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Depuis des siècles, par tous les champs et sur tous les toits, on a chanté qu'une hirondelle ne fait pas le printemps. Un enfant sait pourtant que même si toutes les hirondelles du monde s'y mettaient, elles ne pourraient faire lever le printemps. N'en déplaise au coq qui chaque matin par son chant croit faire lever le soleil! À son jour, sous ses atours, c'est le printemps qui décide de son retour. Il peut lui arriver un matin d'hiver de se pointer pour quelques heures et de faire jouer les enfants dans des mares d'eau ensoleillées au retour de l'école pendant que des grands s'abreuvent de soleil et d'air doux aux terrasses des restaurants. Le printemps arrive quand ça lui plaît et comme bon lui semble soudainement sur les ailes des oiseaux un midi ou dans la nuit précédé par des nuées soufflant goulûment dans le cou de l'hiver. On sent qu'il est là et qu'il nous habite et qu'il nous possède. L'air est plus aéré, la voix et les chants voyagent mieux, les arbustes et les fleurs se parent doucement, les motos se mettent à ronronner, les enfants sautent et rient comme des sauterelles sur les trottoirs après le souper, les adolescents et adolescentes se découvrent et se communiquent tendrement des baisers aux arrêts d'autobus, les malades se remettent à espérer en la vie qui s'ébat. Les oiseaux suivent le printemps et le cherchent jusqu'à ce qu'ils l'aient trouvé quand le chef de la volée a perdu le nord. Ils ne précèdent point le printemps et quand la bise est venue, ils s'en vont dans les cieux à la chasse au printemps. Les oiseaux, les hirondelles font dans le printemps comme d'autres font dans la mode, d'autres dans les affaires d'or ou d'arts.
Dans le monde juridique, certains membres aux noms ailés nous font nous croire au printemps tout le temps. On pense aux Létourneau, aux Pigeon, aux Loiseau et Loiselle, aux Martin pêcheur ou non, aux Coulombe, aux Rossignol. Dans ce même monde, dans les procédures écrites et devant le tribunal, on fait appel aux oiseaux pour décrire des sentiments et pour faire comprendre des situations et établir des comparaisons. On lâchera ainsi toutes sortes d'êtres volant depuis l'oiseau-mouche jusqu'aux aigles majestueux en passant par le paon qui se pavane, le pinson qui s'égaie, le merle qui siffle et le hibou qui ulule. La pie qui épie.
La pie, quand elle se fait pieuse, se réfugie dans la volière des clercs. De nombreux papes se faisaient appeler « pie » par leurs ouailles. Quoiqu'en disent des douteuses langues, ce n'est point Sainte-Pie qui soit la patronne des avocats. Il fut un temps où le premier ministre du Québec, un brillant avocat, provenait de Bagot, plus exactement de Sainte-Pie. Le patron des avocats n'en est pas moins un clerc. On le fête le 19 mai. Saint-Yves s'ébattit au quatorzième siècle, épiant et soutenant la cause des déshérités. Encore de nos jours, devant le tribunal, certains témoins piaffent d'impatience de venir contredire la version de la partie adverse, qui est voleur comme une pie, au risque de passer eux-mêmes pour une pie jaseuse par leur bavardage.
Deux pigeons s'aimaient. Serait-ce une pie impie qui dit une jour à une fontaine que jamais elle ne boirait de son eau? Grand mal lui en prit à cette pie impie quand elle fut transie de soif et que la fontaine se fut tarie à son envol. Le sieur De Lafontaine, fabuliste de son emploi, a fait jaser les oiseaux et les fontaines et s'aimer d'amour tendre deux pigeons. Est-ce au souvenir de ces pigeons et de ce fabuliste qu'on roucoule encore dans les salles d'audience que les deux amants arrêtés dans la nuit s'aimaient tendrement comme des pigeons? Par contre, il peut arriver dans certaines affaires de cœur pendantes devant les tribunaux qu'un amant pigeonne l'autre en le roulant, en le dupant. Comme un perroquet jaseur. Si le pigeon, dont l'ancien nom était coulomb, vit dans un colombier, le perroquet de son côté se niche sur son perchoir d'où il parle à bouche déployée. Une amie pie raconte que le mot perroquet serait dérivé de Perrot, diminutif affectueux de Pierre et repris également par l'anglais parrot. Parlons aussitôt de jacquot évoquant le son appris à Perrot, le perroquet. Parfois défilent devant le tribunal une cohorte de témoins qui redisent la même histoire et chantent la même chanson. Mais ça sonne faux. Tellement ils parlent comme des perroquets. Dans le merveilleux film de Gravas, le film Z avec Yves Montand, le juge n'arrive point à démêler l'écheveau de meurtres en kyrielle dans la Grèce au temps des colonels. Puis soudain, il voit la faille, il constate la fabrication. Tous les témoins utilisent la même expression, les mêmes mots pour décrire la victime avant sa mise à mort. Comme des perroquets, chacun disait l'avoir vu « bondir et s'élancer comme un tigre ».
Avant de prendre son envol dans le printemps, une hirondelle racontait une histoire de perroquets. Depuis l'Afrique noire, un fils aisé avait expédié à sa pauvre mère un perroquet, vert perroquet. Il téléphone à sa pauvre mère depuis le pays du perroquet et lui demande comment elle a apprécié son cadeau, son perroquet.
- « Excellent, je l'ai bien aimé même si la viande n'était pas trop abondante. Mais avec une sauce béchamel, c'était succulent! »
- « Mais comment, maman, de reprendre le fils aîné aisé, j'ai payé ce perroquet la peau des dents. Il parlait quatre langues. »
La maman de dire à son fils :
- « Il n'avait qu'à le dire ! » *
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