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Les modèles de garde en droit de la famille

La négociation

Lucie Desjardins, avocate

Au moment d'une séparation ou d'un divorce, une mauvaise négociation des modalités de garde des enfants cache souvent des conflits existant entre les parents. Cette situation provoque beaucoup de turbulence et de conséquences nocives chez les enfants, qui en retour ne doivent pas servir de monnaie d'échange. Conscient du fait que le volet de la négociation des modèles de garde revêt une importance toute particulière en médiation familiale, le Service de la formation permanente du Barreau du Québec invitait dernièrement la psychologue Carole Ouellet, accréditée en médiation familiale, à donner un cours sur ce sujet fort délicat et complexe.

Négocier dans l'intérêt   des enfants
Négocier dans l'intérêt des enfants

L'intérêt de l'enfant

L'enfant a besoin du lien biunivoque avec ses deux parents et son développement doit demeurer l'élément central à considérer lors d'une négociation de la garde. Avec l'aide du médiateur, les parents doivent donc parvenir à identifier des objectifs communs, même s'ils vivent des intérêts différents, afin de donner lieu à un modèle de garde à la fois satisfaisant pour eux et dans le meilleur intérêt de l'enfant. Madame Ouellet croit que le modèle de l'avenir tend vers un « modèle non négocié sur l'horaire, les droits ou les enjeux mais sur la qualité des relations parents-enfants. »

Elle estime par ailleurs que chaque modèle de garde comporte des avantages et des inconvénients, d'où l'importance pour le médiateur de comprendre les critères de réussite des différents modèles et de savoir en négocier un centré sur l'intérêt de l'enfant.

Le rôle du médiateur

Le rôle du médiateur consiste donc à identifier les perceptions des parents à l'égard de cet objectif central qu'est l'intérêt de l'enfant, à faire confirmer par eux leur adhésion à cet objectif et à travailler en vue de sa réalisation tout au long de la médiation. « Une bonne négociation, précise madame Ouellet, n'est pas une réciprocité de concessions mais plutôt le développement des capacités afin d'atteindre les objectifs mis en lumière. » Le médiateur doit sensibiliser les parents aux besoins de leurs enfants et à leurs besoins ainsi qu'aux effets dévastateurs découlant des conflits parentaux. Car les enfants sont beaucoup plus touchés par la façon dont les parents vivent la séparation que par la séparation elle-même.

Les parents arrivent souvent devant le médiateur avec une grande vulnérabilité et des résistances liées à des difficultés psychologiques et émotives, à la destruction du rêve de l'idéal familial ou à la perte d'un réseau social. Conséquemment, le médiateur doit pouvoir identifier, comprendre et débloquer ces résistances et évaluer le potentiel de réussite de la négociation, expliquait Carole Ouellet. Si l'un des parents présente des résistances chroniques, la négociation est impossible. Idéalement, le médiateur doit, en même temps qu'il travaille sur les résistances, ramener les objectifs communs au premier plan tout en établissant des règles de communication plus saines. Il doit de plus renforcer le sentiment de compétence chez les parents.

« On ne peut trancher au couteau la part de thérapie ou de médiation; il y a des deux tout au long de ce processus, lequel ne vise finalement qu'une chose: désenchevêtrer les conflits avec lesquels les membres des familles sont aux prises », soulignait la psychologue.

Effets des conflits entre parents

Au plan de la santé mentale, les enfants peuvent être très affectés par les conflits parentaux au point de développer un état dépressif, qui se manifeste par des problèmes de comportement, d'adaptation, d'anxiété, d'insécurité, d'apprentissage, de tristesse ou de colère. Peuvent aussi se développer un manque de confiance en soi, des difficultés relationnelles, de la démotivation générale, des difficultés cognitives, de concentration, de la régression, des échecs, des difficultés à percevoir l'avenir, des perceptions négatives d'un ou des deux parents ou du parent non gardien et une mauvaise perception de lui-même. De plus, l'enfant peut vivre un conflit de loyauté engendré par le sentiment de fidélité envers ses deux parents. Cela peut se traduire par un attachement envers le parent qui a la garde au détriment de l'autre parent.

Toutefois, les conséquences ne sont pas identiques pour tous les enfants et ils ne sont pas tous atteints au même degré et de la même façon. Certains facteurs propres à l'enfant ou aux parents peuvent permettre d'éviter des répercussions non souhaitables, expliquait madame Ouellet. Pour l'enfant, ses propres ressources vont influencer le degré des conséquences reliées à la séparation. De plus, sa capacité d'établir des contacts avec ses pairs lui permettant de se confier, la possibilité de garder contact avec la famille élargie, le sentiment de ne pas manquer de trop de choses, le respect de sa routine et une certaine stabilité sont des éléments qui facilitent la séparation pour l'enfant. Par contre, s'il se sent rejeté par l'un des deux parents ou encore s'il sert d'otage ou bien que le conflit entre les parents prend une ampleur importante, l'enfant pourra s'en trouver grandement détruit et son identité déchirée.

Quelles modalités choisir?

Le but ultime de la négociation est d'établir des modalités de garde correspondant le mieux possible aux besoins de l'enfant et satisfaisant les deux parents. Chaque modèle de garde recèle des avantages et des inconvénients. Toutefois, de multiples recherches montrent qu'il est essentiel pour l'enfant de rester en contact avec ses deux parents. Si l'un des deux parents accuse des lacunes importantes au plan de ses compétences parentales, le médiateur devrait lui conseiller de chercher de l'aide plutôt que de lui faire perdre la garde, indiquait madame Ouellet.

De façon générale, la garde conjointe s'avère une modalité propice au développement d'une relation positive entre l'enfant et les deux parents. L'enfant a ainsi l'occasion d'établir une image réaliste de chacun de ses parents. Elle favorise un maximum de temps échangé entre chacun des parents et l'enfant. Bien que reconnue comme étant idéale, cette modalité comporte aussi des inconvénients lorsque les parents sont en opposition. Quant à la garde exclusive avec droits d'accès, d'emblée cette appellation est très controversée. Outre cela, ce type de garde crée un rapport de force entre les ex-conjoints et n'est pas sain pour les enfants, soutient la psychologue. De plus, le parent gardien se retrouve avec un rôle très lourd à assumer, et du point de vue pécuniaire il risque d'être appauvri. Le parent non gardien, quant à lui, désinvestira dans sa relation avec son enfant.

La décision des modalités doit s'appuyer sur les besoins de l'enfant et la réalité particulière de chaque parent. Le modèle de garde ne doit pas être imposé et doit faire l'objet d'une sérieuse prise de conscience. Il doit être viable et ses effets à court et à long termes doivent être évalués en fonction de la capacité des parents à respecter les règles choisies. Madame Ouellet précisa en outre que ce n'est pas l'enfant qui doit décider du modèle de garde mais bien les parents. Cela renforce chez l'enfant le sentiment de sécurité et le libère de la décision.

 

 
 

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