ATTENTION : Les archives du Journal du Barreau vous sont présentées telles qu'elles ont été déposées sur le Web au moment de leur publication. Il est donc possible que certains liens soient non fonctionnels et que certains renseignements soient périmés.

Pour toute question ou commentaire concernant le Journal, communiquez avec journaldubarreau@barreau.qc.ca

Visitez la page officielle du Journal du Barreau sur le site Web du Barreau du Québec.

 

188 nouveaux avocats à Montréal

La profession attire encore bien des jeunes

Lucie Desjardins, avocate

Les derniers mois de l'année 1998 ont été marqués par l'arrivée de 188 nouveaux avocats à Montréal dans une période que l'honorable Lyse Lemieux a qualifié de difficile pour faire son entrée dans la profession. Prononçant une allocution à l'occasion de la cérémonie de prestation de serments des nouveaux avocats le 16 novembre dernier, la juge en chef de la Cour supérieure du Québec estime que le domaine de la justice n'échappe pas aux remises en question: « La justice civile est en crise parce que trop chère, trop lente et devenue inaccessible à la grande majorité des citoyens qui pourtant en finance les institutions. » Cela dit, la profession continue d'attirer son lot de jeunes année après année.

L'honorable Lyse Lemieu
L'honorable Lyse Lemieu

Il faut dire que ces nouveaux avocats arrivent à une période difficile mais aussi enthousiasmante puisque le diagnostic sur ces problèmes a été posé, les causes en ont été largement identifiées et des solutions concrètes sont en voie d'élaboration. « Une période charnière s'opère et exige une modification majeure aux façons et aux habitudes de la pratique du droit », souligna la juge Lemieux, en ajoutant que les nouveaux avocats devront
« mettre en œuvre la nouvelle approche axée d'abord et avant tout sur les besoins de ceux qui requièrent vos services. L'industrie des services juridiques est devenue extrêmement compétitive, un secteur d'activités que l'accès à l'information a considérablement démocratisé (...) Et plus que jamais, il faut penser client. Penser client, c'est penser en terme de solution globale, d'alternatives possibles, de rapport coût-bénéfice pour le client. »

Pour ces nouveaux avocats, qui seront confrontés à une profession en mutation, l'effort de quatre années d'étude en valait-il la peine? Sur tous les visages de ces nouveaux avocats la réponse était inscrite: Oui, ça en valait la peine et oui ils s'efforceront d'honorer la profession d'avocat et également de ne pas oublier de réussir leur vie personnelle, comme l'ont souligné plusieurs conférenciers.

Trouver son créneau...

Tout aussi conscient de l'importance de cette cérémonie, le bâtonnier Jacques Fournier a indiqué à ces nouveaux avocats le mandat qui les attendait : celui d'articuler la défense des droits de leurs clients. Or, des défis devront être surmontés, entre autres, le nombre d'avocats est élevé et la compétition est féroce, a-t-il souligné: « Chacun devra trouver son créneau et découvrir des nouveaux marchés. Vous devez être ouverts aux moyens de l'avenir et ne pas avoir peur d'innover (...) Il faudra mettre votre imagination à l'œuvre et être opportunistes. C'est à vous de fixer votre objectif et à prendre les moyens pour y arriver. »

De la passion...

Le premier conseiller du Barreau de Montréal, Me Lynne Kassie, présente à la cérémonie de prestation collective de serments du 16 novembre, a pour l'occasion souligné le fait que la profession d'avocat, bien que parfois difficile, s'avère toujours plus passionnante et stimulante. Elle a indiqué l'importance de cette profession qui donnera à ces nouveaux avocats « la possibilité de vous distinguer, d'améliorer les conditions de vie, d'avoir un impact sur les lois de notre pays et de notre province et sur la façon de les appliquer (...) Notre profession vous fera explorer la nature humaine sous tous ses angles, les meilleurs comme les pires, les plus nobles comme les plus abjects. (...) Le défi est lancé. Travaillez fort et soyez diligents. Cette profession deviendra votre passion et cette passion, votre profession. »

Outre les félicitations prononcées par les invités d'honneur pour souligner le travail, la discipline, les efforts, les sacrifices, la persévérance et la fidélité aux objectifs malgré les périodes de doute et d'angoisse, tous ont, à leur manière, livré quelques réflexions sur la profession et l'honorable Huguette St-Louis, juge en chef de la Cour du Québec et présidente d'honneur de la cérémonie de prestation collective de serments du 21 décembre, a indiqué que la profession a plusieurs visages et « peut prendre des chemins multiples et même encore inexplorés mais la mission est unique et c'est la quête de la justice et la sauvegarde des droits des citoyens et citoyennes. » De plus, la juge St-Louis a insisté sur la valeur de l'engagement que sont les serments d'office et d'allégeance qui expriment l'ensemble des qualités essentielles d'un bon avocat. En outre, elle a souligné que le changement, le renouveau et le progrès technologique feront partie de la réalité de cette profession et de profondes réflexions seront nécessaires sur des questions d'éthique sociale telles que le suicide assisté, la manipulation génétique ou le clonage humain, entre autres.

Pour plusieurs nouveaux avocats, la réflexion est déjà amorcée tout autant que le contact avec ces nouvelles réalités. Parmi celles-là, nouvellement Maître, Charles Morgan a fait son stage dans le domaine des hautes technologies et des communications, stage fort utile et déterminant puisqu'il lui aura permis d'obtenir un emploi.
« Enfin, je vais travailler. Pour moi, ceci représente un long cheminement, soit quatre diplômes, et voilà j'y suis arrivé. Je suis très heureux. »

Tout comme pour Me Stefania Chianetta, ce moment couronne l'aboutissement d'efforts et d'énormes sacrifices pour elle, son conjoint et son fils. Ces années nécessaires à l'acquisition des connaissances requises à la pratique du droit, ont permis à Me Chianetta de faire son stage au Protecteur du citoyen. Elle compte ouvrir son bureau avec un collègue.

Des sacrifices et de la détermination, il en a fallus pour ces nouveaux avocats et pour certains encore plus. C'est le cas de Me Alexandre Poce, atteint de quadriplégie. Après des efforts soutenus, il a terminé ses études de droit avec succès et célébrait cette victoire:
« C'est une journée très spéciale pour moi parce que je deviens avocat. C'est très spécial parce que j'ai atteint mon but, mon objectif et cela représente toute ma vie. » Me Poce a fait son stage au ministère de la Justice fédérale, section civile, plus spécifiquement en droit du travail et de l'assurance-emploi. Il a eu l'occasion de plaider et d'exécuter des tâches de rédaction d'opinion, entre autres. Malheureusement, faute de budget, le ministère de la Justice n'a retenu aucun stagiaire. Me Poce espère un emploi le plus tôt possible et s'intéresse particulièrement au droit matrimonial, à la médiation et au droit criminel.

Dans le même sens, Me Mario Blanchard a exprimé le bonheur d'être enfin parvenu à cette étape après plusieurs années d'efforts et de dur labeur. Stagiaire en droit de l'immigration et en droit international, il a effectué des tâches de rédaction et de recherche. Bien que son stage soit terminé, il restera en poste encore quelques temps pour ensuite poursuivre ses études à la maîtrise en droit international. Me Blanchard vise la politique et la diplomatie et souhaite éventuellement poursuivre des études à Genève dans cette voie.

Pour d'autres avocats fraîchement reçus, ces années ont été la poursuite d'une carrière et Me Diane Beauregard fait partie de ceux-là. Avant de faire son stage à la Commission des lésions professionnelles, elle était présidente d'un des Bureaux de révision qui, depuis la réforme des tribunaux administratifs, n'existent plus. Présentement, elle occupe un poste de commissaire. Me Beauregard estime que « ces études en droit ont fait partie d'un processus qui s'est inscrit dans une continuité, dans le cadre de mon travail. Je suis heureuse de cet aboutissement de cinq années de dur labeur. »

Me Jean-Yves Blanchard, quant à lui, a dû se rendre à l'évidence: « Il faut que je me consacre au droit tout comme mon père le fait depuis quarante ans. J'ai étudié pendant onze ans à l'université dans divers domaines, en arts entre autres, et j'ai travaillé dans le domaine de la santé et de l'intervention sociale avant d'être interpellé par le droit. » Fils d'un ancien bâtonnier, Me Blanchard a fait son stage en droit de l'immigration et en droit corporatif. Il prévoit travailler à son compte pour une entreprise privée spécifiquement en droit corporatif et en développement d'affaires.

Pour Me Marc Savard, il n'a pas été question de suivre les traces de son père, le célèbre hockeyeur Serge Savard. Me Savard a préféré faire ses classes à l'étude Martineau Walker en droit immobilier où il occupe présentement un poste. Son père était très ému du succès de son fils.

Selon leur personnalité, leur choix et les possibilités qui s'offriront à ces avocats frais émoulus, une carrière débute où les plus hauts standards sont exigés et comme le disait le bâtonnier Jacques Fournier: « Il y aura toujours de la place pour les jeunes juristes imaginatifs et déterminés, combatifs et persévérants. »

Félicitations et bon succès dans l'exercice de vos nouvelles fonctions.

 

 
 

Retour au haut de la page

© Barreau du Québec 1996-2012