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Pour Me Richard McConomy (au centre), il est important de faire la différence entre une agression chronique et un incident isolé. Très souvent, il serait plus approprié pour les parties à consulter en thérapie plutôt qu'en médiation. |
M. Morrone, médiateur familial au Service de médiation à la famille des centres jeunesse de Montréal, estime que la médiation peut jouer un certain rôle mais qu'elle ne peut tout régler, particulièrement en matière familiale. En ce sens, il invite les personnes à voir la médiation comme une méthode complémentaire plutôt que comme une méthode alternative de résolution de conflits : « Il y a un grand besoin de complémentarité due aux lacunes et insuffisances de l'ensemble du système », de dire M. Morrone. Pour lui, le médiateur est celui qui propose de réunir les parties afin de faire ressortir les liens « salutaires » qui existent entre les parties. Il est aussi celui qui assure un lien de rencontre sécuritaire : « Chacune des parties saura mieux travailler dans un contexte de médiation où les personnes en sécurité pourront participer à sauvegarder ce qui peut l'être et éliminer ce qui doit l'être, c'est-à-dire la violence et, s'il y a lieu, le mariage. Il faut bâtir à partir de ressources déjà existantes, personnelles et familiales. »
Denise St-Pierre croit pour sa part que la médiation est inadéquate en situation de violence familiale. Directrice de l'Escale, une maison d'hébergement pour femmes victimes de violence conjugale, elle considère que la violence conjugale n'est pas tant un problème de communication entre les conjoints qu'une prise de contrôle de l'un sur l'autre. « Et ce n'est pas un événement ponctuel relié à la séparation mais plutôt une situation chronique qui perdure habituellement depuis longtemps. » Dans ce contexte, elle ne voit pas comment une amélioration possible de la communication entre les conjoints, due à la médiation, pourrait aider à faire cesser la violence. « C'est à la personne violente de changer son comportement et pour y arriver, certaines conditions doivent être réunies. Il faut que le déplaisir relié au comportement soit plus grand que les bénéfices reçus. Le déplaisir se manifeste entre autres par la désapprobation sociale des gestes violents, par l'intervention judiciaire, le départ de la conjointe, etc. Par ailleurs, une démarche thérapeutique personnelle est essentielle afin d'apporter des modifications durables. »
Le rôle du médiateur en présence d'une situation de violence conjugale est de dénoncer cette violence. Or, par ce geste, le médiateur vient rompre une nécessaire neutralité... et doit mettre fin à la médiation. « La médiation n'est pas une thérapie, de préciser Mme St-Pierre. Il faut pouvoir détecter les subtilités reliées à la violence conjugale. Détecter la peur de la victime face à la personne violente qui, dans bien des cas, maintient celle-ci dans un silence et une passivité forcés. »
Pour Me Philip Shaposnick, avocat et médiateur familial, plusieurs aspects sont à considérer dans les cas de violence familiale, notamment quant à ses propres compétences pour faire face à la situation : « Dans les cas de violence, il est difficile de posséder toutes les compétences pour traiter ce type de cas. »
Entre autres compétences, Me Shaposnick fait référence à la capacité pour le médiateur de comprendre la problématique de la violence, la capacité de la reconnaître, de la saisir et de l'identifier. « Chaque cas est unique et complexe à comprendre. Il faut évaluer si la médiation est appropriée. Si elle ne l'est pas, il faut y mettre fin sans déclencher la violence. »
Quant à Me Richard McConomy, avocat et médiateur, il estime important de faire la différence entre une agression chronique et un incident isolé. « Très souvent, il serait plus approprié pour les parties de consulter en thérapie plutôt qu'en médiation. La médiation n'est pas une thérapie. À titre de médiateur, si je peux les acheminer vers des thérapeutes plutôt que vers les tribunaux afin qu'ils règlent leurs différends, c'est déjà mieux. En fait, pour chaque cas, le médiateur doit être en mesure d'évaluer si la médiation est appropriée, s'il s'agit de la meilleure ressource pour eux. »
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