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Johanne Leroux, lauréate du Prix pro bono de l'ABC

Rendre la justice plus accessible aux sidéens

Lucie Desjardins, avocate

Questionner le droit est le leitmotiv de Me Johanne Leroux, lauréate du Prix pro bono des jeunes avocats et notaires décerné par l'Association du Barreau canadien (ABC). Acharnée, engagée, douce et généreuse, Me Leroux se passionne pour la défense des droits de la personne et l'accessibilité à la justice. Depuis plus de deux ans, elle dirige la Clinique juridique du Comité des personnes atteintes du VIH du Québec. Cette clinique, qui donne de l'information sur tous les domaines de droit, s'est métamorphosée depuis l'arrivée de Me Leroux, passant de simple clinique téléphonique d'informations juridiques à un « véritable carrefour du droit pour venir en aide aux personnes atteintes du VIH », comme l'a souligné Jennifer Newbury, présidente de la Conférence des jeunes avocats et notaires, lors de la remise du prix en août dernier.

Le leadership, l'engagement, la persévérance et le professionnalisme de Me Leroux a impressionné le comité de sélection du Prix pro bono qui, à l'unanimité, a décidé de lui rendre hommage cette année. Ce prix vise à récompenser les services juridiques exceptionnels rendus bénévolement à la collectivité par un avocat ou un notaire canadien.

Enrayer les préjugés

Me Leroux connaît plutôt bien le sens du mot bénévolat. En effet, elle œuvre à la clinique environ 50 heures par semaine et ne reçoit qu'un salaire équivalant à 20 heures de travail. Elle adore son emploi, entre autres parce qu'elle travaille à rendre la justice plus accessible. « Je règle beaucoup d'affaires sans avocat, environ 1 300 dossiers par année pour les personnes atteintes du VIH, leurs proches et les intervenants », de préciser Me Leroux. Outre les activités régulières telles que les consultations, les rendez-vous individuels et collectifs, Me Leroux offre des ateliers de formation, des conférences et des colloques destinés aux personnes atteintes, aux intervenants du milieu, aux juristes et aux instances gouvernementales. Par ailleurs, elle trouve le temps de rédiger divers articles sur le sujet et de maintenir sa pratique privée en droit du travail, corporatif, matrimonial et civil, avec son associée, Me Monik Trempe.

D'aucuns se demandent pourquoi s'engager autant et pour si peu ? Me Leroux affirme, sans ambages, que certaines personnes prétendent qu'elle ne peut pas travailler ailleurs ou qu'elle est atteinte du VIH. « Ce n'est pas le cas. On m'a offert le poste et c'était pour travailler en matière de VIH. On m'aurait offert un poste dans une clinique juridique pour le cancer du sein ou la dystrophie musculaire que cela aurait été reçu différemment. Une clinique juridique pour le VIH, c'est vraiment nécessaire, car il s'agit d'une maladie avec un caractère particulier », dit-elle. La peur, les préjugés et la discrimination affligent les personnes atteintes du VIH bien autrement que celles aux prises avec le cancer. Par exemple, souligne-t-elle, « lorsqu'un compagnon de travail a le cancer, les gens sont empathiques et l'encouragent dans sa lutte contre la maladie. Toutefois, lorsqu'un collègue de travail revient après un congé de maladie afin de soigner une pneumonie parce qu'il est atteint du VIH, plusieurs personnes ne veulent plus être assises près de lui parce qu'elles craignent de contracter le SIDA. » C'est donc à cause du caractère particulier de cette maladie que Me Leroux trouve important de travailler à la défense des droits des personnes qui en sont atteintes.

Lorsqu'elle est arrivée à la clinique, Me Leroux ne connaissait pas personnellement de victimes du VIH et n'était pas vraiment informée des modes de transmission. Comme elle le mentionne avec un sourire narquois, elle a dû suivre le cours de « SIDA 101 » afin de mieux comprendre toutes les dimensions de cette maladie et évaluer adéquatement les demandes de la clientèle.

Témoin de grandes souffrances

Outre l'avancement du droit et les belles victoires des personnes atteintes du VIH, la douleur, la souffrance et les injustices font aussi partie du lot quotidien de Me Leroux. D'une grande sensibilité, elle réussit cependant à conserver une certaine quiétude. « Il faut que j'use de moyens pour me préserver afin de pouvoir affronter la souffrance humaine et les injustices. J'ai découvert que j'applique une philosophie bouddhiste à mon emploi : je me situe dans la voie du centre. Il y a des gens qui font face aux injustices d'une façon extrêmement agressive, d'autres, d'une façon très dépressive. Pour ma part, je crois me situer au centre. Je n'aime pas être aux extrémités. »

Afin de mieux prendre du recul, Me Leroux, qui a aussi remporté le Prix pro bono de l'Association du Jeune Barreau de Montréal au printemps dernier, réussit à s'aérer l'esprit en participant à des excursions de pêche ou en jouant au golf. « C'est essentiel pour maintenir mon équilibre et me ressourcer. »

Et puis elle tire sa récompense en constatant qu'elle contribue à l'avancement du droit, une façon comme une autre de faire contrepoids à bien des petites misères. Déjà, au baccalauréat en sciences juridiques à l'Université du Québec à Montréal, elle était convaincue que « la veuve et l'orphelin » lui convenait. Bachelière depuis 1990, elle poursuit sa route et, en 1993, termine une maîtrise en droit social et du travail. En 1994 et 1995, elle exerce sa profession dans les domaines du droit de la famille, de l'environnement, du travail et du droit corporatif.

Un défi à relever...

Ses projets d'avenir sont de continuer à développer la clinique juridique et faire en sorte qu'elle soit reconnue par le ministère de la Justice afin celui-ci y contribue financièrement. « Cette reconnaissance de la part du gouvernement permettrait de maintenir et d'offrir un service de qualité, d'avoir un réseau avec une vraie infrastructure et des moyens pour se perfectionner et participer davantage à la formation. »

Et Johanne Leroux aimerait collaborer davantage avec des avocats intéressés par la problématique du VIH et par des causes « pas faciles » concernant l'assurance et le VIH, par exemple. Elle lance d'ailleurs un défi à tous « ceux qui sont prêts à faire jurisprudence dans des dossiers pas très payants mais très stimulants. »

Il n'en tient qu'à vous de relever ce défi.

 

 
 

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