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J'ai connu Robert Sauvé en 1972. Le courant passa spontanément entre nous et une grande complicité s'établit immédiatement. La Loi d'aide juridique venait d'être adoptée et le ministre de la Justice, Jérôme Choquette, nous avait demandé, à Robert et à moi d'assumer la présidence et la vice-présidence de la Commission des services juridiques. Robert avait été choisi pour sa compétence, son engagement social, son expérience et sa connaissance de l'appareil gouvernemental. Il avait été entre autres secrétaire-général de la CSN et sous-ministre de Pierre Laporte au ministère du Travail.
Le défi était de taille. Il fallait mettre sur pied à travers les onze régions du Québec un réseau d'aide juridique qui fournirait aux défavorisés des services juridiques de qualité adaptés à leurs besoins.
Dynamique, déterminé, épris de justice sociale, Robert s'imposa d'emblée tout désigné pour relever un tel défi. Il était également chaleureux, rassembleur et très structuré, et rapidement il développa un plan d'implantation du réseau. C'est donc avec enthousiasme et fébrilité que, sous sa direction, la petite équipe de départ procéda à la mise en place du réseau.
Dès la première année, des directeurs généraux de centres communautaires juridiques furent choisis dans chaque région du Québec. Ils recrutèrent à leur tour des avocats permanents. La deuxième année d'implantation de la Commission vit la création des corporations régionales d'aide juridique qui, à leur tour, établirent des bureaux locaux. Ces corporations régionales étaient chapeautées par un conseil d'administration formé de membres issus du milieu.
Infatigable, Robert parcourait inlassablement toutes les régions du Québec pour rencontrer les conseils d'administration des corporations régionales, afin de s'assurer que le réseau réponde le mieux possible aux besoins de la clientèle et pour que les avocats du réseau partagent une philosophie commune. Robert communiqua spontanément son enthousiasme et sa vision sociale.
Il mit en place un service d'expertise, d'éducation et de recherche pour alimenter les avocats membres du réseau et leur permettre de fournir à leurs clients des services de qualité adaptés à leurs besoins spécifiques. C'est ainsi, en grande partie, à cause de la Commission et sous la direction de Robert que se développa, avec une équipe d'avocats compétents reconnus dans le milieu, la pratique du droit social au Québec.
Robert savait qu'il ne suffisait pas que l'on soit bien défendu, mais qu'il fallait d'abord bien connaître ses droits et il nous parlait souvent, durant ces premiers mois d'implantation, de la nécessité de développer autant les services préventifs que les services curatifs. Ainsi, la Commission se dota-t-elle d'un service d'information qui fit connaître à la population ses droits et les services offerts par l'aide juridique. On vit ainsi apparaître pour la première fois à la télévision et à la radio des émissions d'information juridique.
Robert souhaitait que l'aide juridique soit accessible au plus grand nombre. Aussi, avec l'accord du gouvernement, la Commission adopta-t-elle des critères d'admissibilité simples permettant, à l'époque, l'accès à l'aide juridique d'un Québécois sur trois.
Certains auraient préféré un système d'aide juridique basé uniquement sur la pratique privée. Robert sut gérer avec tact et fermeté ces premières années du libre choix offert à la clientèle entre l'avocat permanent de l'aide juridique et l'avocat de pratique privée. Durant ces premières années, le choix se fit dans une proportion de trois sur quatre en faveur des avocats permanents, témoignant ainsi de la crédibilité qu'ils avaient su en peu de temps acquérir.
Jusqu'à la fin de sa vie, Robert resta attaché et intéressé à l'aide juridique et il présida, en 1997, à la demande de la Commission des services juridiques, un comité sur l'avenir de l'aide juridique.
L'implantation du réseau d'aide juridique a été pour ceux et celles des premières années un des moments les plus « emballants » et les plus stimulants de leur vie professionnelle en raison bien sûr du mandat même de l'aide juridique, mais également en très grande partie en raison de la personnalité unique de Robert qui, avec sa chaleur, son énergie, sa vision stratégique, sa conscience sociale, a permis de mettre sur pied en un temps record un réseau d'avocats offrant des services de qualité à ceux et celles qui en avaient besoin.
À l'aube de l'an 2 000, l'aide juridique demeure plus que jamais une institution essentielle de notre société québécoise.
Par ses grandes réalisations sociales, sa contribution majeure aux grands projets collectifs que nous nous sommes donnés, Robert Sauvé demeurera encore présent longtemps parmi nous. Au nom de ceux et celles qui ont contribué à mettre sur pied le réseau et l'institution de l'aide juridique, mais aussi peut-être davantage au nom de ceux et celles qui ont bénéficié et qui bénéficieront de l'aide juridique, merci Robert.
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