitzpatrick lui-même. Il est le quatrième de neuf enfants issus de l'union de John Fitzpatrick, marchand de bois, et de Mary Connolly.
D'origine irlandaise, Charles Fitzpatrick reçoit une éducation qui lui permet de maîtriser aussi bien la langue française que sa langue maternelle, éducation qui constituera un atout important pour sa compréhension de la société et de la culture canadiennes françaises. Il fait d'abord ses études secondaires au collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, de 1864 à 1871, puis au Séminaire de Québec, où il acquiert la réputation d'un travailleur acharné. Il obtient son baccalauréat ès arts de l'Université Laval en 1873 et sa licence en droit de la même institution en 1876, où il remporte le second prix de la Faculté de droit : la médaille d'or du gouverneur général, lord Dufferin.
Fitzpatrick est admis au Barreau du Québec le 9 septembre 1876. Il exerce sa profession à Québec où il se joint à la firme Andrews, Caron et Andrews. Il y demeure jusqu'en 1884. Par la suite, il s'associe notamment à Simon-Napoléon Parent (qui sera maire de Québec de 1894 à 1906), à Louis-Alexandre Taschereau (dont il était l'oncle et qui deviendra premier ministre du Québec de 1920 à 1936) et à Lawrence Arthur Cannon (l'un de ses futurs gendres qui sera nommé à la Cour suprême du Canada en 1930).
Entre 1879 et 1887, Charles Fitzpatrick agit comme avocat de la Couronne pour le district de Québec mais il est mieux connu comme conseiller pour la défense dans plusieurs causes célèbres. En 1885, il est l'avocat de Louis Riel, accusé de haute trahison, d'abord à Régina puis au Conseil privé, en Angleterre. En 1891, il se fait le procureur de Thomas McGreevy au Comité des privilèges et élections de la Chambre des communes. En 1892, Il défend Honoré Mercier (père), ancien premier ministre du Québec, accusé d'avoir fraudé le trésor public.
Le 17 juin 1890, Fitzpatrick est élu député libéral à l'Assemblée législative pour le comté de Québec. L'année suivante, il refuse le poste de procureur général dans le cabinet de Charles-Eugène Boucher de Boucherville. Réélu sans opposition en 1892, il démissionne le 11 juin 1896, puis est élu à la Chambre des communes le 23 juin 1896. À la suite de sa nomination comme solliciteur général, il démissionne de nouveau le 13 juillet 1896 et est réélu, sans opposition, à l'élection partielle du 30 juillet 1896.
Du 13 juillet 1896 au 9 février 1902, Fitzpatrick occupe les fonctions de solliciteur général dans le cabinet de sir Wilfrid Laurier. En 1897, ce dernier le députe auprès du Vatican pour régler les démêlés qui entourent l'existence d'écoles confessionnelles francophones au Manitoba. La même année, Fitzpatrick publie Les écoles du Manitoba. La question du jour traitée par un avocat constitutionnel. En juin 1898, il se rend en Angleterre comme représentant du Canada dans l'arbitrage entre le Royaume-Uni et la Russie au sujet des compensations pour la saisie, par les Russes, de navires de pêche canadiens. Il représente aussi le gouvernement canadien devant le comité judiciaire du Conseil privé dans la question des droits sur le lit des rivières, des lacs, des ports et des pêcheries.
Réélu en 1900, Charles Fitzpatrick est nommé membre du Conseil privé du Canada, le 11 février 1902. De cette date jusqu'au 3 juin 1906, il exerce les fonctions de ministre de la Justice et de Procureur général dans le cabinet Laurier. À ce titre, il sera impliqué, entre autres, dans l'arbitrage des frontières de l'Alaska et les projets de loi pour l'autonomie des Territoires du Nord-Ouest.
Réélu en 1904, il résigne le 3 juin 1906, lors de son accession à la magistrature. Le lendemain, il devient juge en chef à la Cour suprême du Canada. En fonction jusqu'au 20 octobre 1918, il s'occupera notamment du dossier sur l'arbitrage des pêcheries de l'Atlantique-Nord.
Fitzpatrick, même s'il n'est pas premier ministre du Canada, agit comme administrateur du pays à diverses reprises (en 1907, en 1909, en 1912 et en 1913). Le 28 juin 1908, il est nommé membre du Conseil privé du Royaume-Uni et il siège comme délégué à la Cour d'arbitrage de La Haye de 1908 à 1910. En 1918, il se retire du Barreau et, du 21 octobre de la même année au 31 octobre 1923, agit comme lieutenant-gouverneur de la province de Québec.
Il est décédé à Québec, dans sa demeure de la rue Sainte-Ursule, le 17 juin 1942, à l'âge de 90 ans et six mois et il est inhumé dans le cimetière de la paroisse Saint-Colomb-de-Sillery. Le 20 mai 1879, il avait épousé Marie-Elmire Corinne Caron, fille de René-Édouard Caron, lieutenant-gouverneur de la province de Québec, et de Marie Joséphine De Blois, l'une des familles les plus en vue du Québec. Il eut six enfants, dont cinq, un fils et quatre filles, sont parvenus à l'âge adulte. L'une de ses petites-filles, Mme Pierre Sévigny (née Kernan), a légué son fonds d'archives, presque 40 pieds de documents qui couvrent les années 1885 à 1950, aux Archives nationales du Canada, en 1958 et 1964.
Dès 1912, on relève certains témoignages dans les journaux concernant sir Charles Fitzpatrick où il apparaît comme « l'un des plus habiles avocats et l'une des personnalités les plus en vue de la vie publique canadienne » où il est « reconnu pour sa vivacité et son ouverture d'esprit. Excellent exemple de la capacité de travail qui caractérise un homme actif et entreprenant. »
Dans Les juges de la province de Québec, publié en 1933, Pierre-Georges Roy écrit : « Sir Charles Fitzpatrick a occupé, avec honneur, dans le triple domaine politique, judiciaire et administratif, les plus hautes charges qu'un Canadien, désireux de servir son pays, peut ambitionner. » Pourtant, comme le faisait remarquer l'une de ses biographes, Josephine Steward Langham, « Charles Fitzpatrick, malgré une carrière impressionnante, n'est pas un politicien canadien très connu. Dans une large mesure, ceci tient autant à la personnalité qu'au caractère de cet individu qui préférait éviter les controverses publiques. »
Il est heureux que le dévoilement de cette plaque commémorative permette d'honorer ce personnage de l'histoire qui, comme lieutenant-gouverneur du Québec, avait adopté le mot d'ordre suivant : « Avec la foi et le travail on arrive à tout. »
Charles Fitzpatrick a aussi connu une brillante carrière à l'Université Laval, où il a occupé la chaire de droit criminel pendant plus de trente ans. Professeur agrégé en 1905, il devient professeur de droit criminel en 1905 et 1906, puis professeur titulaire jusqu'en 1936, alors qu'il est reçu professeur émérite.
Charles Fitzpatrick s'est vu conférer plusieurs honneurs. En 1893, il est créé conseil en loi de la Reine. En 1896, il est admis au Barreau de l'Ontario et on le délègue à la convention nationale des Irlandais, tenue à Dublin. De 1897 à 1899, il agit comme bâtonnier du Barreau de Québec et du Barreau de la province de Québec. Au cours des ans, il reçoit plusieurs doctorats honorifiques en droit : de l'Université Laval en 1902, de l'Université d'Ottawa en 1906, de l'Université McGill, de l'Université de Toronto, de l'université Notre-Dame en Indiana en 1911 et de l'Université Harvard à Boston en 1912.
Charles Fitzpatrick était reconnu comme un homme d'une grande piété et d'une grande dévotion. Le 28 juin 1907, il est créé Chevalier commandeur de l'ordre de Saint-Grégoire-le-Grand, ordre pontifical fondé en 1831 afin de reconnaître les services insignes rendus par un individu à l'Église catholique. La même année, il est fait Chevalier commandeur de l'ordre de Saint-Michel-et-Saint-George. Cet ordre britannique, instauré en 1818, est celui de la diplomatie; il est devenu la principale récompense décernée pour les services rendus dans le domaine des affaires étrangères. En 1910, Fitzpatrick est l'un des délégués du Canada aux obsèques du roi Édouard VII et au sacre de George V en 1911; ce dernier lui conférera, de sa main, le rang de Chevalier grand-croix de l'ordre de Saint-Michel-et-de-Saint-George, le 19 juin de la même année.
Charles Fitzpatrick a été membre de plusieurs clubs sélects, dont celui de la garnison de Québec, le St. James Club de Montréal, le National Club de Toronto et le club Rideau d'Ottawa. Il fut, également, président de l'Irish National League, section Québec.
Desjardins, Joseph, Guide parlementaire historique de la province de Québec 1792 à 1902, Québec, s.éd., 1902, 395 p.
Langham, Josephine Steward, Race and Religion in the Early Career of Charles Fitzpatrick, Québec, Université Laval, thèse de M.A., 1975, 226 p.
Lavoie, André (dir), Répertoire des parlementaires québécois 1867-1978, Québec, Assemblée nationale du Québec, 1980, 796 p.
Roy, Pierre-Georges, Les juges de la province de Québec, Québec, Rédempti Paradis, 1933, 588 p.
* M. Chénier est historien à Parcs Canada, Québec.
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